l'araignée givrée


21 janvier 2021

Il y a quelque chose de Nietzsche chez Julien Gracq

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Article publié sur le site de Bibliobs : https://www.nouvelobs.com/bibliobs/20210120.OBS39129/julien-gracq-ce-prophete-d-outre-tombe-qui-raconte-notre-monde-post-covid.html

 

Il y a quelque chose de Nietzsche chez Julien Gracq. L’auteur des Considérations inactuelles n’aurait pas boudé ces Nœuds de vie qui, bien que posthumes, n’ont rien de l’aspect tombés-du-camion qui caractérise trop souvent les fragments publiés sans le consentement des tombeaux. Et pourtant, Julien Gracq – comme on pourra le lire dans ce volume qui vient de paraître – ne s’attendait pas à être lu en 2021, contrairement à son héros, Stendhal, lequel pariait sur 1935 et la postérité, se fichant éperdument – happy few mis à part – de ses contemporains. « Je ne mets guère mon espoir, comme on pouvait le faire encore au dernier siècle, à être lu en l’an 2000 ou 2010 », écrit Gracq en réponse à un critique humaniste qui lui reprochait le « désert humain » de ses Lettrines II.

Ce qui frappe au premier coup d’œil le lecteur, dans ces fragments sauvés de l’oubli, c’est l’absence de dates, comme si l’époque n’avait que peu de prise sur la sensibilité d’un homme, la physionomie d’un paysage et l’ordonnancement d’une œuvre qui avait abandonné depuis la fin des années 60 tout souci de l’intrigue : la dernière véritable fiction achevée par Julien Gracq fut Le Roi Cophetua, une des nouvelles composant le recueil de La Presqu’île, paru en 1970. Ensuite, Gracq consacra toute sa vie à écrire des fragments – milliers de pages des lettrines ou notules, selon ses propres termes –  dont les quelques volumes publiés de son vivant ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. On y trouve – pêle-mêle – des considérations géographiques, météorologiques, historiques, littéraires. La pointe la plus aiguisée de l’iceberg Gracq ne nous sera révélée qu’à partir de 2027 : ce sont toutes les pages croustillantes où le pamphlétaire de La littérature à l’estomac égratigne ses contemporains. Mais nous avons la chance grâce à Bernhild Boie, son exécutrice testamentaire, épaulée par Bertrand Fillaudeau, le fidèle éditeur de la maison créée par José Corti, et par Jérôme Villeminoz, conservateur du fonds Gracq à la BNF, de pouvoir lire aujourd’hui ces Nœuds de vie, sortes de Lettrines III qui rassemblent les considérations intempestives de celui qui passe encore pour un ermite confiné dans sa tour d’ivoire alors que tout indique qu’il voyageait beaucoup et qu’il fréquentait les musées, les expositions, les cinémas, les théâtres, et même parfois – mais point trop n’en faut – ses congénères.

En 164 pages d’une grande exigence stylistique qui se lisent sans coupe-papier mais où la plume a souvent le tranchant d’un sabre, Gracq s’y montre tour à tour géographe, géologue, météorologue, commentateur du temps qu’il fait comme du temps qui passe, historien, sociologue, philosophe, musicologue, amateur d’art ou critique littéraire. Afin de mieux guider le lecteur dans cette forêt touffue de signes et de balises, Bernhild Boie a repris partiellement la nomenclature des Lettrines en réunissant les fragments sous quatre chapeaux : chemins et rues, instants, lire, écrire, nous confirmant que, sur l’iceberg Gracq la géographie précède toujours l’histoire, tandis que l’acte d’écrire ne vient jamais que prolonger celui de lire – lorsqu’on lui demandait ses raisons d’écrire, l’auteur répondait « parce que d’autres l’ont fait avant moi ».

Chaque rubrique est introduite par une photographie – issue des archives de l’auteur – qui vient nous rappeler que derrière l’œil du géographe se tapit l’œil d’un photographe : sa vie durant, Gracq a photographié des paysages, si bien qu’une exposition dévoilera bientôt ce travail encore méconnu. À trop considérer la place éminente du romancier dans l’histoire de la littérature française – la publication posthume en 2014 des Terres du couchant, récit inachevé, ravivait les sortilèges du Rivage des Syrtes – nous avions fini par oublier le mordant de l’essayiste. C’est donc avec plaisir que nous retrouvons ici la vigueur et la férocité du plus grand ruminant de la littérature française : Gracq se nourrit de tout, c’est un esprit libre et encyclopédiste, d’une curiosité insatiable, et, même s’il fustige la croyance dans la possibilité de retranscrire le parlé en littérature, on a pourtant l’impression – à lire treize ans après sa mort ces pages comme sorties du frigo – qu’il est encore là, à côté de nous, et qu’il nous parle en écrivant, comme un Ancien à qui l’on serait venu rendre visite pour prendre un peu de la graine : « Hé non, il ne le peut pas, il ne le voudra jamais, s’il est vrai que le beau est d’abord ce qui désoriente, que la littérature commence à se porter un peu mieux quand la critique commence à s’y reconnaître un peu moins – que l’écrivain digne de ce nom est une générosité intempestive, une fraternité qui ne marche pas en rang, une aventure qui se passe du coude à coude, et une liberté qui n’adhère jamais. »

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L’avantage de ne jamais dater ses réflexions, c’est que dans ces cogitations d’outre-tombe, on a l’impression parfois qu’un prophète nous parle de notre monde post-covid et des errances de ceux qui nous gouvernent, comme on avait l’impression, en 2014, que les Terres du couchant, où l’on entendait tomber les têtes, se passaient sous Daech, du côté de Raqqa : « la Terre a perdu sa solidité et son assise, cette colline, aujourd’hui, on peut la raser à volonté, ce fleuve l’assécher, ces nuages les dissoudre. Le moment approche où l’homme n’aura plus sérieusement en face de lui que lui-même, et plus qu’un monde entièrement refait de sa main à son idée – et je doute qu’à ce moment il puisse se reposer pour jouir de son œuvre, et juger que cette œuvre était bonne. » Et, quelques pages plus loin : « La terreur des âges obscurs revient. C’est la terreur, non plus des forces démoniaques, mais de l’État vampire, de la puissance politique à tout jamais déshumanisée « comme un œil de veau dans la nuit », des œillères sur les paupières, (on serait tenté d’ajouter « un masque sur la bouche »), un gourdin à la main, une sébile de l’autre, sorte d’ogre obscène et terrifiant qui titube au milieu d’un immense troupeau d’hommes nus. »

C’est du Gracq trempé dans du Kafka que nous découvrons parfois ici, au détour d’une de ces pages écrites à la manière noire, et toute tentative de le récupérer d’un côté ou de l’autre, serait vouée à l’échec, car, dans ce coq à l’âne permanent, il raille aussi bien « nos jérémiades écologiques » que nos bonimenteurs de la Révolution ou  notre « stase post-coloniale ». Julien Gracq est l’irrécupérable par excellence : comme il le note lui-même, en se moquant de tout et d’abord de lui-même, « survivance folklorique », il n’a pas eu de confrères, il ne pouvait donc pas avoir d’héritiers ou de descendants. Régis Debray, qui le place au pinacle du XXe siècle, ronchonnera sans doute en voyant ici Victor Hugo raillé (« une forme évacuée de la grandeur, sans pouvoir sur les esprits et les cœurs »), Paul Valéry moqué (« le colosse de la pensée pour album ») et Stendhal adulé (« le moins physiquement mort de tous les écrivains du passé »). Pierre Michon et Pierre Bergounioux, qui lui doivent tant, seraient étonnés de le voir disserter là sur les graffitis des pissotières plutôt que sur la permanence des pierres.

Alors, qui est-il, Julien Gracq ? Il est de la race des mages et des sorciers. On sent bien que s’il se remettait à écrire des romans, ce serait pour nous conter des histoires à la Tolkien dans un style aussi raffiné que celui de Marcel Proust. Alors il se garde bien de le faire et nous offre ici des aphorismes d’une grande clairvoyance sur l’art d’écrire : « les grands livres se mijotent dans des marmites de sorcières ». Lorsqu’il parle de l’économie propre au roman, Gracq utilise des termes et des formules empruntées à la physique newtonienne – électricité, étincelle, dynamique, mobile – pour conclure qu’il ne s’agit « en fin de compte, que d’une certaine vitesse initiale à atteindre. » Car celui qui aimait, comme il le raconte ici, sillonner les routes de l’Anjou et de la Normandie à bicyclette, savait que le roman est affaire d’endurance et de vitesse. Ni de musicalité, ni de sensualité, ni d’émotion, ni de vision ou de philosophie : il s’agit en fin de compte de produire une énergie durable et communicable. Le romancier serait ainsi une sorte d’entraîneur qui galvaniserait son lecteur ; s’il lui demande d’adhérer, ce n’est pas tant à une foi qu’à une sorte de moteur intérieur. On croirait parfois entendre Malraux nous rappeler que « la machine a changé le rapport de l’homme au monde qui n’a jamais connu pareille puissance d’imaginaire. » Et lorsque Gracq note que, « malgré les apparences, la littérature s’écrit en réalité à deux mains », nous qui pianotons nos textes des dix doigts, nous ne pouvons qu’acquiescer. On se prend un instant à rêver d’un Julien Gracq qui aurait apprivoisé l’ordinateur, le traitement de texte et les possibilités nouvelles que la technique offre au romancier. Cependant, comme il le note lui-même, il ignorait jusqu’à l’usage de la machine à écrire et les deux mains qu’il évoque ne sont pas celles du dactylographe mais du pianiste. Car il écrivait ses textes au fil de la plume, face à la basse continue de la Loire, tel un artisan soucieux de ne pas gâcher son talent. À une époque inquiète où nous perdons confiance dans la technique et retrouvons le sens du calme, c’est sans doute cela qui nous le rend si prodigieusement vivant.

 

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18 octobre 2020

Pas de Toussaint pour Samuel

 

Capture-decran-2020-10-17-a-20Texte publié dimanche 18 octobre sur le site de Libération : https://www.liberation.fr/debats/2020/10/18/pas-de-toussaint-pour-samuel_1802720?fbclid=IwAR0qDMIBCVWj_46digdbY6r16fqPPM91upv5fs-ObNhQvb9dekDPeDyTVxU

À la fin de Sabre, mon dernier roman, Samuel V., le narrateur, prof d’histoire-géo en banlieue parisienne qui vient de passer les vacances de la Toussaint 2015 à la recherche du sabre disparu de son grand-père et rentre à Paris en train de nuit fait un cauchemar : il rêve que des chevaliers vêtus de noir brandissant des étendards frappés du sceau du Prophète et du sabre de Mahomet font dérailler son train et s’attaquent aux voyageurs survivants qu’ils agenouillent sur le bitume et décapitent à tour de rôle, à coups de sabre. Il comprend alors que le sabre qu’il a cherché, le sabre disparu le jour de l’enterrement du grand-père était le sabre d’une France désarmée, à l’intérieur de ses frontières, face aux menaces du nouveau siècle, et notamment face au péril islamiste, qu’elle combat pourtant sur les autres continents, et notamment en Afrique.

J’ai enseigné pendant quatre ans l’histoire-géo en banlieue parisienne, tout près des lieux du meurtre, et j’ai fait parfois ce rêve terrible et effrayant que des fanatiques venaient me décapiter à la sortie des classes pour avoir montré des caricatures du Prophète. Samuel P., 47 ans, prof d’histoire-géo au collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, a dû faire parfois, ce rêve. Il a dû se réveiller plusieurs fois en sursaut comme après une longue apnée, le souffle court, le cœur bondissant, la nuque ankylosée, les bras tremblants, les jambes flageolantes. Il a dû réveiller plusieurs fois sa compagne ou ses enfants, qui se sont peut-être inquiétés de ses cauchemars, de ses insomnies. Il ne se réveillera plus. Il ne réveillera plus sa femme ni ses enfants. Son corps et sa tête tranchés par une lame de boucher reposeront bientôt dans un cercueil tandis que l’image de sa tête sanguinolente fera le tour du monde puisque son assassin l’a filmée et l’a partagée sur les réseaux sociaux, au cas où le Prophète surferait sur Facebook, Twitter ou Instagram.  Il n’y aura pas de Toussaint pour Samuel P., qui devait se réjouir, la veille des vacances, de profiter de cette dernière soirée avec sa femme, ses enfants et ses amis, avant le couvre-feu instauré par le gouvernement.

Car à l’heure où toute la nation se focalise sur un petit virus très virulent, certes, mais qui n’a jamais eu la moindre intention de nous déclarer la guerre, le drame survenu hier aux confins du Val d’Oise et des Yvelines vient nous rappeler qu’il y a bien pire ennemi pour la France et pour le genre humain. Cet ennemi s’appelle le fanatisme. Cet ennemi est fait d’hommes, de femmes et d’enfants qui défient les lois de la République et s’en prennent à nos juifs, à nos prêtres, à nos dessinateurs, à nos journalistes, à nos policiers, à nos militaires, à nos enseignants. Notre président de la République nous a déclaré hier qu’ils ne passeront pas alors qu’ils sont déjà passés plusieurs fois et qu’ils ont frappé de nouveau à la porte de Charlie Hebdo, il  y a quelques jours, armés d’un hachoir. Faut-il rappeler à Emmanuel Macron qu’ils passeront encore car ils sont légion ? Qu’ils ont assassiné les enfants du lycée juif Ozar Hatorah, les dessinateurs de Charlie Hebdo, les clients d’un Hypercasher, les spectateurs du Bataclan – qu’il y assez de noms aujourd’hui, pour ériger en France un monument aux morts de la guerre menée sur notre sol par le terrorisme islamiste ?  

Hier vendredi 16 octobre, Emmanuel Macron a perdu deux fois les élections présidentielles. Sauf miracle, nous savons désormais qui lui succèdera en 2022. Il a perdu pour avoir instrumentalisé une menace virale en instaurant le couvre-feu pour vingt millions de Français au lieu d’investir des millions d’euros dans l’hôpital public. Il a perdu pour avoir laissé un professeur se faire assassiner dans la rue après avoir été lynché sur les réseaux sociaux. Car il faut le dire ici, Samuel P était menacé, Samuel P savait qu’il risquait sa vie en faisant le plus beau métier du monde qui est devenu, dans nos banlieues, l'un des pires métiers, peut-être avec celui d’infirmière. Il avait averti ses collègues, il avait averti ses supérieurs hiérarchiques, il avait averti son syndicat, il avait averti le rectorat. On lui avait répondu de ne pas faire de vagues.

L’éducation nationale, nous le savons tous, c’est un train qui déraille, comme déraille la santé publique. Les professeurs aujourd’hui masqués, humiliés, surveillés, oppressés, fatigués, harcelés, sont les passagers captifs et vulnérables de ce train rouillé et verrouillé qui court à sa perte. Ils nous ont alerté plusieurs fois et nous ne les avons pas écoutés. Moi, Emmanuel R, comme beaucoup d’enseignants, soit par péché de jeunesse, soit par manque de discernement, j’ai été lâche, j’ai été complice, j’ai eu peur de mes élèves et de leurs parents, j’ai laissé les quolibets antisémites fuser dans une salle de classe, je me suis tu, j’ai fermé les yeux, j’ai pratiqué l’autocensure, j’ai tout fait pour ne pas faire de vagues. Et je n’aurais jamais montré une caricature de Charlie Hebdo à mes élèves, de peur des représailles.

Il paraît que l’assassin est un Tchétchène de 18 ans. Il est mort hier soir, abattu par la police dans la rue, où il se promenait avec son couteau de boucher, plusieurs heures après le meurtre. Mais cet assassin a des complices – voire des commanditaires. Ces complices ne sont pas des fous ni des crétins. Ce sont des fanatiques qui savent ce qu’ils font et qui expriment leur haine sur les réseaux sociaux à visage découvert, et qui appellent au djihad en indiquant à  toutes et à tous leur numéro de portable. Ces complices ont des alliés de circonstance et des idiots utiles, qui préfèrent la loi du silence à la passion de la lumière.

J’accuse M. Brahim Chnina, parent d’élève, ainsi que tous les parents d’élèves qui ont participé au lynchage de Samuel P, d’appel au meurtre et de complicité de meurtre. J’accuse M. Hajj Brahim, imam de la mosquée de Pantin, et M. Abdelhakim Sefrioui, militant islamiste, d’appel au meurtre et de complicité de meurtre. J’accuse Mme la principale du collège du Bois d’Aulne de non-assistance à personne en danger. J’accuse Mme Charline Avenel, rectrice de l’académie de Versailles, de non-assistance à personne en danger. J’accuse la secrétaire générale du syndicat SNES-FSU de non-assistance à personne en danger. En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup de la loi qui punit les délits de diffamation.

Le temps est venu de dire assez et d’instruire le procès de l’affaire Samuel avant que l’éducation nationale ne soit salie comme le fut l’armée française par l’affaire Dreyfus. Il faut que toute la lumière soit faite sur cette affaire car il est inadmissible qu’on puisse être ainsi exécuté, en France, et en pleine rue, pour avoir simplement enseigné la liberté, l’égalité et la fraternité.

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07 octobre 2020

Une odyssée sur les rives du Danube

20170716_084712Article paru dans Geo n°500 (octobre 2020)

Le Danube n’est pas le plus long fleuve du monde mais celui qui traverse le plus grand nombre de pays : tant que l’Union européenne n’aura pas aboli ses frontières, on en comptera dix au long de ses rives, et j’en avais même ajouté un onzième dans mon enfance : la Zyntarie. C’est pour partir à la recherche de ce pays imaginaire que j’ai décidé de remonter le Danube, à l’été 2016.

Le Danube est le seul fleuve du monde qui se mesure d’aval en amont. Le kilomètre zéro a donc été fixé au phare de Sulina, en Roumanie, où le fleuve rejoint officiellement la mer Noire. Mais les Ukrainiens ne l’entendent pas de cette oreille et possèdent eux aussi leur kilomètre zéro, sur le bras de Kilia, à quelques encablures de Vilkovo, Venise verte où les touristes ne vont pas mais où les moustiques font la loi. Il existe enfin un troisième kilomètre zéro, à Sfântu Gheorghe, Roumanie, où se jette le bras le plus méridional du delta et où les moustiques sont tout aussi nombreux. Qui veut relier ces trois villes rivales à vélo sera bien embêté : si les moustiques peuvent franchir la frontière fluviale sans visa, les cyclistes, eux, doivent faire un immense détour via la Moldavie : il n’y a pas de pont ni de bac pour relier les rives des trois bras. Si bien que le delta, qui mesure 5000 km2, est un monde à part et morcelé, un archipel isocèle qui s’avance chaque jour dans la mer.

Pourquoi mesurer un fleuve depuis son embouchure ? Parce que les Européens ont découvert l’Amérique avant les sources du Danube : pendant longtemps nos ancêtres ont cru que le Rhin, le Rhône et le Danube surgissaient du même marécage imaginaire qu’ils nommaient la mer des fontaines : il a fallu attendre les années 80 pour qu’un ministre allemand de l’agriculture homologue la plus haute source du Danube : celle de la Breg, lieu dit Martinskappelle, à 1078 m d’altitude et 2888 km de Sulina. Avant cela, les querelles de clocher faisaient rage : chaque village de Forêt-Noire se targuait de posséder l’authentique source du grand fleuve.

Commençons donc à Vilkovo où les Lipovènes produisent le caviar qui rend riche et un vin qui rend fou. Entre steppe et roselières, le vent a le champ libre, il harcèle le taurillon cycliste de ses banderilles, les fermes tentent de rentrer sous terre pour lui échapper, on est parfois arrêté net dans cette arène, le souffle court et le corps dégoulinant de sueur ; seul le grand fleuve ébouriffé parvient à se frayer un chemin.

Izmaïl est la première grande ville qui se présente à la vue du cycliste embarqué pour l’odyssée terrestre ; elle porte le nom biblique d’un héros de Melville ; elle fut le théâtre d’une bataille sanglante entre les cosaques de Souvorov et les bachi-bouzouks du sultan ; Lord Byron y situa l’intrigue de son Don Juan ; Izmaïl tombera lorsque les eaux du Danube couleront à rebours avait prévenu le commandant turc de la place forte ; Izmaïl est tombée, l’empire ottoman est tombé, l’empire russe est tombé, l’URSS est tombée, mais le Danube coule toujours dans le même sens et la ville se cramponne à ses quais.

À Galați, le deuxième plus long fleuve d’Europe atteint sa plus grande largeur naturelle : un kilomètre d’une rive à l’autre. Les bacs qui font la navette sont des mastodontes tenant plutôt du ferryboat ; les vagues sont hautes, les jours de tempête ; on se croirait alors sur l’Ob ou le Río de la Plata, tant la rive d’en face est lointaine ; là le Danube se prend pour un fleuve sibérien ou américain : il atteint aux dimensions d’un estuaire avant de construire son delta sur la mer.

De l’autre côté, vous verrez, c’est l’Afrique, nous avaient prévenus nos amis roumains ; la Dobroudja, le pays des charrettes et des savanes, où le temps s’écoule comme autrefois, c’est ce qui nous reste pour nous consoler d’avoir perdu la Crimée : un grand plateau steppique et bosselé, une succession de mamelons granitiques et de croupes herbues qui borde la mer Noire de ses falaises rouges et de ses plages de galets.

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La Dobroudja, c’est là que commencent, à proprement parler, les Balkans : qui dit Balkans dit relief escarpé et mosaïque ethnique : le cycliste est prévenu, il ne peut plus suivre au pixel près le long fleuve tranquille ; il lui faut changer de braquet toutes les cinq minutes pour franchir les bosses casse-pattes qui annoncent les Carpates et changer d’idiome à chaque village : car ici on ne parle pas seulement roumain, mais aussi russe, turc ou bulgare et l’on ne prie pas toujours le même dieu : quelques minarets munis de haut-parleurs nous avertissent que les fidèles musulmans n’ont pas tous rejoint la mère Turquie.

Après la Dobroudja commence le Bărăgan où le vent règne en maître et ne partage son empire qu’avec les chardons et les chiens errants ; rien de plus monotone que cette étendue grise chantée par Panaït Istrati, le Gorki des Balkans. Il faut attendre Giurgiu pour franchir enfin le fleuve sans l’aide d’un Charron local : avec 2222 m de long, le pont de l’Amitié s’enorgueillissait encore, il y a peu de temps, d’être le plus long d’Europe. Ce n’est qu’à partir de Roussé que le voyageur à vélo mesure les dimensions du bassin versant grand comme dix Autriches et comprend qu’il s’attaque à un géant : depuis la corniche bulgare, on survole les milliers d’affluents qui dévalent les Carpates et viennent se rendre au Styx : l’Olt et le Jiu, l’Argeş et la Dîmboviţa.

À la latitude de Sienne, du Cap corse et de Saint Tropez, Svichtov est le cap sud du Danube ; une situation si stratégique valut à la région de connaître de grandes cités antiques dont il ne reste que des tas de pierres et de subir de grandes batailles qui firent fleurir des cimetières ; les Romains, les Byzantins, les Turcs, les Russes et les Français guerroyèrent dans les parages pour contrôler l’accès au fleuve ; si le sultan avait réalisé son rêve pharaonique de détourner le Danube vers le Bosphore et de faire entrer le plus grand fleuve d’Europe sous la Sublime Porte, il aurait commencé à creuser son canal à Svichtov mais l’empire ottoman est tombé comme sont tombés tous les empires qui ont parsemé la Bulgarie de leurs ruines.

C’est à Vidin que ces vestiges sont les plus majestueux : Vidin est une petite Jérusalem danubienne ; la synagogue dévastée, la cathédrale et la mosquée se tutoient dans l’ancienne capitale du tsar Samuel Ier ; sa forteresse domine encore le grand virage d’un fleuve bleu de Grèce qui fonce vers le sud – ah ! si le Danube avait voulu, ah ! si le Danube avait voulu, il aurait exaucé le vœu des sultans, inondé la Bulgarie, rejoint la Corne d’Or et grossi le Bosphore, mais le Grand Balkan n’a pas voulu, et le Danube s’en est allé vers l’est, mourir dans la mer Noire.

Les fleuves ne cessent de vérifier qu’il y a des montagnes plus fortes que d’autres : si le Danube parvient à percer le fer à cheval des Carpates, il doit en revanche céder sous le joug du Grand Balkan : de cette lutte entre les forces de l’érosion qui creuse et celles de la tectonique qui pousse a surgi le paysage le plus grandiose de la Danubie : les Portes de Fer, un défilé vertigineux qui teint à la fois du fjord et du Bosphore ; les hommes se sont ingéniés à parachever l’œuvre de la nature en sculptant ici, à même la roche, leurs routes et leurs monuments : pont de Trajan, table de Trajan, route de Trajan, tunnels de Trajan ; la colonne Trajane, à Rome, raconte cette épopée de l’empereur romain et du roi Décébale, dont on peut voir le visage gravé dans la pierre ; comme les tourbillons du fleuve et les parois vertigineuses du Grand Kazan ne suffisaient pas à tracer la frontière, les Autrichiens cadenassèrent les Portes de Fer à l’aide d’une chaîne métallique pour percevoir leurs taxes douanières ; plus tard, le rideau de fer vint ici séparer la Yougoslavie de Tito de la Roumanie de Ceaușescu ; 4000 évadés disparurent dans les remous du fleuve en croyant gagner le monde libre ; notre seul espoir, c’est qu’ils sont partis repeupler l’île d’Ada Kaleh – l’Atlantide turque, le dernier morceau danubien de l’empire ottoman, que le déluge des barrages engloutit dans les années 70.

Voici enfin, juchée sur son éperon rocheux, Belgrade, une des quatre capitales danubiennes ; elle se tient à l’écart de ce fleuve trop large et ravageur qui fit longtemps d’elle une ville-frontière, prise et reprise, reconstruite et saccagée tant de fois ; les dernières traces de son martyr se lisent sur ses façades arrachées et ses toits éventrés par les bombes de l’OTAN. De l’autre côté du confluent du Danube et de la Save, on dirait que le temps s’est arrêté : voici de nouveau les charrettes et les tziganes ; officiellement, nous avons quitté les Balkans, nous voici dans la grande plaine pannonienne ; le relief s’est assagi, la monotonie nous gagne mais les langues sont toujours mêlées : sous les tilleuls, les petits vieux parlent encore hongrois, ruthène ou slovaque à 400 bornes de Budapest et 500 de Bratislava. L’éclatement de la Yougoslavie a sonné le glas du multiculturalisme habsbourgeois mais les paysages de Voïvodine conservent des traces de ces métissages : les fioritures architecturales conjuguent la tuile écaille franc-comtoise et les volutes baroques, la coupole byzantine et le bulbe autrichien ; la Voïvodine est une petite Mésopotamie européenne où confluèrent tous les peuples du Vieux Continent et où confluent encore les grands tributaires du Danube : au sud la Save, la rivière 100% yougoslave, qui dévale du Triglav et recueille les eaux de la Bosna et de la Drina ; à l’est le Timiš et la Bega se rendent après une course folle à travers le Banat roumain ; au centre la Tisza qui dégringole des Carpates ukrainiennes et traînasse dans la Puszta hongroise ; plus loin vers le nord, c’est la Drave qui provient des Dolomites italiennes et se laisse dévorer par le fleuve glouton après avoir délimité Croates et Hongrois. Au milieu de tous ces accouplements se dresse la grande croupe bleuâtre de la montagne des Francs, la Fruška Gora, cet inselberg échappé des Balkans qui domine deux villes danubiennes : Novi Sad la serbe et Vukovar la croate, la première fut bombardée par l’OTAN ; la seconde rasée de A à Z par l’armée populaire yougoslave.

Nous voici parvenus au milieu de la Danubie, à la frontière serbo-hongroise ; ici le fleuve, satisfait d’avoir parcouru près de 1500 km, sans relief pour le guider dans sa vallée, sans obstacle pour détourner sa course, s’essaie déjà à composer un delta ; ses bras s’égarent dans tous les sens ; il croit avoir atteint la mer ; il faut dire qu’il y a quelques centaines d’années, toute la Hongrie était encore une sorte d’archipel, avec de grandes zones inondables très poissonneuses et des buttes pour cultiver des terres à l’abri d’un château fort ; quelques millions d’années plus tôt, au pliocène, c’était bien la mer, la grande mer pannonienne. Dans ce delta intérieur aux frontières fluviales fluctuantes, on ne sait jamais trop dans quelles eaux l’on nage ; il suffit parfois de quelques brasses de trop pour franchir la frontière.

Avec l’entrée dans la zone Schengen commence le voyage dans l’Europe qui a peur. Seule contrée entièrement incluse dans le bassin versant du Danube, la Hongrie, étendue steppique et inondable qui a perdu presque toutes ses montagnes, est un pays hanté par la peur de disparaître. Et cette peur enfante des monstres. Le dernier de ces monstres s’appelle Viktor Orbán. Le petit despote règne depuis une ville bariolée qui ne lui ressemble pas, il règne depuis la plus grande métropole danubienne, la véritable capitale de la Danubie, le centre de gravité d’une Europe qui vire à tribord toute. Il faut grimper à vélo sur les hauteurs du mont Gellért pour comprendre la peur hongroise : tout ce qui s’étend à vos pieds, c’est la Hongrie ; les collines, là-bas, au nord, c’est déjà la Slovaquie : la plaine pannonienne peut aussi bien laisser passer les panzers nazis que les T-34 soviétiques, les nouvelles migrations plus énormes que les anciennes invasions ; la preuve de cette ouverture aux quatre vents, c’est que les Hongrois descendent d’Attila.

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Depuis le mont Gellért, on mesure également à quel point la ville fait corps avec son fleuve ; Budapest est une cité aquatique ; ses entrailles sont tapies dans les profondeurs du fleuve ; dans les thermes, l’eau paraît bleue, de loin, mais devient jaune, huileuse, et pue le soufre dès qu’on y plonge la tête. Aujourd’hui, qui plonge la tête dans les journaux hongrois, qui regarde les affiches électorales placardées sur les murs de la ville sentira cette odeur de soufre lui monter aux narines.

En amont de Budapest, les petites villes qui s’égrènent sur les rives du fleuve comme les perles d’un chapelet racontent la même histoire de migrations, de croisades, de guerres et de frontières : Szentendre où se réfugiaient les Serbes au XVIIe siècle, Visegrád qui a donné son nom au groupe de pays conservateurs opposés à l’accueil de réfugiés, Esztergom ou fut baptisé saint Étienne, Komárom où le général Klapka se battit contre les Autrichiens.

Entre Slovaques et Hongrois, la pomme de discorde s’appelle Gabčikovo : un barrage qui piège les sédiments, assèche la plaine, détourne le Danube vers le nord et sépare les Magyars des deux rives. Enfin, les Hongrois ne se remettent toujours pas de la perte de Bratislava qui fut – sous le nom de Poszony – leur capitale suite au désastre de Mohács ; aujourd’hui la vieille ville aux ruelles pavées n’appartient plus aux Hongrois ni aux Slovaques mais à tous les Européens venus des quatre coins de l’Union pour enterrer leur vie de garçon ou parader sur les rives du fleuve bleu aux bras d’une grande blonde.

Au confluent du Danube et de la Morava se dressait autrefois le rideau de fer ; il n’en reste que des bribes laissées là pour l’édification des générations futures et un monument rouillé au cœur de l’Europe qui nous rappelle que le Danube est l’aorte du Vieux Continent vieillissant, dont il faudrait parfois changer la valve pour ne pas toujours entonner la même valse.

Avec l’Autriche commence le domaine du haut Danube et c’est une autoroute pour cyclistes qui nous mène à travers les marais de la Marchfeld jusqu’à Vienne où les naturistes font plouf plouf dans la Neue Donau tandis que vient d’être élu Sebastian Kurz, l’homme qui pourrait faire replonger son pays au cœur des ténèbres, comme le héros de Conrad dont il emprunte – ironie de l’histoire – jusqu’au nom. Mais ne restons pas trop longtemps à Vienne, qui ne s’approche du fleuve qu’à reculons, et filons pour la Wachau où le Danube vert-de-gris joue sur le velours : pas de Carpates à franchir ici mais de jolies collines où s’étagent les vignes et les légendes, forçant le fleuve à faire quelques méandres, pour le bonheur des cyclistes et des croisiéristes. La Wachau n’est pas une région ni même un paysage, c’est un musée à fleuve ouvert, une pinacothèque au bord de l’eau, un opéra grandeur nature ; seulement, dans son menu déroulant, elle peut vous proposer en entrée l’abbaye de Melk et en plat principal le camp de concentration de Mauthausen, histoire de vous rappeler que partout en Europe, le paradis côtoie l’enfer.

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Passé Linz, le Danube de plus en plus vert s’enfonce dans des gorges qui marquent la frontière avec la Bavière et la pente du fleuve se fait enfin sentir, preuve que le cycliste, à force de pédaler, se rapproche fatalement des sources. Sous les clochers de Passau, le Danube pourrait remercier les géographes, qui l’ont couronné fleuve-roi de l’Europe car il suffit de se tenir à la pointe de la presqu’île en bec de cygne et de regarder ses eaux bleues disparaître sous les eaux vertes de l’Inn pour donner raison aux hydrographes : ce n’est pas le Danube qui avale l’Inn mais le contraire, de sorte qu’il faudrait renommer la valse de Strauss la belle Inn verte.

Toutes les croisières sur le Danube commencent à Ratisbonne ou à Kelheim, où le fleuve, surgissant des gorges qu’il se taille dans la cuirasse calcaire du Jura franconien, devient enfin navigable. Mais c’est ici que commence aussi l’histoire du fleuve frontière : le limes romain rejoignait le Danube à l’endroit même où Charlemagne rêvera, huit siècles plus tard, de percer son canal, la fosse caroline, pour relier les deux pôles de son empire, Francia occidentalis et Francia orientalis, avec entre les deux l’éphémère Lotharingie, l’ancêtre de l’Alsace-Lorraine et de la Zyntarie.

Il faut se rendre à Ulm pour comprendre le rôle que le fleuve joua dans l’histoire de l’Europe. Le Danube fut l’un des principaux vecteurs du Drang nach Osten : d’Ulm s’embarquaient, sur des radeaux, paysans sans terre et crève-la-faim, fatigués de porter leurs misères hautaines, ivres d’un rêve bucolique et oriental. La débâcle allemande de 1945 fera revenir les Donauschwaben au pays de leurs ancêtres, tandis que nos collabos en fuite se refugieront à Sigmaringen, où Céline écrira D’un château l’autre.

En amont de Sigmaringen, le Danube n’appartient pas encore à l’histoire. C’est le ruisseau anonyme chanté par Élisée Reclus, il ne sait pas encore ce qui l’attend, il cascade, insouciant, entre les prés verdoyants et folâtre sur ses galets ; il lui arrive même de se perdre dans le karst car son rival le Rhin le siphonne si bien que la source du Danube varie selon les saisons : l’été, il provient d’Immendingen ; l’hiver il provient des neiges de Furtwangen ; au printemps, il surgit d’une gouttière en plastique ; les hommes décrétèrent qu’il commençait sa course à Donaueschingen, au confluent de la Breg et de la Brigach ; pour moi, il coulera toujours depuis la Zyntarie de mon enfance.

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06 septembre 2020

Tournée d'automne

GericaultHorseman

Quelques dates pour nous rencontrer cette automne autour de Sur la route du Danube (paru en poche au mois de mai) et de mon dernier roman Sabre, paru le 19 août chez Stock :

- jeudi 10 septembre, 19h30, Paris, librairie Charybde, Ground Control https://www.charybde.fr/evenements/emmanuel-ruben-sabre

- samedi 12 septembre, 12h, Nancy, Salon du Livre sur la Place, avec Carole Martinez & Olivier Mak-Bouchard

- mercredi 16 septembre, 18h30, Nantes, Géothèque

- samedi 19 septembre, 18h, Besançon, Salon du Livre, avec Thierry Beinstingel & Fiston Mwanza Mujila

- vendredi 2 octobre, 19h30, Metz, église Notre-Dame avec la librairie Autour du Monde

- samedi 3 octobre, 16h, Saint-Dié-Des-Vosges, Festival International de Géographie, avec Eric Fottorino & Thierry Paquot

- dimanche 4 octobre, 11h15, Saint-Dié-Des-Vosges, Festival International de Géographie, avec Jean-Baptiste Maudet & Michel Bussi

- mardi 6 octobre, 17h, Lyon, Bibliothèque ENS Diderot. Masterclass.

- mardi 6 octobre, 19h, Lyon, Villa Gillet, avec Esther Kinsky & Raphaëlle Leyris. https://www.villagillet.net/evenements/promenades ANNULÉ

- samedi 10 octobre, 15h15, Le Mans, 25e Heure du Livre, salle Henri-Lelièvre avec Eddy L. Harris, Michel Jullien & Antoine Boussin

- mercredi 14 octobre, 19h, Saint-Florent-le-Vieil, bibliothèque, avec Antoine Boussin

- du vendredi 16 au dimanche 18 octobre, Fête du Livre de Saint-Étienne ANNULÉ

- jeudi 22 octobre, 16h, La Baule, Chapelle Sainte-Anne, Écrivains en bord de mer avec Alain Nicolas

- vendredi 23 octobre, 19h, Lezay (79), Bibliothèque municipale, Trio Danube avec Toups Bebey & François Pernel

- jeudi 12 novembre, 19h30, Angers, Le Quai, Café-Littéraire "Les Bouillons" ANNULÉ

- vendredi 13 novembre, 18h30, Argentonnay (79), Bibliothèque municipale, Trio Danube avec Toups Bebey & François Pernel ANNULÉ

- mercredi 18 novembre, 18h, Paris, Cahiers de Colette, avec Olivia Elkaim ANNULÉ

- vendredi 4 décembre, 19h30, Saint-Jean (31), Espace Palumbo, dans le cadre du Marathon des mots de Toulouse, Trio Danube avec Toups Bebey & François Pernel https://openagenda.com/saint-jean/events/le-marathon-des-mots_747099?lang= ANNULÉ

- samedi 5 décembre, 10h30, Blagnac (31), Librairie Au fil des mots ANNULÉ

- samedi 5 décembre, 15h. Château Malpagat, L’Union ANNULÉ

- samedi 5 décembre, 18h, Toulouse, Marathon des Mots, Médiathèque José Cabanis, Trio Danube avec Toups Bebey & François Pernel  ANNULÉ

- mercredi 9 décembre, 19h, Ingrandes, Médiathèque, avec Julien Védrenne ANNULÉ

- vendredi 19 mars, La Roche-sur-Yon, librairie Agora, avec Guénael Boutouillet

- samedi 23 janvier, Strasbourg, Médiathèque ANNULÉ

- samedi 27 mars, 18h30, Grignan, librairie Colophon

- vendredi 23 avril, Saint-Martin-le-Beau (37), Auberge de la Treille

En attendant d'autres dates...

En espérant que ces rencontres nous donneront l'occasion de nous retrouver...

La presse en parle :

- https://www.lorientlejour.com/article/1228365/-pour-que-tout-change-il-faut-que-rien-ne-change-.html

- https://plus.lesoir.be/320040/article/2020-08-22/le-roi-des-lives-legende-ou-verite

- https://charybde2.wordpress.com/2020/08/15/note-de-lecture-sabre-emmanuel-ruben/?fbclid=IwAR10Vh9G77RdG8yTbOGnE-rdgVkaiI5vrvBuwcBMV_27pG__QAbKVyZL_Lk

- http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/2020/08/sabre-de-emmanuel-ruben.html?fbclid=IwAR0SATbxNnwFrP_dr4P-wNqJZkh9q8z7sP1OkpZUJtPJv3EeRSDTD7xFEXs

https://next.liberation.fr/livres/2020/09/18/les-objets-nous-rappellent-que-nous-sommes-mortels_1799865

https://www.actualitte.com/video/emmanuel-ruben-je-crois-que-l-on-ne-s-amuse-pas-assez-aujourd-hui-en-litterature/102726

- http://www.hauteprovenceinfo.com/article-32917-litterature-le-jury-du-prix-giono-devoile-une-premiere-selection.html

https://www.actualitte.com/article/culture-arts-lettres/une-premiere-selection-pour-le-prix-giono/102743

https://www.lepoint.fr/culture/livre-l-epopee-d-emmanuel-ruben-12-09-2020-2391549_3.php

https://www.telerama.fr/livres/sabre,n6697757.php

- https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/la-baule-ecrivains-en-bord-de-mer-rendez-vous-litteraire-7006587

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/le-mans-72000/le-mans-l-incroyable-epopee-d-emmanuel-ruben-entre-legendes-et-recits-7003012

- https://www.humanite.fr/litterature-emmanuel-ruben-et-le-sabre-du-roi-des-lives-694591

- https://www.lemonde.fr/livres/article/2020/10/08/sabre-d-emmanuel-ruben-l-arme-genealogique_6055317_3260.html

 

 

 

 

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29 juin 2020

Samuel Vidouble, le retour

Sabre

Le 19 août 2020 paraîtra Sabre, mon onzième livre et mon cinquième roman même si je n'ai pas encore trouvé la bonne définition du mot "roman". C'est le premier volet d'une saga familiale en forme de Cluedo - le second volet s'intitulera Chandelier. Il y est question d'un objet perdu comme le fut le sceptre d'Ottokar et d'un archipel de la Baltique qu'on aimerait faire exister autant que la Bordurie. Ça se passe au pied du Vercors et aux frontières de l'Europe, dans une France sans F et dans une Europe sans barbelés, à Dieppe où l'on s'embarquait pour l'Amérique et à Saint-Dié où l'Amérique fut inventée, à Saint-Pétersbourg et à Vilnius, à Dien Bien Phu et sur la Berezina. On y croise un certain Samuel Vidouble que je n'ai pas encore réussi à suicider, des tontons flingueurs et des traîneurs de sabres, des dragons d'hier et des samouraïs d'aujourd'hui, un roi des Lives et une reine des livres, le père Giono et la Grande Java, Bernadotte et Bonaparte, Emmanuel Kant et les frères Humboldt, le général de Gaulle et un certain W. On y rêve d'un canal du Dauphiné qui ne fut jamais réalisé, d'une Révolution française qui reste inachevée et d'une Europe en archipel. On y parle en patois et en français, en allemand et en yiddish. On ne vous dira pas comment ça se termine mais qu'il y est avant tout question de la frontière ténue entre réel et imaginaire, et de ces vessies qu'on nous fait prendre pour des lanternes.

Sabre_4e de couv

 https://www.youtube.com/watch?v=gOZw4t0r1Dk&feature=youtu.be

 

 

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10 juin 2020

Pour 2021

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Nous nous souviendrons de l’année 2020. Nous nous souviendrons de l’année zéro de la culture. Nous nous souviendrons des longs mois où il fut impossible de voir un film sur grand écran, impossible de voir monter des acteurs sur une estrade, impossible d’entendre en direct un air d’opéra, impossible de sautiller dans une salle de concert, impossible d'entrer dans un musée ou une galerie – et même impossible de se rendre chez son libraire ou de recevoir un livre par la poste, sans oublier qu’il fut impossible pendant longtemps de poser son coude sur le zinc d’un bistrot ou de commander un menu dans un resto. Et même impossible, pendant deux mois, de respirer l’air libre plus d’une heure, pour beaucoup d’entre nous. Que restait-il alors, dans ce zoo humain tandis que tout autour de nous les autres vivants connaissaient leur plus beau printemps ? Il restait les sentinelles inquiètes de nos livres – les livres de nos bibliothèques, pour ceux qui ont la chance d’avoir encore des bibliothèques. Il restait cette compagnie silencieuse et blafarde des pages que l’on tourne pour ne plus penser aux heures qui s’écoulent. Il restait ces voix qui bruissaient sur papier – il restait cette « solitude peuplée » dont parle Gilles Deleuze. Or ces auteurs qui nous auront permis de survivre par temps de confinement, ces auteurs qui nous auront permis de rêver et de questionner, de trouver la force de nous lever tous les matins et de nous coucher tous les soirs dans le même lit en croyant que demain serait un autre jour, ces auteurs auront été parmi les grands sacrifiés de la crise sanitaire. Car il n’y a pas de chômage partiel pour un écrivain – car il n’y a pas de chômage technique pour un écrivain, pas de chômage tout court, car un écrivain qui dort, c’est une société qui meurt, car un écrivain qui se repose, c’est une société qui sombre, car un écrivain ne peut pas prendre de congés : pas seulement parce que sa conscience le tient éveillé, mais parce que la sécu ne l’a pas prévu. Le seul moment où un écrivain peut se consacrer pleinement à son art, sans que le reste empiète sans cesse sur son temps de travail, c’est lorsqu’il est accueilli en résidence : si Julien Gracq a voulu, à la fin d’une vie qui avoisinait avec le siècle, que son domaine familial devienne un « lieu de repos et de travail destiné à des écrivains » c’est parce qu’il savait, lui qui exerçait le double métier d’écrivain et d’enseignant, qu’un écrivain se repose trop rarement. Ici seulement, dans des lieux comme celui-ci, au bord d’un fleuve comme celui-ci, il est possible d’inventer de nouvelles vies, ici seulement nous pouvons espérer nous baigner tous les jours dans de nouvelles eaux. Ici deviennent ou se réinventent des écrivains. 

Il paraît que nous trouverons un jour un vaccin contre le virus. Mais le meilleur vaccin contre la peste qui nous hante depuis si longtemps, nous le savons, c’est l’art, c’est la littérature, ce sont les savoirs – la devise de la Maison Julien Gracq. Depuis mars 2020, nous savons plus que jamais pourquoi nous nous battons.  

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29 mai 2020

Pour une intermittence des arts & des lettres : une utopie concrète et réalisable

Tribune parue dans Libération le 29 mai 2020

Pétition en ligne ici : 

Signez la pétition

Tribune parue dans Libération le 29 mai 2020 Monsieur le Président de la République,Monsieur le Premier Ministre,Monsieur le Ministre de la Culture, "Comme toute autre activité utile, écrire mérite salaire", notait Primo Levi dans Le Métier des autres .

https://www.change.org
Pour une intermittence des arts et des lettres : une utopie concrète et réalisable

Tribune. Monsieur le président de la République, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre de la Culture, "Comme toute autre activité utile, écrire mérite salaire", notait Primo Levi dans le Métier des autres. Or les écrivains, les plasticiens, les photographes, les illustrateurs, les traducteurs et les scénaristes d'aujourd'hui ne bénéficient quasiment jamais du salariat dans le cadre de leur travail artistique qui n'est jamais reconnu comme tel.

https://www.liberation.fr

 

Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Ministre de la Culture,

 

"Comme toute autre activité utile, écrire mérite salaire", notait Primo Levi dans le Métier des autres.

Or les écrivains, les plasticiens, les photographes, les illustrateurs, les traducteurs et les scénaristes d'aujourd’hui ne bénéficient quasiment jamais du salariat dans le cadre de leur travail artistique qui n’est jamais reconnu comme tel. Depuis le mois de mars, privés de ventes et de revenus complémentaires, les voici extrêmement fragilisés par la crise sanitaire.

La preuve flagrante de cette fragilisation, c’est la division qui règne dans nos rangs. Vous êtes sans doute au courant de la polémique opposant Joann Sfar, président d’honneur de la Ligue des auteurs professionnels et la SGDL, laquelle, se sentant calomniée l’a attaqué en diffamation. Qu’un auteur en vienne à critiquer une association censé le défendre et que celle-ci ne trouve pas d’autre parade que de lui intenter un procès est hélas un symptôme criant de cette division : on se croirait dans un roman de Kafka ; la condition des artistes-auteurs vient d’entrer dans l’âge absurde.

Nous, auteurs et artistes indépendants, ne représentant aucune corporation, ne comprenant pas ces querelles intestines et ces rivalités improductives, nous travailleurs et travailleuses de la forme et du texte, nous éprouvons la nausée devant cette situation et nous refusons de nous enfoncer dans cette condition absurde.

Si nous avons recours aujourd’hui à votre arbitrage, c’est que nous pensons qu’il est temps, enfin, de sortir de votre silence. Cela ne suffit pas de dire : «Lisez !» Quel art et quelle littérature souhaitez-vous pour la France, pour demain, pour après-demain ? Voulez-vous d’une littérature de rentiers qui ne se préoccupent pas de leurs ventes et qui exercent l’écriture comme un hobby ? Voulez-vous d’un art exercé par des artistes qui cumulent plusieurs métiers – enseignant à gauche, répondant à droite à des commandes – et n’ont plus la force de se consacrer, le soir, à ce qui nous donne, à nous, Français, la joie de vivre et la force de penser ? Voulez-vous d’une littérature depage-turner périssables, écrits dans le but de maximiser les chances de succès commercial ? Voulez-vous d’un art pour les privilégiés et les nantis ? Voulez-vous des artistes et des auteurs qui refusent toute vie familiale et se sacrifient pour un métier qui les rémunère si mal ? Trouvez-vous cela normal qu'un auteur qui a vendu plus de 10 000 exemplaires d'un livre sur une année (et qui donc compte environ 20 000 lecteurs en incluant le prêt et le marché d'occasion) ne puisse pas en vivre alors qu'un musicien ou un comédien qui aura joué devant 10 000 personnes en vivra dignement ? Lorsqu'un intermittent se produit devant 10 000 personnes, il est tenu compte des heures dévolues à la maîtrise du texte, à l'élaboration de la mise en scène et aux répétitions, travail souterrain qui représente 95% du temps passé, sinon plus. Quand nous passons des mois en recherches préliminaires, et parfois des années en écriture, réécriture, corrections, ne serait-il pas aussi naturel que ce temps souterrain soit aussi reconnu ?

C’est cette situation de grande précarité qu’évoquait bien le rapport Racine qui vous a été remis récemment : moins de 10% des artistes-auteurs atteignent des revenus équivalents au SMIC. Nous l’avons lu avec le plus grand intérêt, et nous regrettons qu’à peine publié, il ait été torpillé avant de passer aux oubliettes. Si nous saluons les efforts déployés pour venir en aide à la situation des auteurs et des artistes les plus fragilisés par la crise actuelle, nous pensons que ces efforts sont non seulement inadaptés mais notoirement insuffisants.

Le seul moyen de mettre un terme à cette division qui règne dans nos rangs et à ce lamentable gâchis, c'est que l'État cesse de déléguer la gestion des droits d'auteur à des organismes qui ne défendent pas toujours nos intérêts et qu'il offre enfin aux auteurs et aux artistes les mêmes droits qu'aux comédiens, aux musiciens, à tous les intermittents du spectacle. Il suffit de définir un seuil qui ouvrirait le droit non seulement à la retraite à la fin de la vie mais aussi au chômage à la fin du mois. Enfin les artistes et les auteurs redeviendraient disponibles, enfin leurs nuits seraient assez longues pour leur permettre de rêver et de nous faire rêver, de déranger, de questionner, de nous remuer. Enfin, la France aurait l'art et la littérature qu'elle mérite : des livres qui seraient meilleurs car les auteurs auraient le temps de les fignoler et des oeuvres qui seraient plus belles car les artistes auraient le temps de les peaufiner. Ce serait cela, le monde d'après. Une utopie simple et réalisable : l'intermittence des arts et des lettres.

Pour mettre en place cette nouvelle intermittence, voici les mesures concrètes que nous recommandons :

  1. Reconnaître la valeur du travail créatif par la mise au point de contrats qui prendraient en compte le temps de travail et incluraient les cotisations chômage : ce qui serait reconnaître qu’un contrat entraîne de fait une relation de dépendance avec un commanditaire. Un précédent créé par la Maison des Écrivains et de la littérature : lorsqu'elle fait intervenir un auteur en milieu scolaire, elle le rémunère en salaire, ce qui lui ouvre droit à une indemnité chômage à laquelle il ne pourra jamais prétendre dans la situation actuelle. Il suffit que tous les diffuseurs s'inspirent des pratiques de la Mél pour que l'intermittence devienne possible.
  2. Définir un seuil annuel (incluant tous les types de revenus artistiques) à partir duquel les artistes-auteurs pourraient se voir ouvrir des droits à l’intermittence. Ce seuil pourrait être de 9000 € brut/an et concernerait environ 45 000 artistes-auteurs en France. Il faudrait également définir un plafond au-delà duquel on ne pourra plus prétendre à l'indemnisation chômage. Mais il faut voir que parmi ces 45 000 personnes, seule une minorité abandonnerait leur emploi salarié pour se consacrer uniquement à leur art, car il serait impossible de cumuler l'intermittence et un CDI. Donc les artistes-auteurs seraient libres de leur choix et ne choisiraient plus par défaut des métiers dits "alimentaires". Finalement, ce seraient environ 20 000 personnes qui seraient concernées – soit moins d’1/10e du nombre actuel d'intermittents.
  3. Rassembler et réorienter les fonds consacrés à l’aide aux artistes-auteurs. Le fonds qu’il serait nécessaire de créer pour financer ce régime pourrait être abondé par une taxe perçue sur la vente des œuvres tombées dans le domaine public, 70 ans après la mort de leur auteur. Reprise ces dernières années par la SGDL, cette idée était déjà évoquée par Victor Hugo, qui y voyait le moyen que Corneille ou Racine finance les créateurs de son temps. À l’heure actuelle, les auteurs contemporains sont en concurrence avec les classiques sur les étals des librairies. Si une telle taxe était créée, la vente des classiques viendrait au contraire soutenir et stimuler la création contemporaine.

Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre, nous espérons que vous saurez proposer en 2020 un plan de relance exceptionnel pour affronter la crise que nous vivons. En 2021, il vous appartiendra de devenir les nouveaux Protecteurs des Arts et des Lettres et de graver vos noms vis-à-vis de ceux de Charlemagne, François Ier, André Malraux ou Jack Lang. Faute de quoi, l'Histoire vous retiendra malheureusement – après les renoncements de vos prédécesseurs – comme les fossoyeurs des Arts et des Lettres.

 

Premiers signataires :  

Emmanuel Ruben (écrivain et directeur associatif), Vincent Message (écrivain & enseignant-chercheur), Cloé Korman (écrivaine), Eric Pessan (écrivain), Patricia Cartereau (artiste plasticienne), Nicolas Mathieu (écrivain), Hélène Frappat (autrice & traductrice), Étienne Davodeau (auteur de bande dessinée), Emmanuel Lepage (auteur & illustrateur), François-Henri Désérable (écrivain), Olivier Guez (écrivain & journaliste), Alice Zeniter (écrivaine), Sylvain Prudhomme (écrivain), Olivier Liron  (écrivain et dramaturge), Jean-Noël Orengo (écrivain), Irina Teodorescu (écrivaine et plasticienne), Marie Bonnin (plasticienne), Julien d'Abrigeon (écrivain & enseignant), Kantuta Quiros  (curatrice et théoricienne de l'art), Emmanuelle Pagano  (écrivaine), Alexis Jenni (écrivain), Katrina Kalda (écrivaine & conservatrice des bibliothèques), Patrice Pluyette (écrivain), Erwan Larher (écrivain), Léa Bismuth (auteure et critique d'art), Mathieu Larnaudie (écrivain & éditeur), Hélène Gaudy (écrivaine), Amandine Dhée (autrice et comédienne), Yoann Barbereau (écrivain & traducteur), Velibor Colic (écrivain), Thierry Froger (écrivain & enseignant), Sapho Ebguy (artiste, interprète et écrivaine), Denis Michelis (écrivain et traducteur), Evelyne Noygues (traductrice), Gilles Collard (auteur & enseignant), Delphine Bretesché (artiste plasticienne poète), Tristan Trémeau (auteur), Laurence Vilaine(écrivaine), Guillaume Lebrun (photographe), Anne Gorouben (auteure & artiste plasticienne), Sandrine Cnudde (écrivaine & plasticienne), Julia Kerninon (écrivain et traductrice), Pierre Vinclair (poète), Pierre-Alexandre Rémy (artiste plasticien), Pascal Proust (artiste plasticien), Jean-Baptiste Maudet (écrivain et enseignant-chercheur), Dominique Sigaud (écrivain), Pascal Dessaint (écrivain & éditeur), Cathie Barreau (écrivaine), Guillaume Jan (écrivain), Antoine Germa (auteur et scénariste), Olivier Cadiot (écrivain et traducteur), Jérôme Leroy (écrivain), Laure Gauthier (autrice), Amandine Py (traductrice littéraire), Sylvain Coher (écrivain), Grégory Rateau (écrivain et chroniqueur radio), Grégory Nicolas (romancier), Jill Gasparina (auteure, critique d'art, enseignante), Nathalie Man (poétesse, écrivaine et street-artiste), Marie Cosnay(autrice), Laurence Biberfeld (écrivaine), Georgina Tacou (auteure), Zadig Hamroune (écrivain, traducteur, rédacteur), Séverine Weiss (traductrice), Hugo Henri (photographe), Marina Skalova (auteure & traductrice littéraire), Charles Robinson (auteur), Claude Colas (artiste plasticien), Emmanuelle Urien (autrice), Fabienne Yvert (écrivaine & plasticienne), Souad Labbize (autrice & traductrice littéraire), Olga Boldyreff (artiste), Karine Bonneval (artiste plasticienne), Zhu Hong (artiste plasticienne), Franck Gérard (photographe), Aliocha Imhoff (curateur), Richard Gaitet (écrivain & journaliste), Sonia Ristic (autrice), Zoé Balthus (autrice), Patrice Robin (écrivain), Paulina Mikol (autrice & chargée de cours), John Taylor (auteur-traducteur), Julien d’Abrigeon (auteur & enseignant), Hélèna Villovitch (auteure), Michel Tréhet (artiste photographe), Pierrick Naud (artiste plasticien), Yann Thoreau (artiste peintre), Christine Crozat (artiste plasticienne), Anne Collongues (écrivaine & photographe), Anne-Lise Broyer(photographe), Stéphanie Arc (auteure & journaliste), Natacha Nisic (artiste plasticienne), Valentine Goby (écrivaine), Denis Péan (auteur, compositeur & musicien), Victor Coutard (auteur & journaliste), Rebecca Wengrow (auteure), Evelyne Sagnes (responsable d'une association culturelle), Marie de Varney (écrivain & reporter), Sophie Garric (autrice, scénariste & réalisatrice), Philippe Georjon (bibliothécaire), Miléna Kartowski-Aïach (poète), Catherine Baldisserri (auteure et traductrice), Isa Marcelli (photographe auteur), Zoé Balthus (autrice), Laurine Roux (autrice), Jérôme Dejean (libraire), Céline Guillaume (correctrice), Lamia Berrada-Berca (autrice), Armelle de Sainte Marie (artiste), Béatrice Nicolas (artiste), Isabelle Tellier (directrice de centre d'art), Julien Nouveau (auteur), Benoît Artige (écrivain), Thierry Renaut (peintre & photographe), Olivier Pène (libraire), Paul-Henry Bizon (auteur), Sylvie Lobato (peintre & plasticienne), Thaddée (plasticienne), Lou Darsan (écrivaine), Nora Bussigny (auteur & journaliste), Aurélien Delsaux (écrivain), Lulu Land (romancière et poète), Chantal Ringuet (écrivaine & chercheuse), Amelie Guyot (auteur, vidéaste), Alina Dumitrescu (écrivaine), Samuel Loussouarn (auteur & traducteur), Rebecca Behar (poète), Marie Vindy (écrivaine), Martin Knosp (libraire), Marc Bergère (artiste-illustrateur), Isabelle Debuchy (journaliste), Nadine Laporte (écrivaine, maître de conférences), Sandra Lillo (poète), Robert Douëtte (écrivain, poète, ouvrier), Gwenaelle Rebillard (artiste plasticienne poète), Alain Marc (poète et écrivain), Georges Fernandes (auteur), Sébastien Joanniez (écrivain), Hakim Malik (libraire), Éloïse Lièvre 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27 mai 2020

En attendant le monde d'après... les auteurs s'empoignent

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"Comme toute autre activité utile, écrire mérite salaire.", Primo Levi.

Voilà, il ne manquait plus que cela pour que le tableau d'une culture atomisée soit complet : que les auteurs offrent le lamentable spectacle de leur division, que les uns persiflent et que les autres attaquent en justice. Je ne dirai pas ici ce que je pense de Joann Sfar et de la Ligue des Auteurs Professionnels, ni de Pierre Jourde et de la Sgdl Auteurs (je suis membre des deux organismes et j'ai été longtemps lecteur et admirateur des deux auteurs) ; je me contenterai de dire que je n'ai pas droit au fabuleux crédit de la Sgdl Auteurs car celui-ci vient en aide à des auteurs qui n'ont pas d'autre profession. C'est le cercle vicieux de la double profession : vous vous échinez 24 h sur 24, vous vous levez à 5h du matin et vous couchez à minuit, vous cotisez 2 fois pour une retraite imaginaire (à 67 ans, vous vous serez tué à la tâche), vous payez 2 fois plus d'impôts, vous n'avez pas assez de temps pour vous consacrer à votre activité artistique et vous êtes doublement pénalisé parce que vous vivez "à l'ombre d'un salaire" (comme vous fit remarquer un jour un prix Goncourt) et n'avez pas le courage et l'indépendance de vivre de votre art alors que comme tous les auteurs de livres, vous n'aurez pas vendu le moindre bouquin en mars-avril-mai car il a été décidé que le tabac-qui-tue était plus vital pour l'être humain que la littérature-qui-aide-à-vivre. Qu'on ne me parle plus de ce courage (pas courageux, Primo Levi ?) et de cette indépendance quand on pense à ce que cela veut dire de dépendre des versements toujours différés des éditeurs, des traitements toujours opaques des kyrielles de sociétés de gestion collective, des subventions toujours incertaines des collectivités locales. Et qu'on en finisse surtout avec cette conception poussiéreuse, désuète et paternaliste du pauvre gendelettre-qui-doit-souffrir-pour-créer, auquel il faut toujours faire l'aumône car ce qui n'est jamais rémunéré, c'est le travail-en-tant-que-tel. Le seul moyen de mettre un terme à ce lamentable gâchis, c'est que l'État cesse de déléguer la gestion des droits d'auteur et qu'il offre enfin aux auteurs et aux artistes le même droit qu'aux comédiens et aux musiciens. J'en avais parlé à Françoise Nyssen, je suis prêt à en parler à Franck Riester s'il veut bien m'entendre. Il suffit de définir un seuil (type seuil de l'AGESSA, genre 9000€ de droits d'auteur, tous droits confondus par an) qui ouvriraient non seulement à la retraite à la fin de la vie (coucou l'AGESSA :-)) mais aussi au chômage à la fin du mois. Enfin les artistes et les auteurs redeviendraient disponibles, enfin leurs nuits seraient assez longues pour leur permettre de rêver. Enfin, la France aurait l'art et la littérature qu'elle mérite : des livres qui seraient bons car les auteurs auraient le temps de les fignoler et des oeuvres qui seraient belles car les artistes auraient le temps de les peaufiner. Ce serait cela, le monde d'après. L'intermittence des arts et des lettres. Une utopie concrète et réalisable.

26 mai 2020

Albert Memmi (1920-2020), un siècle de vigilance

Albert_Memmi

"Descendrais-je d'une tribu berbère que les Berbères ne me reconnaîtraient pas, car je suis juif et non musulman, citadin et non montagnard ; porterais-je le nom exact du peintre que les Italiens ne m'accueilleraient pas, car je suis africain et non européen. Toujours je me retrouverai Mordekhaï Alexandre Bénillouche. Indigène dans un pays de colonisation, Juif dans un univers antisémite, Africain dans un monde où triomphe l'Europe", Albert Memmi, La Statue de sel

Sinon, je le dis au passage, comme ça, car personne ou presque n'en parle bien sûr, en France, vu l'avalanche de décès des derniers mois, mais un grand homme est mort il y a quelques jours, un des derniers contemporains vivants de Sartre et de Camus (il eut le droit à des préfaces des deux, belle performance et grand écart) : Albert Memmi, 99 ans, une trentaine de livres derrière lui, qui forgea les concepts de judéité et d'hétérophobie. Un homme qui m'a fait comprendre ce que voulait dire naître juif en terre d'Islam et sous protectorat comme on disait autrefois pour parler de la colonisation. Un homme qui fut à la fois juif, africain, arabophone, berbère, tunisien, colonisé et qui devint français par la langue. De tous les écrivains francophones, celui qui ressemblait peut-être le plus à ce que furent mes ancêtres constantinois. On retiendra cela aussi de l'année 2020 : pendant que tout le monde parlait des malheurs de Zemmour, les grands hommes mouraient dans l'indifférence générale.

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28 août 2019

Sur la route du Danube, la bande son

Et voici ce que nous avions dans les oreilles en pédalant pendant 48 jours à pleins tubes contre les vents dominants.

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Queen - Bohemian Rhapsody [High Definition]

Elektricni Orgazam, "Bejbe ti nisi tu"

Gotan Project La Cruz del Sur Radio mix

Alexander Vertinsky - Dorogoi dlinnoyu - Дорогой длинною - By the long road

Rastao Sam Pored Dunava

PLAVI ORKESTAR - Bolje biti pijan nego star

Ederlezi: Time of the Gypsies - Goran Bregović, Emir Kusturica

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26 août 2019

Sur la route du Danube en images

Comme plusieurs d'entre vous m'ont demandé des images de Sur la route du Danube, comme j'avais livré volontairement un récit sans images, comme je n'ai pas vraiment eu le temps de revenir ici pour faire le tri dans mes souvenirs, je profite d'un dimanche après-midi de la fin août pour vous donner un petit aperçu de cette virée danubienne :

 

1-2 les escaliers d'Odessa

"En haut des escaliers d'Odessa (...) Vlad, qui a la passion du cinéma, me lance un défi : et si nous commencions notre périple ici, en dévalant sur nos deux roues les deux cents marches des fameux escaliers, comme le landau du Cuirassé Potemkine ?", p. 22

1-4 Boudjak (Ukraine)

"nous traversons la lagune de Solone sur une chaussée de terre submersible et complètement ravinée par les crues printanières. Encore un de ces limans de la mer Noire, ici débouché de la rivière Alkaliya. On croirait la mer d’Aral. Le paysage est aride, les arbrisseaux rabougris, les chardons cramés, l’herbe calcinée", p. 46


1-4 Viktor, pêcheur lipovène, Vilkovo (Ukraine)

"Viktor est un pêcheur lipovène. Il ne porte pas la barbe de patriarche des Vieux-Croyants, car il n’a pas atteint soixante ans, mais il a gardé de ses ancêtres russes le poil blond et dru, l’oeil d’un bleu farouche et l’indépendance d’esprit ; la peau de son visage est tannée par le soleil, son front strié de rides profondes, ses ongles noirs ; la clope au bec, il manie le gouvernail de la main droite en nous racontant l’histoire du delta", p. 48


1-4 Vilkovo (Ukraine)

"une babouchka revenant de son potager insulaire dans sa lotca", p. 61

 
1-5 Baba Ira, Kilia (Ukraine)

"Baba Ira est veuve depuis trois ans, sa pension lui suffit à peine pour vivre, elle n’a connu que la dèche, ses rides sont des crevasses, à soixante-cinq ans elle en paraît quatre-vingt-quinze, son visage ravagé est à l’image des routes de son pays", p. 67

 

1-5 enfant à vélo, Kilia (Ukraine)

"un garçon d'un blond d'ange, aux jambes agiles et aux bras cuivrés, enfourche une antique bicyclette hollandaise trois fois trop grande pour lui", p. 69

1-5 Izmail (Ukraine)

"Izmaïl, Izmaïl, je sais maintenant pourquoi ce nom me fait tant rêver", p. 70


1-8 Sulina (Roumanie)

"nous contournons le vieux phare rouillé, retiré du service depuis 1992 mais servant toujours à mesurer la longueur du Danube", p. 104


1-9 Gavril, Sulina (Roumanie)

"Gavril, le pêcheur lipovène, avec qui nous baragouinons en russe, vient tous les jours au Jean-Bart", p. 114


1-9 Stefan, capitaine de Sulina (Roumanie)

"le capitaine Stefan est revenu au Jean-Bart pour commander une nouvelle pinte", p. 115


1-10 autoportrait au vélo, Dobroudja (Roumanie)

"Nos compteurs indiquent bientôt cent kilomètres, le soleil décline dans le ciel et il est temps de chercher un endroit pour pioncer", p. 133

 
1-10 Dobroudja (Roumanie)

"Les mont Macin, vus d'ici, ressemblent à un ancien volcan éteint, on dirait un Vasuve miniature, et le lac Trajan pourrait être un autre Nemi", p. 133

1-11 Raïssa (Roumanie)

"Sauf que là, il y a Raïssa (...) Raïssa pourrait surgir d’une icône byzantine, ses cheveux blancs gardent un peu du blond de sa jeunesse et tracent autour de son visage de vieille beauté éternelle une auréole délimitée par le lourd châle de laine noire", p. 141


1-12 Tziganes sur la route de Bucarest

"les seuls êtres humains que nous croisons sont des Tziganes lancés au trot sur leur charrette", p. 140


1-16 avec des enfants bulgares

"aujourd’hui, la beauté des enfants bulgares est une des dernières résurgences de ce métissage", p. 209

1-16 Baïkal (Bulgarie)

"bientôt le sang du ciel se répand partout", p. 202

1-16 Bogdan, le jardinier des ruines (Bulgarie)

"Bogdan est le jardinier des ruines", p. 198

1-16 Tziganes dans le Danube (Bulgarie)

"Il a sympathisé avec une autre bande de Tziganes qui font de grands ploufs dans le fleuve en se grimpant les uns sur les autres", p. 199-200

1-17 balcon sur le Danube (Bulgarie)

"la route est toujours le même balcon déglingué qui nous rappelle que la ligne droite et la surface lisse n’existent pas dans les Balkans", p. 205

1-18 synagogue de Vidin (Bulagrie)

Les vestiges de la synagogue de Vidin sont une merveille baroque, un entrelacs chaotique de briques et de verdure où l’art et la nature semblent avoir rivalisé d’audace", p. 222

1-18 Vidin (Bulgarie)

"C’est à Vidin, pourtant, que le segment bulgare du Danube est le plus beau, le plus bleu, le plus large", p. 217

1-20 Tchitcha, Kladovo (Serbie)

"Stevan alias Tchitcha s’est autoproclamé roi de la riblja čorba, la soupe de poisson", p. 240

1-20 Zeka

"Zeka, un trompettiste tzigane, chemise bleue et cravate noire, venu avec sa troupe depuis Vranje, à la frontière de la Macédoine et du Kosovo, joue un petit air de jazz manouche en mon honneur", p. 242

1-21 Djerdap (Serbie)

"on se croirait en baie d’Along, les proportions ne sont plus européennes mais asiatiques, ici le Danube déverse à travers une faille étroite plus de cinq mille mètres cubes de flotte à la seconde", p. 256

1-21 Djerdap 2 (Serbie)

"les Portes de Fer se situent sur la grande route des Balkans, de Salonique à Budapest", p. 255

1-21 Djerdap 3 (Serbie)

Là-bas, sur la rive roumaine, le Danube est bordé de hautes falaises baignant d’une manière bizarre dans le lac de retenue, comme si l’eau venait de monter dans la nuit", p. 253

1-21 Djerdap 4 (Serbie)

"c’est ici que le Danube tranche définitivement le fer à cheval des Carpates", p. 252

1-21 Djerdap 5 (Serbie)

"le fleuve est d'un gris d'acier dense et profond", p. 243

1-21 Golubac (Serbie)

"la citadelle médiévale de Golubac, le verrou des Portes de Fer", p. 257

1-21 Mali Strbac (Serbie)

"Nous garons les vélos contre un rocher capitonné de mousse et de lichen et reprenons notre souffle", p. 252

1-22 frontière serbo-roumaine

"le Danube est la dernière mer, une mer intérieure ou frontalière", p. 260

1-22 Ram (Serbie)

"Il faut choisir. Rive nord ou rive sud. Serbie centrale ou Voïvodine mitteleuropéenne", p. 261

1-22 Svetlana (Serbie)

"avec la guerre et l’embargo, les femmes serbes ont appris à se passer des hommes", p. 266

1-23 Dragan, Smederevo (Serbie)

"j’avais l’impression que Dragan se dédoublait, que mon corps se dédoublait, que le Danube aussi se dédoublait", p. 270

1-24 Novi Sad 1 (Serbie)

"Vu du ciel, le Danube à Novi Sad est un dragon bleu qui se cabre en cognant pour la première fois contre la porte des Balkans", p. 364

1-24 Novi Sad 2 (Serbie)

"Nous laissons derrière nous le most Slobode, le pont de la Liberté", p. 371

3-1 pêcheurs croates

"Nous laissons derrière nous les amis, la vie placide comme un long fleuve tranquille, et nous avons déjà le blues de la Voïvodine", p. 371

3-3 Baja (Hongrie)

"La rive gauche regagnée, c’est reparti plein nord dans le coucher de soleil qui fait flamber le fleuve telle une immense lampée de cognac, sous les festonnements muets des trembles et des nuages", p. 402

3-5 Budapest 1

"C’est déjà l’automne à Budapest", p. 411

3-5 Budapest 2

"Vue du ciel, Budapest est en forme de papillon, nous dit Julia, un grand papillon gris – son corps serait la chenille bleue du fleuve, sa tête l’île Marguerite et ses ailes l’extension des banlieues vers les quatre coins du pays", p. 412

3-5 Budapest 3

"Là, nous éprouvons enfin le sentiment de l’espace aéré et nous regardons le Danube, au loin, surgir des Carpates et couler vers le sud, soudain très bleu sous le ciel de septembre épuré par une dernière averse", p. 418

3-5 Budapest 4

"En traversant le fleuve sur le pont des Chaînes pour regagner Pest, nous regardons le ballet incessant des bagnoles, des cyclistes et des piétons dans le crépuscule indigo", p. 418

3-5 Budapest 5

"Budapest est la seule vraie métropole danubienne, et la Hongrie le seul pays qui appartienne entièrement au bassin-versant du Danube", p. 412

3-5 Budapest 7

"le Danube aux mille avatars qui scintillait sous nos yeux nous menait très loin vers l’est, en Turquie, en Perse, en Inde, au pays des fleuves divins", p. 414

3-6 Szentendre (Hongrie)

"Dans le coude de Szentendre, où les bouées sont numérotées, le fleuve vert turquoise est un gigantesque billard dont le drap se serait élimé sous l’éclat du soleil", p. 420

3-6 Visegrad (Hongrie)

"Le Danube est très bleu, très large, ici – près de 500 m.tres –, le vent du  sud effleure sa surface et soulève de belles vagues, c’est déjà un bras de mer que domine, perchée sur sa colline, l’ancienne forteresse du bon roi Carobert", p. 424-425

3-8 Gabcikovo (Slovaquie)

"sur le bief d’aval, où l’eau jaillit des turbines et nous gifle le visage avec la vigueur d’un torrent alpin", p. 443

3-13 Durnstein (Autriche)

"Le bleu pâle du clocher de Dürnstein (...) permet, par comparaison, de constater que le Danube, lui, n’est plus tout à fait bleu, comme nous l’avons cru ce matin", p. 479

3-13 Wachau (Autriche)

"L’espace d’un instant, dans la lumière zénithale (...) le Danube, entre ses berges de galets en forme de demi-lune paraît du plus beau bleu, comme dans le poème d’Isidor Beck : un bleu de manganèse qui rivalise avec le ciel", p. 482

3-14 Ybbs (Autriche)

"la silhouette en as de pique de l’église de Metzling se dresse à contre-jour au-dessus des maisons basses comme une carte à jouer, un signe énigmatique qu’il nous faudrait peut-être déchiffrer pour savoir ce que la nuit nous réserve", p. 484

3-15 Grein (Autriche)

"Ici, le Danube trace la limite administrative entre la Basse-Autriche, sur la rive sud, et la Haute-Autriche, sur la rive nord", p. 488

3-15 Zille (Autriche)

"La traversée se fait sur une Zille, une élégante embarcation traditionnelle à fond plat, variante locale des toues cabanées ligériennes", p. 496-497

3-17 Weltenburg (Allemagne)

"Quelques kilomètres plus loin vers l’aval se situe l’abbaye bénédictine de Weltenbourg, une des plus vieilles de Bavière", p. 516

3-21 Danube souabe (Allemagne)

"Nous roulons nez dans le guidon, grisés par la lumière automnale, dans ce Wurtemberg de pastorale, sur les rives hirsutes d’un fleuve sauvage aux eaux limpides", p. 546

3-21 Munderkingen 2 (Allemagne)

"il faudrait parler désormais du Danube au féminin, la Donau souabe est très belle, très claire, avec des reflets blonds et des chevelures d’algues qui s’affolent dans le courant", p. 546

3-23a brouillard à Donaueschingen

"pour l’instant le vieux monde est encore sans couleurs, nous roulons très vite pour nous réchauffer dans la pellicule d’un film en noir et blanc, le soleil n’est qu’un halo blafard qui s’élève lentement dans le brouillard et se reflète à peine dans la surface argentique du ruisseau", p. 564

3-23b cygne à Donaueschingen

"un grand cygne déploie sa voilure de plumes, navigue vers l’aval et se dédouble telle une carte de tarot sous les doigts d’un magicien", p. 565

3-23c Confluence Breg-Brigach (Allemagne)

"À l’extrémité orientale du parc des princes de Fürstenberg, voici enfin le confluent de la Breg, de la Brigach et de la Stille Musel, les trois torrents donnant naissance au grand fleuve européen, les trois mamelles de la Danubie", p. 567

3-23d héron à Donaueschingen 2

"De tous les animaux de la Danubie, c’est le plus fidèle, nous l’aurons vu dans tous les pays, perché sur toutes les berges, toujours aussi solitaire, si bien que ce livre pourrait s’intituler Le Vol du héron, car au fond, c’est peut-être lui, l’âme damnée ou le génie du Danube", p. 565

3-23e Donaueschingen (Allemagne)

"La source artificielle est une résurgence karstique de la Brigach qui fut canalisée en 1876 et se déverse dans la rivière en passant sous le petit temple", p. 569

3-23f Donauquelle

"Voici la vasque et le bénitier des passionnés d’histoire et de civilisation germaniques venus recevoir l’extrême-onction danubienne", p. 569

3-23g source de la Breg (Allemagne)

"Ici se situe la source principale du Danube, la Breg, à l’altitude de 1 078 m, à 2 888 km de l’embouchure du Danube et à 100 m de la ligne de partage des eaux entre la mer Noire et la mer du Nord", p. 573

3-23h source de la Breg 2

"Le maigre filet d’eau jaillit sous une borne rudimentaire. Son premier berceau est un éboulis de grosses pierres rondes", p. 574

 

 

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25 août 2019

Ils ont parlé de Sur la route du Danube et je les en remercie !

Revuedepresse

Sophie Delafontaine dans Ouest France 

Thierry Guichard dans Le Matricule des Anges

Josyane Savigneau dans Lire Lire_Savigneau_05_03_19

Ghislaine Antoine sur son blog http://squirelito.blogspot.com/2019/03/normal-0-21-false-false-false-fr-x-none.html

Alain Nicolas dans L'Humanité Dimanche L_Humanit__dimanche_Alain_Nicolas_itw_14_03_19

Nils Ahl dans Le Monde des Livres Le_Monde_Nils_Ahl_15_03_19

Xavier Capodano sur France Info 

Jean-François Cadet sur RFI http://www.rfi.fr/emission/20190318-emmanuel-ruben-danube

Christophe Henning sur RCF https://rcf.fr/spiritualite/la-marche-un-chemin-interieur

Regain & VSD Regain___VSD_Danube_05_04_19

Caroline Broué sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/les-matins-du-samedi/emmanuel-demarcy-mota-emmanuel-ruben-achille-mbembe

Jacques Josse sur Remue.net https://remue.net/sur-la-route-du-danube

Michèle Germain sur France bleu Loire-Océan

Joyeux Drille sur son blog https://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2019/04/malgre-tous-les-pays-quil-relie-le.html

Cindy Lemaire sur France bleu Loire-Océan https://www.francebleu.fr/emissions/les-gens-d-ici/loire-ocean

Jean-Paul Faure dans Ouest France

Gabriel Boussonnière dans le Courier de l'Ouest https://www.courrierdelouest.fr/actualite/saint-florent-le-vieil-emmanuel-ruben-je-voulais-etre-un-etranger

LMDA couv

Thierry Clermont dans Le Figaro littéraire Le_Figaro_Thierry_Clermont_11_04_19

Henri Gibier dans Les Échos week-end Les_Echos_week_end_Henri_Gibier_19_04_19

Sophie Creuz dans L'Écho (Belgique) L_Echo_Sophie_Creuz_27_04_19

Sophie Creuz sur la RTBF (Belgique) Rtbf_Sophie_Creuz_

Thierry Cerinato dans la Revue 200 200_Cerinato_Danube_27_04_19

Christian Desmeules dans Le Devoir (Canada) Le_Devoir_Christian_Desmeules_27_04_19

Monique Atlan sur France 2 https://www.france.tv/france-2/dans-quelle-eta-gere/961699-sur-la-route-du-danube-de-emmanuel-ruben-rivages.html?

Pierre Glachant dans le Courrier des Balkans Blog___Le_long_du_Danube____v_lo__de_la_mer_Noire___la_For_t_Noire___Le_Courrier_des_Balkans

Evelyne Sagnes sur son blog https://www.tribunelivres.com/post/echappé-e-belle-emmanuel-ruben-sur-la-route-du-danube?

Guénaël Boutouillet https://www.mixcloud.com/guénaël-boutouillet/emmanuel-ruben-lancement-danube-gb-laviedevantsoi-mars-2019/?

L'Humanité dimanche_Alain Nicolas_itw_14-03-19

Jean-Louis Tissier dans En attendant Nadeau et Médiapart EaN_Jean_Louis_Tissier__Carnet_du_grand_fleuve_29_04_19

Thomas Le Seac'h dans Aujourd'hui en France 

Alexandra Schwartzbrod sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/les-matins?

Laure Adler dans L'heure bleue (France Inter) https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-08-mai-2019?

Pierre Maury dans Le Soir (Belgique) Le_Soir_Pierre_Maury_11_05_19

Jacques Munier sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees-0?

Le Figaro_Thierry Clermont_11-04-19

Mélanie Croubalian sur la RTS1 (Suisse) https://www.rts.ch/play/radio/entre-nous-soit-dit/audio/emmanuel-ruben-sur-la-route-du-danube--ed--rivages?

Nicolas Gary sur Actualitté https://www.actualitte.com/article/culture-arts-lettres/etonnants-voyageurs-emmanuel-ruben-prix-nicolas-bouvier-2019/94872?

Alexandra Schwartzbrod dans Libération https://www.liberation.fr/debats/2019/05/14/emmanuel-ruben-l-europe-n-est-rien-d-autre-qu-une-grande-crise-migratoire-nous-venons-tous-de-l-est_1726922?

https://www.liberation.fr/evenements-libe/2019/05/17/l-europe-est-une-fiction-qui-n-existera-pas-sans-nous_1726644?

Nicolas Arzur dans Libération https://www.liberation.fr/evenements-libe/2019/05/18/emmanuel-ruben-une-identite-entre-les-lignes_1727092?

Eric Fottorino dans Le 1 et sur France TV Info LE1_22_05_19_complet https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/franceinfo/ouvrez-le-1/ouvrez-le-1-du-mercredi-22-mai-2019_3456253.html?

Henri-Charles Dahlem sur son blog https://collectiondelivres.wordpress.com/2019/05/24/sur-la-route-du-danube/?

Guillaume Erner sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/y-a-t-il-encore-un-desir-deurope?

Auriane Kolodziej sur le site de l'Institut français https://www.institutfrancais.com/fr/rencontre/emmanuel-ruben

Michel Ellis sur le blog l'Espadon https://www.lespadon.info/2019/05/sur-la-route-du-danube-emmanuel-ruben.html?

interviw Libé 15-05

Blandine Masson sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-theatre-et-cie/une-journee-aveca-la-recherche-de-lesprit-europeen?

Marie Chaudey dans La Vie La_Vie_Marie_Chaudey_06_06_19

Kenza Sefrioui dans Tel Quel (Maroc) Tel_Quel_Danube_Kenza_Sefrioui_07_06_19

Pierre Vavasseur dans Le Parisien Le_Parisien_Vavasseur_18_06_19

Jean Lebrun sur France Inter https://www.franceinter.fr/emissions/la-marche-de-l-histoire/la-marche-de-l-histoire-19-juin-2019?

Le Télégramme Le_T_l_gramme_27_06_19

Olivia Gesbert sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/la-grande-table-des-livres-les-litteratures-voyageuses?

Eugénie Bourlet dans le Nouveau Magazine littéraire Nouveau_Magazine_litt_raire_Eug_nie_Bourlet_01_07_19

Gérard Hamon dans Pèlerin Magazine P_lerin_G_rard_Hamon

Gérard Hamon dans Cyclotourisme Cyclotourisme

Marina Cessa dans Presse Océan Presse_Oc_an_Marina_Cessa_19_07_19

Charlotte Desmousseaux dans la revue Initiales de l'été Initiales_Charlotte_Desmousseaux

Jean-Charles Albert dans Frankreich Erleben Frankreich_Erleben_Jean_Charles_Albert

Sylvain Tesson dans Le Monde des Livres Sylvain_Tesson_Monde_

Valérie Marin la Meslée dans Le Point https://www.lepoint.fr/culture/banquet-du-livre-emmanuel-ruben-embarque-les-lecteurs-a-velo-05-08-2019-2328389_3.php?

Geneviève X dans La Gazette de la frontière gazette_58_p3

Véronique Bergen dans Roaditude https://www.roaditude.com/carnet-de-route/2019/11/06/ruben

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14 mars 2019

quelques dates pour nous retrouver sur la route du Danube...

 

article Lire Savigneau Ruben

le lancement se fera mercredi 6 mars à 19h15 à Nantes, à la librairie La Vie devant soi, grâce à Charlotte Desmousseaux et Guénael Boutouillet,
 
d'autres dates suivront, parmi lesquelles celles-ci :

dimanche 10 mars, 12h30, fête du livre de Bron, rencontre avec Andreï Kourkov, animée par Thierry Guichard

samedi 16 mars, 15h, Livre Paris, scène Europe, rencontre animée par Alexandra Schwartzbrod

jeudi 21 mars, 19h30, librairie Charybde, Paris

jeudi 28 mars, 20h30, librairie ParChemins, Saint-Florent-le-Vieil

samedi 6 avril, 14h30, Escale du Livre, Bordeaux, grand débat avec Andreï Kourkov & Robert Menasse. Animé par Yann Nicol

samedi 13 avril, 7h, les Matins du Samedi, avec Caroline Broué, France Culture

jeudi 25 avril, 19h30, Sadel avec la librairie Contact, Angers

vendredi 26 avril, 19h, Géothèque, Nantes

- jeudi 2 mai, 19h, librairie la Licorne, Uccle, Bruxelles

- vendredi 3 mai, 19h, librairie le Bateau Livre, Lille

samedi 4 mai, 15h15 & 17h30, festival du premier roman & des littératures contemporaines, Laval

- mardi 7 mai, 20h, librairie le Genre Urbain, Paris

- mercredi 8 mai, 20h, l'heure bleue avec Laure Adler, France Inter

- vendredi 10 mai, 17h, librairie le Brouillon de Culture, Caen

samedi 11 mai, 18h, librairie la Grande Ourse, Dieppe

- mardi 14 mai, 15h, RTS1 en duplex depuis Paris

- mercredi 15 mai, 18h30, librairie des Halles, Niort avec Jean Worms

- jeudi 16 mai, 18h, médiathèque José Cabanis, Toulouse, avec la librairie Ombres blanches

samedi 18 mai, 14h librairie l'Aubette, Strasbourg, Forum Libération pour une journée consacrée à l'Europe, avec Étienne Klein, Olivier Fuez et Dominique Schnapper. Débat animé par Alexandra Schwartzbrod.

mercredi 22 mai, 19h, Le Triangle, Rennes. Avec Oliver Rohe, Arno Bertina, Mathieu Larnaudie & Patrick Boucheron

vendredi 24 mai, 18h, librairie Folies d'Encre, Saint-Denis

samedi 25 mai, 16h, café Fluxus, Fondation du Doute, Blois, la veille des élections européennes avec le collectif Europe Ensemble

mercredi 29 mai, 18h30, librairie Michel Descours, Lyon avec Gwilherm Perthuis

- samedi 1er juin, European Lab Camp, Nuits Sonores, Lyon. Lecture musicale, avec François Pernel (harpe) & Toups Bebey (percussion & saxo)

- dimanche 2 juin, après-midi, Salon du livre, Angers (librairie Richer)

mercredi 5 juin, 19h, librairie l'Odyssée, Vallet

- du 8 au 10 juin, festival Étonnants Voyageurs, Saint-Malo

vendredi 14 juin, 18h30, librairie les Saisons, La Rochelle

samedi 15 juin, 17 h, bibliothèque de la MJC de Carcassonne avec LUCIOLE et la librairie Mots & Cie

vendredi 21 juin, 18h30, La Petite Librairie, Brest, avec Thomas Berriet 

- du 17 au 21 juillet, festival Écrivains en bord de mer, La Baule

- du 3 au 4 août, Banquet du livre & des générations, Lagrasse

- du 8 au 10 août à Douarnenez, Festival Baie des plumes avec l'association Poèmes bleus et la librairie l'Ivraie

- du 20 au 22 septembreBesançon, le Livre dans la Boucle

- du 4 au 6 octobre, Festival  International de Géographie, Saint-Dié

- du 17 au 20 octobre, fête du livre, Saint-Étienne 

- du 22 au 26 novembre, les Petites Fugues, Franche-Comté

 

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13 mars 2019

Sentiment géographique

lmda arbre généalogique

Quand j'ai débarqué à Paris en septembre 2005, retour de Grande Baronnie, j'ai pris l'habitude de me rendre tous les mercredis soirs à la BPI, en sortant de l'Institut de géo, pour y lire la Quinzaine littéraire ou le Matricule des Anges. Le Matricule mettait à l'honneur des auteurs qui comptaient énormément pour moi - comme Magris ou Rigoni Stern, Claude Simon, Pierre Bergounioux, Pascal Quignard ou Pierre Michon. C'était donc suffisant pour poursuivre aveuglément l'apprentissage. C'est là, sur papier glacé, que j'ai découvert des auteurs aussi précieux pour moi qu'Eri de Luca ou Lobo Antunes, Volodine ou Guyotat, Christian Garcin ou Arno Bertina, Mathieu Riboulet, Emmanuelle Pagano ou Maylis de Kerangal. Plus tard, quand j'étais un peu moins fauché, je me suis abonné ; chaque mois, l'auteur à la Une du Matricule - Mathias Enard ou Oliver Rohe, Jérôme Ferrari, Camille de Toledo, Céline Minard ou Lydie Salvayre - n'était jamais totalement étranger pour moi : soit je venais de lire son dernier livre, soit je venais de le rencontrer, soit je brûlais d'envie de découvrir son oeuvre. Cette fois-ci, je crois que je le connais un peu... Merci Thierry Guichard !

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15 février 2019

En librairie le 6 mars. Lancement le 6 mars à 19h15 à Nantes, à la librairie La Vie devant soi

Couverture Ruben

4e de couverture :

 

"À l’été 2016, Emmanuel Ruben entreprend avec un ami une traversée de l’Europe à vélo. En quarante-huit jours, ils remonteront le cours du Danube depuis le delta jusqu’aux sources et parcourront 4 000 km, entre Odessa et Strasbourg. Ce livre-fleuve est né de cette odyssée à travers les steppes ukrainiennes, les vestiges de la Roumanie de Ceauşescu, les nuits de bivouac sur les rives bulgares, les défilés serbes des Portes de Fer, les frontières hongroises hérissées de barbelés… En choisissant de suivre le fleuve à contre-courant, dans le sens des migrations, c’est l’histoire complexe d’une Europe qui se referme que les deux amis traversent. Mais, dans les entrelacs des civilisations déchues et des peuples des confins, affleurent les portraits poignants des hommes et des femmes croisés en route, le tableau vivant d’une Europe contemporaine.

Dans ce récit d’arpentage, Emmanuel Ruben poursuit sa « suite européenne » initiée avec La Ligne des glaces (Rivages, 2014) et explore la géographie du Vieux Continent pour mieux révéler toutes les fictions qui nous constituent. 

Emmanuel Ruben est l’auteur de plusieurs livres – romans, récits, essais. Il dirige actuellement la Maison Julien-Gracq et vit sur les bords de la Loire."

Extrait du prologue intitulé "Quitter Paris" :

"Le plus dur, c’est de trouver le bon rythme, disait Vlad, si tu ne trouves pas d’emblée ton propre rythme, c’est fichu, tu chopes un point de côté, tu te mets dans le rouge, il faut savoir doser, ne pas se griller d’avance, mouliner sans forcer, en garder sous la pédale comme on dit – j’écris sous sa dictée, j’essaie de retrouver le tempo de son phrasé, le grain de sa voix, le tranchant de son accent, sa façon si particulière de rouler les r, il m’avait dit ça, une nuit, à Paris, alors que nous avions les flics aux trousses, je le revois pédalant à mes côtés, haletant à mes côtés, je revois sa manière unique de tenir son guidon, d’empoigner le taureau par les cornes, mains fermement agrippées aux cocottes de frein, dos cambré, buste jeté en avant, cou rentré dans les épaules, j’aurais pu le reconnaître de loin, il nous arrivait de nous croiser par hasard du temps où il vivait dans un squat à Pantin et moi dans un ancien bordel au métro Danube – un jour, je m’en souviens, c’était en avril, un des premiers soirs qui voient s’égayer la ville, je sors d’un bar un peu éméché, je vais décrocher mon vélo, j’aperçois un type aux cheveux blonds noués en catogan qui dodeline des épaules en grimpant la rue de Ménilmontant, je me dis ça doit être lui, c’est bien son style à lui, j’enfourche ma monture, je me dresse sur mes étriers, j’attaque la pente en danseuse, lui est déjà loin, loin, loin – je le vois filer comme si les feux, les néons, les enseignes, les réverbères, toutes les lumières de la capitale le halaient vers le ciel aimanté ; sous son barda de coursier, sa veste noire flotte dans son dos, et lorsqu’il dévale les rues de Belleville on entend claquer les pans de cuir, flap flap flap, petites ailes de corbeau ivre de traverser la ville ainsi, sur le fil de fer de son seul désir – tout est une question de rythme, disait Vlad, pas seulement de souffle mais de tempo, pas tant de vitesse mais de pulsation, les cuisses et les poumons ne suffisent pas : ce qui compte, c’est le cœur..."

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17 janvier 2019

du Danube à la Loire et de la Loire au Danube

article Ouest France 16-01-19 Delafontaine

Un beau jour d'octobre 2018, je répondais aux questions de Sophie Delafontaine, au bord de la Loire, en bas de la Maison Julien Gracq, dans une lumière idéale. L'entretien est paru dans Ouest France le 16 janvier 2019. L'occasion d'annoncer la parution prochaine de Sur la route du Danube (Rivages, 6 mars 2019) et la première édition des Préférences (11e édition des Rencontres Gracq), des biennales littéraires & géographiques itinérantes sur les rives de la Loire, qui se tiendront du 25 au 29 septembre 2019, de Nantes à Montjean-sur-Loire et seront organisées par la Maison Julien Gracq. Nous y recevrons des écrivains, des géographes, des comédiens, des artistes comme : Maylis de Kerangal, Mathias Enard, Aurélien Bellanger, Valérie Zenatti, Etienne Davodeau, Gwenaëlle Aubry & Seb Martel, Christian Garcin & Tanguy Viel, Emmanuelle Pagano, Jean-Louis Tissier, Sébastien Ménard & Antoine Leroy, Hélène Gaudy, Hélène Frappat, Jacques Bonnaffé, Anatole Danto, Philippe Mathé, Anthony Poiraudeau, Cathie Barreau, Thierry Froger, Thierry Blouin…

  • Cette première édition mettra à l’honneur les fleuves dans la littérature et les sciences humaines et donnera à entendre des auteurs passionnés de la petite reine. Elle rappellera le lien affectif entre la Loire et les écrivains ligériens, à commencer par l’un des plus connus d’entre eux : Julien Gracq.

En mai 1944, à l’annonce des bombardements alliés, c’est à vélo que Julien Gracq quitta Caen où il enseignait la géographie et travaillait à sa thèse de géomorphologie, pour rejoindre Saint-Florent-le-Vieil, où se trouvait la demeure familiale, aujourd’hui devenue, suite au legs de l’auteur, la Maison Julien Gracq.  L’auteur n’a jamais vraiment raconté ce voyage à travers la France de l’Ouest dévastée par la deuxième guerre mondiale mais on l’imagine, sur sa selle de vélo, éprouvant à la force des ses mollets les reliefs de ce massif armoricain qui tient une place de préférence dans son œuvre. En revanche, Julien Gracq a raconté son émotion d’enfant devant les coureurs cyclistes qu’il allait voir au vélodrome (Lettrines 2, p. 168-171) et il compare, dans un passage fameux de La littérature à l’estomac, le lecteur à un stayer aspiré dans le remous de son entraîneur – à savoir le livre et donc, derrière le livre, l’auteur. 

Passée la consultation de la carte d’état-major, deux éléments clé innervent la géographie gracquienne : la route et la rivière, le fleuve et le chemin. Des Eaux étroites de l’Èvre aux vastes eaux de la Loire, du court récit intitulé La Route aux Carnets du grand chemin, ce sont autant de flèches qui guident le sens de la narration et aimantent l’attention du lecteur. La première édition des Préférences (titre d’un recueil de Julien Gracq paru en 1961), qui reprend et renouvelle la formule des rencontres Julien Gracq (dix éditions de 2008 à 2017) vous invite à lire la Loire à vélo sur le grand chemin de Julien Gracq.

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20 novembre 2018

Une Odyssée cycliste dans une Europe à la dérive - à paraître le 6 mars 2019 chez Rivages

Couverture Ruben

L’Europe est une fiction qui cherche encore ses contours, l’Europe est une utopie qui se dérobe dans la langue de bois de nos palais et pourtant l’Europe existe, nous l’avons traversée. 4000 km à vélo, en 48 jours, d’Odessa à Strasbourg, d’Ukraine en France, avec pour fil bleu le Danube, que nous avons remonté de son delta dans la Mer Noire à sa source en Forêt-Noire. C’est à l’automne 2016 et durant l’été 2017, alors que je vivais à Novi Sad, en Serbie, sur les bords du Danube, que j’ai eu la chance, grâce à une mission Stendhal, de faire cette odyssée que je m’étais promise depuis longtemps, histoire de croiser mon regard d’écrivain, de cycliste et de géographe. Histoire aussi de vérifier que j’appartiens bien à une génération d’écrivains européens de langue française. L’odyssée commence à Odessa, en haut des fameux escaliers qui tombent dans la Mer Noire et se termine à Strasbourg, devant le Parlement européen, au bord d’un canal qui mène tout droit au Rhin.  

Ce livre est le deuxième épisode d’une suite européenne que j’ai commencée en 2014 avec La ligne des glaces.
À l'heure de la fermeture des frontières intracommunautaires et de la si mal nommée « crise des migrants », ce livre est un geste à la fois poétique et politique : éprouver dans ses cuisses et ses mollets ce qu’endurent les réfugiés qui traversent notre Europe à pied ; caresser l’idée européenne à rebrousse-poil, de la périphérie vers le centre ; écrire un récit d’arpentage qui suive le fleuve au pixel près et qui tente de rééquilibrer la part des Balkans, privilégiant la description des paysages et de la vie des gens ordinaires, là où Danube, le roman célèbre de Magris, centré sur le mythe de la Mitteleuropa, s’intéresse avant tout aux œuvres littéraires et aux dates marquantes de la mémoire européenne. Tout au long du trajet, nous nous sommes efforcés, Vlad et moi, de nous montrer attentifs aux souvenirs des grandes invasions et de l'Empire ottoman, aux traces laissées par les nomades et les Turcs dans les paysages, les langues, les modes de vie, l'architecture, afin de révéler la part d'Orient qu'il y a en nous, la part d’Orient qui subsiste en Europe.

Car l’Europe existe mais ne se limite pas à la fiction européenne dont nous élirons dans quelques mois les députés. On connaît le mot fameux de Mauriac à propos de l’Allemagne. Moi aussi, j’aime tellement l’Europe, que je préfère qu’il y en ait deux. Et justement, contrairement à ce que l’on veut bien nous faire croire, il y a encore, malgré tous les élargissements entrepris depuis 60 ans, deux Europe en 2019 : il ne faut pas oublier que plus de la moitié de l’Europe continentale se situe en dehors de notre Europe communautaire. C’est l’Europe gazeuse, nomade et tzigane, l’Europe des autres, qui n’ont pas besoin de monnaie commune et de traité constitutionnel pour se sentir exister.  Sur une bonne partie de son cours, le Danube est encore un fleuve frontière, qui sépare les deux Europes, coupant la Croatie de la Serbie, l’Ukraine de la Roumanie. Le Danube est notre Rio Grande, les Balkans notre Mexique. Et ce livre une tentative de réécrire l’Europe à vélo, sur ses frontières, comme Kerouac rêva de réécrire l’Amérique en bagnole, d’est en ouest.

Oui, le vrai sujet de ce livre n’est pas le Danube mais l’Europe. Enfin, ce livre est aussi, comme tous mes livres, la quête d’un pays imaginaire, la poursuite d’un souvenir d’enfance. Tous les livres que j'écris proviennent d'une même matrice : l'invention, à neuf ans, le jour de la chute du mur de Berlin, d'un pays primitivement situé en Forêt-Noire, déporté plus tard dans la Mer Baltique, parce qu'un grand-oncle, ancien parachutiste, qui avait longtemps servi à Baden-Baden, m'accusait d'avoir « annexé les sources du Danube » ! C’est donc en me souvenant de ce petit pays danubien, la Zyntarie, que j’ai compris qu’il me faudrait absolument entreprendre ce voyage initiatique, cette remontée aux sources de l’écriture et de l’imagination pour en revenir avec un livre, le livre que voici.

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 cartographie (c) Jean Worms 

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06 novembre 2018

Tournée d'automne

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Le manuscrit de mon prochain livre (Sur la route du Danube, à paraître en mars 2019 chez Rivages), étant sur le point d'être bouclé, je vais pouvoir sortir de l'hibernation estivale et reprendre la route des librairies et des festivals pour une petite tournée d'automne en attendant le printemps. Je serai heureux de vous retrouver :

- du 16 au 18 novembre à Cognac pour le festival de Littératures européennes : https://litteratures-europeennes.com/wp-content/uploads/2018/11/Programme-LEC-092018BD.pdf

- le 22 novembre à 19h30 à Saint-Étienne pour une lecture intégrale de Terminus Schengen au théâtre Le Verso : http://travellingtheatreleverso.fr/rencontre-lauteur-emmanuel-ruben/

- le 23 novembre à 19h à Chambéry à la librairie Garin

- le 1er décembre à partir de 14h30 à Paris, à la Bellevilloise pour les 20 ans du Courrier des Balkans, où j'animerai une rencontre avec Velibor Čolić, Vesna Marić, Pajtim Statovci, Elitza Gueorguieva & Ornela Vorpsi : https://www.courrierdesbalkans.fr/Litterature-Exil-Accueil-Traduction. La rencontre sera suivie d'une soirée tzigane.

- le 2 décembre à 15h à Montauban, avec Thierry Guichard & Anthony Poiraudeau, pour une discussion sur la littérature et la géographie, dans le cadre du festival Lettres d'Automne, consacré cette année à l'oeuvre de l'ami Christian Garcin : http://www.confluences.org/evenement/ecrivains-geographes/

- le 6 décembre à Rennes à 19h, au Triangle, avec l'ami Arno Bertina, pour une soirée consacrée aux liens vivifiants entre espace et littérature.

photo (c) le dauphine.com

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20 septembre 2018

Lettre ouverte à Emmanuel Laurentin

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Cher Emmanuel Laurentin, je vous écoutais hier sur France Culture et voici ce que j'ai entendu : « tout a été vendu par ses héritiers de sorte qu’il n'y a plus que le bureau et la chaise de Julien Gracq à la Maison Julien Gracq. Ça va être difficile… » ! En tant que directeur de l'association Maison Julien Gracq, cher Emmanuel Laurentin, je m'insurge contre cette idée reçue qui nuit beaucoup à notre cause et qui prouve que vous n'avez pas mis les pieds à la Maison Julien Gracq. Non, cher Emmanuel Laurentin, il n'y a pas que le bureau et la chaise (le fauteuil, d'ailleurs, pour être plus précis) de Julien Gracq à la Maison Julien Gracq ; il y a beaucoup plus, il y a l'âme de Julien Gracq, elle est ici, aux bords de la Loire, dans ces lieux où il est né, où il grandi, où il est revenu vivre à la fin de sa vie, qu’il a aimés et habités, dans ces lieux qui ont inspiré toutes ses œuvres, dans ces lieux où il a écrit la plupart de ses livres, revenant souvent le week-end ou pendant les vacances scolaires, même quand il vivait à Paris.  

 

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Tous les visiteurs qui viennent ici, tous les résidents qui profitent des conditions idéales de travail dans cette maison, tous les écoliers, lycéens, collégiens, universitaires qui viennent en classe découverte, en séminaire, en visite scolaire à la Maison Julien Gracq pour y rencontrer des auteurs ou des artistes, tous les auteurs qui viennent animer des rencontres ou des ateliers d'écriture avec le public vous le diront : l'esprit de Julien Gracq est ici, et pas seulement l'esprit, pas seulement le bureau et le fauteuil mais aussi les livres, 2500 ouvrages sur les 5000 de notre bibliothèque remarquable qui ont appartenu à Julien Gracq, des dédicaces de René Char, de Le Clézio, de Modiano, d'Octavio Paz, de Kadaré, de Kundera, de Francis Ponge, de Phlippe Sollers, de Pierre Michon, de Pierre Bergounioux, de Régis Debray et de bien d’autres auteurs célèbres ou oubliés, venez ici, nous vous les montrerons... Et nous avons plus que cela encore, nous avons des lettres inédites de Julien Gracq (signées Louis Poirier) adressées à sa famille, nous avons les manuscrits autographes de ses exercices de russe, nous avons des cartes qui lui ont appartenu et qui sont exposées dans la chambre des cartes pour servir d’introduction géographique à son œuvre, nous avons les premières éditions de ses livres dédicacés à ses parents, nous avons les éditions bibliophiles illustrées de ses œuvres signées par des artistes comme Olivier Debré ou Matta, des photos originales de Doisneau, des photos du Prix Goncourt, des portraits de Julien Gracq et de sa sœur Suzanne Poirier, nous avons une table tactile qui retrace l’itinéraire d’un écrivain, d’un géographe, d’un enseignant et donne à entendre la voix d’un homme, nous avons un hectare de jardins suspendus sur la Loire qui ont inspiré son œuvre, nous avons les arbres qu’il a plantés et qu’il a aimés, nous avons la vue qu’il contemplait depuis son bureau en écrivant Le Rivage des Syrtes ou Un balcon en forêt. Qu’est-ce qui est plus précieux, pour un écrivain, que ses livres – ceux qu’il a lus, ceux qu’il a écrits ? Qu’est-ce qui compte plus, pour ceux qui ont lu ses livres, que le lieu d’où ils sont nés ? Une casquette pied-de-poule ? Un plaid écossais ? Une taie d’oreiller ?

 

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Et cela va plus loin, cher Emmanuel Laurentin : nous respectons le testament de Julien Gracq ! Et que dit le testament de Julien Gracq ? Que tout ce domaine légué à la commune de Saint-Florent-le-Vieil (aujourd’hui Mauges-sur-Loire) doit devenir un lieu de « séjour temporaire de repos ou de travail destiné à des écrivains ». Et donc, chaque année, nous accordons des bourses à des écrivains, mais aussi quelquefois à des plasticiens et des chercheurs du monde entier. Et nous allons plus loin : nous organisons des expositions d’art contemporain, des ateliers d’écriture et de lecture à voix haute, nous travaillons avec les bibliothèques, les lycées, les autres associations du territoire, nous organisons un festival littéraire & géographique d’envergure nationale, hier les « Rencontres Gracq », demain « les Préférences », nous créons du lien, en territoire rural, entre les classes sociales et les générations. Julien Gracq aurait été fier de nous, j’en suis certain.

 

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Sortez de l'idéologie de la patrimonialisation à tout-va, cher Emmanuel Laurentin, célébrez ce qui est vivant dans l'histoire et la géographie, relisez les considérations intempestives de Nietzsche, ne tombez pas dans le panneau de Stéphane Bern et de son loto ! L'art et la littérature vivent, se créent, se renouvellent autour de vous, loin de la poussière du patrimoine ! Consultez notre site avant de parlez de nous, venez à la Maison Julien Gracq, je vous y invite, vous pourrez y dormir si vous le souhaitez. « Ça va être difficile », ironisiez-vous à notre propos hier matin, de faire vivre une maison d’écrivain avec une chaise et un bureau. Oui, cher Emmanuel Laurentin, c’est difficile tous les jours, de faire vivre une maison d’écrivain. Mais ce qui est difficile, ce n’est pas de créer, ce n'est pas difficile de créer, de programmer, d’administrer, de partager, de croire dans une cause, ce qui est difficile, c'est de se battre tous les jours pour convaincre les hommes politiques, les institutions publiques, les collectivités locales et les sociétés privées de nous aider à honorer ce legs et à poursuivre notre objectif. Ce qui est difficile, et même douloureux, c’est d'entendre les journalistes recycler sur les ondes des idées reçues.

 

Voici mon mail personnel : direction@maisonjuliengracq.fr.

Voici le site de notre association : www.maisonjuliengracq.fr

Voici mon n° de tel : 02 41 19 73 55.

Voici une émission (qui date un peu, du temps où j'étais résident et non directeur : https://www.youtube.com/watch?v=v8-bg0otGA4) consacrée à la Maison Julien Gracq : dites demain sur France culture que vous vous êtes trompé, reconnaissez votre erreur, écrivez-moi et venez nous rendre visite, vous êtes le bienvenu.

 

Bien cordialement,

 

Emmanuel Ruben

Directeur artistique & littéraire

Maison Julien Gracq