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Parce que son nom apparaît sur la première page de la Chronique japonaise de Nicolas Bouvier, mais aussi parce qu'on y trouve un musée entier consacré à un roman (le dit du Gengi) et une statue de phénix qui figure en bonne place sur tous les billets de 10000 yens, je voulais me rendre à Uji. J'ai donc grimpé sur ma bécane, rejoint Otsu sur le lac Biwa et de là j'ai descendu l'Ujigawa, qui sert d'émissaire au plus grand lac du pays. Le vent soufflait du sud-ouest, un vent glacial qui devait avoir traversé toute la Chine et peut-être pris naissance au Tibet, de sorte que dans les gorges-dont-j'ignore-le-nom, il caressait à rebrousse-poil la rivière. Ça faisait un beau hurlement bien rauque grâce à l'écho des falaises et de belles vagues turquoises frangées d'écume, car la rivière avait emporté avec elle un peu de la couleur du lac. Comme il faisait un froid de singe en hiver, je n'ai pas traîné longtemps dans les rues venteuses d'Uji après avoir descendu les gorges mais j'ai fait halte au Byodo-in où le pavillon du Phénix, rare exemplaire d'architecture de l'ère Heian encore debout, représente un oiseau déployant ses ailes à la surface d'un étang. À l'intérieur, un énorme bouddha Amida de cyprès laqué et doré flotte sur son lotus et vous toise de ses yeux bleus en esquissant une sorte de huit entre ses pouces et ses index tandis que des boddhisatvas (bosatsu en japonais) chevauchent gaiement des nuages, plus légers et plus heureux que des anges. On comprend que l'empereur du Japon ait été séduit il y a 15 siècles par toute cette imagerie qui attire ici les touristes chinois. J'avoue que si j'avais à choisir entre un paradis (la terre pure, en japonais jodo) promis par un dieu gras et apaisé et un autre promis par un dieu maigre et crucifié, je choisirais le premier. Mais comme il me fallait avant tout regagner la Villa Kujoyama avant la nuit tombée, j'ai repris la route du fleuve à contre vent jusqu'à la confluence des 3 rivières avant de virer à tribord toute pour remonter la Katsura au bord de laquelle il était écrit que je devais crever, puisque l'entaille de la sorcière de Gion dans mon pneu l'a rendu vulnérable à tout ce qui pique.