l'araignée givrée

06 septembre 2020

Tournée d'automne

GericaultHorseman

Quelques dates pour nous rencontrer cette automne autour de Sur la route du Danube (paru en poche au mois de mai) et de mon dernier roman Sabre, paru le 19 août chez Stock :

- jeudi 10 septembre, 19h30, Paris, librairie Charybde, Ground Control https://www.charybde.fr/evenements/emmanuel-ruben-sabre

- samedi 12 septembre, 12h, Nancy, Salon du Livre sur la Place, avec Carole Martinez & Olivier Mak-Bouchard

- mercredi 16 septembre, 18h30, Nantes, Géothèque

- samedi 19 septembre, 18h, Besançon, Salon du Livre, avec Thierry Beinstingel & Finston Mwanza Mujila

- samedi 3 octobre, 16h, Saint-Dié-Des-Vosges, Festival International de Géographie, avec Eric Fottorino & Thierry Paquot

- dimanche 4 octobre, 11h15, Saint-Dié-Des-Vosges, Festival International de Géographie, avec Jean-Baptiste Maudet & Michel Bussi

- mardi 6 octobre, 18h, Lyon, Villa Gillet, avec Esther Kinsky & Raphaëlle Leyris. https://www.villagillet.net/evenements/promenades

- samedi 10 octobre, 15h30, Le Mans, 25e Heure du Livre, avec Eddy L. Harris & Michel Jullien

- mercredi 14 octobre, 19h, Saint-Florent-le-Vieil, bibliothèque, avec Antoine Boussin

- du vendredi 16 au dimanche 18 octobre, Fête du Livre de Saint-Étienne

- jeudi 22 octobre, 16h, La Baule, Chapelle Sainte-Anne, Écrivains en bord de mer avec Alain Nicolas

- vendredi 23 octobre, 19h, Lezay (79), Bibliothèque municipale, Trio Danube avec Toups Bebey & François Pernel

- jeudi 12 novembre, 19h30, Angers, Le Quai, Café-Littéraire "Les Bouillons"

- vendredi 13 novembre, 18h30, Argentonnay (79), Bibliothèque municipale, Trio Danube avec Toups Bebey & François Pernel

- mercredi 18 novembre, 18h, Paris, Cahiers de Colette, avec Olivia Elkaim

- vendredi 4 décembre, 19h30, Saint-Jean (31), Espace Palumbo, dans le cadre du Marathon des mots de Toulouse, Trio Danube avec Toups Bebey & François Pernel https://openagenda.com/saint-jean/events/le-marathon-des-mots_747099?lang=

- samedi 5 décembre, Toulouse, Marathon des Mots, Trio Danube avec Toups Bebey & François Pernel

- samedi 16 janvier, Strasbourg, Médiathèque

- jeudi 4 février, Saint-Martin-le-Beau (37), Auberge de la Treille

En attendant d'autres dates...

En espérant que ces rencontres nous donneront l'occasion de nous retrouver...

La presse en parle :

- https://www.lorientlejour.com/article/1228365/-pour-que-tout-change-il-faut-que-rien-ne-change-.html

- https://plus.lesoir.be/320040/article/2020-08-22/le-roi-des-lives-legende-ou-verite

- https://charybde2.wordpress.com/2020/08/15/note-de-lecture-sabre-emmanuel-ruben/?fbclid=IwAR10Vh9G77RdG8yTbOGnE-rdgVkaiI5vrvBuwcBMV_27pG__QAbKVyZL_Lk

- http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/2020/08/sabre-de-emmanuel-ruben.html?fbclid=IwAR0SATbxNnwFrP_dr4P-wNqJZkh9q8z7sP1OkpZUJtPJv3EeRSDTD7xFEXs

https://next.liberation.fr/livres/2020/09/18/les-objets-nous-rappellent-que-nous-sommes-mortels_1799865

https://www.actualitte.com/video/emmanuel-ruben-je-crois-que-l-on-ne-s-amuse-pas-assez-aujourd-hui-en-litterature/102726

- http://www.hauteprovenceinfo.com/article-32917-litterature-le-jury-du-prix-giono-devoile-une-premiere-selection.html

https://www.actualitte.com/article/culture-arts-lettres/une-premiere-selection-pour-le-prix-giono/102743

https://www.lepoint.fr/culture/livre-l-epopee-d-emmanuel-ruben-12-09-2020-2391549_3.php

https://www.telerama.fr/livres/sabre,n6697757.php

 

 

 

 

 

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29 juin 2020

Samuel Vidouble, le retour

Sabre

Le 19 août 2020 paraîtra Sabre, mon onzième livre et mon cinquième roman même si je n'ai pas encore trouvé la bonne définition du mot "roman". C'est le premier volet d'une saga familiale en forme de Cluedo - le second volet s'intitulera Chandelier. Il y est question d'un objet perdu comme le fut le sceptre d'Ottokar et d'un archipel de la Baltique qu'on aimerait faire exister autant que la Bordurie. Ça se passe au pied du Vercors et aux frontières de l'Europe, dans une France sans F et dans une Europe sans barbelés, à Dieppe où l'on s'embarquait pour l'Amérique et à Saint-Dié où l'Amérique fut inventée, à Saint-Pétersbourg et à Vilnius, à Dien Bien Phu et sur la Berezina. On y croise un certain Samuel Vidouble que je n'ai pas encore réussi à suicider, des tontons flingueurs et des traîneurs de sabres, des dragons d'hier et des samouraïs d'aujourd'hui, un roi des Lives et une reine des livres, le père Giono et la Grande Java, Bernadotte et Bonaparte, Emmanuel Kant et les frères Humboldt, le général de Gaulle et un certain W. On y rêve d'un canal du Dauphiné qui ne fut jamais réalisé, d'une Révolution française qui reste inachevée et d'une Europe en archipel. On y parle en patois et en français, en allemand et en yiddish. On ne vous dira pas comment ça se termine mais qu'il y est avant tout question de la frontière ténue entre réel et imaginaire, et de ces vessies qu'on nous fait prendre pour des lanternes.

Sabre_4e de couv

 https://www.youtube.com/watch?v=gOZw4t0r1Dk&feature=youtu.be

 

 

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10 juin 2020

Pour 2021

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Nous nous souviendrons de l’année 2020. Nous nous souviendrons de l’année zéro de la culture. Nous nous souviendrons des longs mois où il fut impossible de voir un film sur grand écran, impossible de voir monter des acteurs sur une estrade, impossible d’entendre en direct un air d’opéra, impossible de sautiller dans une salle de concert, impossible d'entrer dans un musée ou une galerie – et même impossible de se rendre chez son libraire ou de recevoir un livre par la poste, sans oublier qu’il fut impossible pendant longtemps de poser son coude sur le zinc d’un bistrot ou de commander un menu dans un resto. Et même impossible, pendant deux mois, de respirer l’air libre plus d’une heure, pour beaucoup d’entre nous. Que restait-il alors, dans ce zoo humain tandis que tout autour de nous les autres vivants connaissaient leur plus beau printemps ? Il restait les sentinelles inquiètes de nos livres – les livres de nos bibliothèques, pour ceux qui ont la chance d’avoir encore des bibliothèques. Il restait cette compagnie silencieuse et blafarde des pages que l’on tourne pour ne plus penser aux heures qui s’écoulent. Il restait ces voix qui bruissaient sur papier – il restait cette « solitude peuplée » dont parle Gilles Deleuze. Or ces auteurs qui nous auront permis de survivre par temps de confinement, ces auteurs qui nous auront permis de rêver et de questionner, de trouver la force de nous lever tous les matins et de nous coucher tous les soirs dans le même lit en croyant que demain serait un autre jour, ces auteurs auront été parmi les grands sacrifiés de la crise sanitaire. Car il n’y a pas de chômage partiel pour un écrivain – car il n’y a pas de chômage technique pour un écrivain, pas de chômage tout court, car un écrivain qui dort, c’est une société qui meurt, car un écrivain qui se repose, c’est une société qui sombre, car un écrivain ne peut pas prendre de congés : pas seulement parce que sa conscience le tient éveillé, mais parce que la sécu ne l’a pas prévu. Le seul moment où un écrivain peut se consacrer pleinement à son art, sans que le reste empiète sans cesse sur son temps de travail, c’est lorsqu’il est accueilli en résidence : si Julien Gracq a voulu, à la fin d’une vie qui avoisinait avec le siècle, que son domaine familial devienne un « lieu de repos et de travail destiné à des écrivains » c’est parce qu’il savait, lui qui exerçait le double métier d’écrivain et d’enseignant, qu’un écrivain se repose trop rarement. Ici seulement, dans des lieux comme celui-ci, au bord d’un fleuve comme celui-ci, il est possible d’inventer de nouvelles vies, ici seulement nous pouvons espérer nous baigner tous les jours dans de nouvelles eaux. Ici deviennent ou se réinventent des écrivains. 

Il paraît que nous trouverons un jour un vaccin contre le virus. Mais le meilleur vaccin contre la peste qui nous hante depuis si longtemps, nous le savons, c’est l’art, c’est la littérature, ce sont les savoirs – la devise de la Maison Julien Gracq. Depuis mars 2020, nous savons plus que jamais pourquoi nous nous battons.  

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29 mai 2020

Pour une intermittence des arts & des lettres : une utopie concrète et réalisable

Tribune parue dans Libération le 29 mai 2020

Pétition en ligne ici : 

Signez la pétition

Tribune parue dans Libération le 29 mai 2020 Monsieur le Président de la République,Monsieur le Premier Ministre,Monsieur le Ministre de la Culture, "Comme toute autre activité utile, écrire mérite salaire", notait Primo Levi dans Le Métier des autres .

https://www.change.org
Pour une intermittence des arts et des lettres : une utopie concrète et réalisable

Tribune. Monsieur le président de la République, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre de la Culture, "Comme toute autre activité utile, écrire mérite salaire", notait Primo Levi dans le Métier des autres. Or les écrivains, les plasticiens, les photographes, les illustrateurs, les traducteurs et les scénaristes d'aujourd'hui ne bénéficient quasiment jamais du salariat dans le cadre de leur travail artistique qui n'est jamais reconnu comme tel.

https://www.liberation.fr

 

Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Ministre de la Culture,

 

"Comme toute autre activité utile, écrire mérite salaire", notait Primo Levi dans le Métier des autres.

Or les écrivains, les plasticiens, les photographes, les illustrateurs, les traducteurs et les scénaristes d'aujourd’hui ne bénéficient quasiment jamais du salariat dans le cadre de leur travail artistique qui n’est jamais reconnu comme tel. Depuis le mois de mars, privés de ventes et de revenus complémentaires, les voici extrêmement fragilisés par la crise sanitaire.

La preuve flagrante de cette fragilisation, c’est la division qui règne dans nos rangs. Vous êtes sans doute au courant de la polémique opposant Joann Sfar, président d’honneur de la Ligue des auteurs professionnels et la SGDL, laquelle, se sentant calomniée l’a attaqué en diffamation. Qu’un auteur en vienne à critiquer une association censé le défendre et que celle-ci ne trouve pas d’autre parade que de lui intenter un procès est hélas un symptôme criant de cette division : on se croirait dans un roman de Kafka ; la condition des artistes-auteurs vient d’entrer dans l’âge absurde.

Nous, auteurs et artistes indépendants, ne représentant aucune corporation, ne comprenant pas ces querelles intestines et ces rivalités improductives, nous travailleurs et travailleuses de la forme et du texte, nous éprouvons la nausée devant cette situation et nous refusons de nous enfoncer dans cette condition absurde.

Si nous avons recours aujourd’hui à votre arbitrage, c’est que nous pensons qu’il est temps, enfin, de sortir de votre silence. Cela ne suffit pas de dire : «Lisez !» Quel art et quelle littérature souhaitez-vous pour la France, pour demain, pour après-demain ? Voulez-vous d’une littérature de rentiers qui ne se préoccupent pas de leurs ventes et qui exercent l’écriture comme un hobby ? Voulez-vous d’un art exercé par des artistes qui cumulent plusieurs métiers – enseignant à gauche, répondant à droite à des commandes – et n’ont plus la force de se consacrer, le soir, à ce qui nous donne, à nous, Français, la joie de vivre et la force de penser ? Voulez-vous d’une littérature depage-turner périssables, écrits dans le but de maximiser les chances de succès commercial ? Voulez-vous d’un art pour les privilégiés et les nantis ? Voulez-vous des artistes et des auteurs qui refusent toute vie familiale et se sacrifient pour un métier qui les rémunère si mal ? Trouvez-vous cela normal qu'un auteur qui a vendu plus de 10 000 exemplaires d'un livre sur une année (et qui donc compte environ 20 000 lecteurs en incluant le prêt et le marché d'occasion) ne puisse pas en vivre alors qu'un musicien ou un comédien qui aura joué devant 10 000 personnes en vivra dignement ? Lorsqu'un intermittent se produit devant 10 000 personnes, il est tenu compte des heures dévolues à la maîtrise du texte, à l'élaboration de la mise en scène et aux répétitions, travail souterrain qui représente 95% du temps passé, sinon plus. Quand nous passons des mois en recherches préliminaires, et parfois des années en écriture, réécriture, corrections, ne serait-il pas aussi naturel que ce temps souterrain soit aussi reconnu ?

C’est cette situation de grande précarité qu’évoquait bien le rapport Racine qui vous a été remis récemment : moins de 10% des artistes-auteurs atteignent des revenus équivalents au SMIC. Nous l’avons lu avec le plus grand intérêt, et nous regrettons qu’à peine publié, il ait été torpillé avant de passer aux oubliettes. Si nous saluons les efforts déployés pour venir en aide à la situation des auteurs et des artistes les plus fragilisés par la crise actuelle, nous pensons que ces efforts sont non seulement inadaptés mais notoirement insuffisants.

Le seul moyen de mettre un terme à cette division qui règne dans nos rangs et à ce lamentable gâchis, c'est que l'État cesse de déléguer la gestion des droits d'auteur à des organismes qui ne défendent pas toujours nos intérêts et qu'il offre enfin aux auteurs et aux artistes les mêmes droits qu'aux comédiens, aux musiciens, à tous les intermittents du spectacle. Il suffit de définir un seuil qui ouvrirait le droit non seulement à la retraite à la fin de la vie mais aussi au chômage à la fin du mois. Enfin les artistes et les auteurs redeviendraient disponibles, enfin leurs nuits seraient assez longues pour leur permettre de rêver et de nous faire rêver, de déranger, de questionner, de nous remuer. Enfin, la France aurait l'art et la littérature qu'elle mérite : des livres qui seraient meilleurs car les auteurs auraient le temps de les fignoler et des oeuvres qui seraient plus belles car les artistes auraient le temps de les peaufiner. Ce serait cela, le monde d'après. Une utopie simple et réalisable : l'intermittence des arts et des lettres.

Pour mettre en place cette nouvelle intermittence, voici les mesures concrètes que nous recommandons :

  1. Reconnaître la valeur du travail créatif par la mise au point de contrats qui prendraient en compte le temps de travail et incluraient les cotisations chômage : ce qui serait reconnaître qu’un contrat entraîne de fait une relation de dépendance avec un commanditaire. Un précédent créé par la Maison des Écrivains et de la littérature : lorsqu'elle fait intervenir un auteur en milieu scolaire, elle le rémunère en salaire, ce qui lui ouvre droit à une indemnité chômage à laquelle il ne pourra jamais prétendre dans la situation actuelle. Il suffit que tous les diffuseurs s'inspirent des pratiques de la Mél pour que l'intermittence devienne possible.
  2. Définir un seuil annuel (incluant tous les types de revenus artistiques) à partir duquel les artistes-auteurs pourraient se voir ouvrir des droits à l’intermittence. Ce seuil pourrait être de 9000 € brut/an et concernerait environ 45 000 artistes-auteurs en France. Il faudrait également définir un plafond au-delà duquel on ne pourra plus prétendre à l'indemnisation chômage. Mais il faut voir que parmi ces 45 000 personnes, seule une minorité abandonnerait leur emploi salarié pour se consacrer uniquement à leur art, car il serait impossible de cumuler l'intermittence et un CDI. Donc les artistes-auteurs seraient libres de leur choix et ne choisiraient plus par défaut des métiers dits "alimentaires". Finalement, ce seraient environ 20 000 personnes qui seraient concernées – soit moins d’1/10e du nombre actuel d'intermittents.
  3. Rassembler et réorienter les fonds consacrés à l’aide aux artistes-auteurs. Le fonds qu’il serait nécessaire de créer pour financer ce régime pourrait être abondé par une taxe perçue sur la vente des œuvres tombées dans le domaine public, 70 ans après la mort de leur auteur. Reprise ces dernières années par la SGDL, cette idée était déjà évoquée par Victor Hugo, qui y voyait le moyen que Corneille ou Racine finance les créateurs de son temps. À l’heure actuelle, les auteurs contemporains sont en concurrence avec les classiques sur les étals des librairies. Si une telle taxe était créée, la vente des classiques viendrait au contraire soutenir et stimuler la création contemporaine.

Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre, nous espérons que vous saurez proposer en 2020 un plan de relance exceptionnel pour affronter la crise que nous vivons. En 2021, il vous appartiendra de devenir les nouveaux Protecteurs des Arts et des Lettres et de graver vos noms vis-à-vis de ceux de Charlemagne, François Ier, André Malraux ou Jack Lang. Faute de quoi, l'Histoire vous retiendra malheureusement – après les renoncements de vos prédécesseurs – comme les fossoyeurs des Arts et des Lettres.

 

Premiers signataires :  

Emmanuel Ruben (écrivain et directeur associatif), Vincent Message (écrivain & enseignant-chercheur), Cloé Korman (écrivaine), Eric Pessan (écrivain), Patricia Cartereau (artiste plasticienne), Nicolas Mathieu (écrivain), Hélène Frappat (autrice & traductrice), Étienne Davodeau (auteur de bande dessinée), Emmanuel Lepage (auteur & illustrateur), François-Henri Désérable (écrivain), Olivier Guez (écrivain & journaliste), Alice Zeniter (écrivaine), Sylvain Prudhomme (écrivain), Olivier Liron  (écrivain et dramaturge), Jean-Noël Orengo (écrivain), Irina Teodorescu (écrivaine et plasticienne), Marie Bonnin (plasticienne), Julien d'Abrigeon (écrivain & enseignant), Kantuta Quiros  (curatrice et théoricienne de l'art), Emmanuelle Pagano  (écrivaine), Alexis Jenni (écrivain), Katrina Kalda (écrivaine & conservatrice des bibliothèques), Patrice Pluyette (écrivain), Erwan Larher (écrivain), Léa Bismuth (auteure et critique d'art), Mathieu Larnaudie (écrivain & éditeur), Hélène Gaudy (écrivaine), Amandine Dhée (autrice et comédienne), Yoann Barbereau (écrivain & traducteur), Velibor Colic (écrivain), Thierry Froger (écrivain & enseignant), Sapho Ebguy (artiste, interprète et écrivaine), Denis Michelis (écrivain et traducteur), Evelyne Noygues (traductrice), Gilles Collard (auteur & enseignant), Delphine Bretesché (artiste plasticienne poète), Tristan Trémeau (auteur), Laurence Vilaine(écrivaine), Guillaume Lebrun (photographe), Anne Gorouben (auteure & artiste plasticienne), Sandrine Cnudde (écrivaine & plasticienne), Julia Kerninon (écrivain et traductrice), Pierre Vinclair (poète), Pierre-Alexandre Rémy (artiste plasticien), Pascal Proust (artiste plasticien), Jean-Baptiste Maudet (écrivain et enseignant-chercheur), Dominique Sigaud (écrivain), Pascal Dessaint (écrivain & éditeur), Cathie Barreau (écrivaine), Guillaume Jan (écrivain), Antoine Germa (auteur et scénariste), Olivier Cadiot (écrivain et traducteur), Jérôme Leroy (écrivain), Laure Gauthier (autrice), Amandine Py (traductrice littéraire), Sylvain Coher (écrivain), Grégory Rateau (écrivain et chroniqueur radio), Grégory Nicolas (romancier), Jill Gasparina (auteure, critique d'art, enseignante), Nathalie Man (poétesse, écrivaine et street-artiste), Marie Cosnay(autrice), Laurence Biberfeld (écrivaine), Georgina Tacou (auteure), Zadig Hamroune (écrivain, traducteur, rédacteur), Séverine Weiss (traductrice), Hugo Henri (photographe), Marina Skalova (auteure & traductrice littéraire), Charles Robinson (auteur), Claude Colas (artiste plasticien), Emmanuelle Urien (autrice), Fabienne Yvert (écrivaine & plasticienne), Souad Labbize (autrice & traductrice littéraire), Olga Boldyreff (artiste), Karine Bonneval (artiste plasticienne), Zhu Hong (artiste plasticienne), Franck Gérard (photographe), Aliocha Imhoff (curateur), Richard Gaitet (écrivain & journaliste), Sonia Ristic (autrice), Zoé Balthus (autrice), Patrice Robin (écrivain), Paulina Mikol (autrice & chargée de cours), John Taylor (auteur-traducteur), Julien d’Abrigeon (auteur & enseignant), Hélèna Villovitch (auteure), Michel Tréhet (artiste photographe), Pierrick Naud (artiste plasticien), Yann Thoreau (artiste peintre), Christine Crozat (artiste plasticienne), Anne Collongues (écrivaine & photographe), Anne-Lise Broyer(photographe), Stéphanie Arc (auteure & journaliste), Natacha Nisic (artiste plasticienne), Valentine Goby (écrivaine), Denis Péan (auteur, compositeur & musicien), Victor Coutard (auteur & journaliste), Rebecca Wengrow (auteure), Evelyne Sagnes (responsable d'une association culturelle), Marie de Varney (écrivain & reporter), Sophie Garric (autrice, scénariste & réalisatrice), Philippe Georjon (bibliothécaire), Miléna Kartowski-Aïach (poète), Catherine Baldisserri (auteure et traductrice), Isa Marcelli (photographe auteur), Zoé Balthus (autrice), Laurine Roux (autrice), Jérôme Dejean (libraire), Céline Guillaume (correctrice), Lamia Berrada-Berca (autrice), Armelle de Sainte Marie (artiste), Béatrice Nicolas (artiste), Isabelle Tellier (directrice de centre d'art), Julien Nouveau (auteur), Benoît Artige (écrivain), Thierry Renaut (peintre & photographe), Olivier Pène (libraire), Paul-Henry Bizon (auteur), Sylvie Lobato (peintre & plasticienne), Thaddée (plasticienne), Lou Darsan (écrivaine), Nora Bussigny (auteur & journaliste), Aurélien Delsaux (écrivain), Lulu Land (romancière et poète), Chantal Ringuet (écrivaine & chercheuse), Amelie Guyot (auteur, vidéaste), Alina Dumitrescu (écrivaine), Samuel Loussouarn (auteur & traducteur), Rebecca Behar (poète), Marie Vindy (écrivaine), Martin Knosp (libraire), Marc Bergère (artiste-illustrateur), Isabelle Debuchy (journaliste), Nadine Laporte (écrivaine, maître de conférences), Sandra Lillo (poète), Robert Douëtte (écrivain, poète, ouvrier), Gwenaelle Rebillard (artiste plasticienne poète), Alain Marc (poète et écrivain), Georges Fernandes (auteur), Sébastien Joanniez (écrivain), Hakim Malik (libraire), Éloïse Lièvre (auteur), Salim Jay (écrivain), Mélanie Blondel (éditrice indépendante et chef d'entreprise), Rim Battal (poète, artiste), Renaud Le Goix (enseignant-chercheur), Guillaume Richez (blogueur littéraire, auteur), Sophie Launay (autrice), Philippe Lafitte (écrivain), Julie Moulin (autrice), Marie Simon (autrice), Michèle Pedinielli (autrice), Emmanuelle Garcia (directrice associative), Nada Ghosn (traductrice et rédactrice), Lo Schuh (fondateur de compagnie théâtrale), Joël Kerouanton (écrivain), Ludovic Bablon (auteur), Claudia Brutus (artiste peintre), Amélie Labourdette (artiste visuelle, photographe), Virginie Gautier (auteure), Timothée Demeillers (auteur), Albane Laquet (metteuse en scène), Guillaume Condello (poète, traducteur, enseignant), Thierry Cecille (enseignant & critique littéraire), Marc Jippé (écrivain), Clothilde Lasserre (artiste peintre), Maud Thiria Vinçon (poète), François Médeline (romancier & scénariste), Nicolas Houguet (auteur), Nicolas Auzanneau (traducteur), Samuel Buckman (artiste plasticien), Dominique Panchèvre (responsable culturel), Stanislas Mahé (auteur), Karine Cnudde (bibliothécaire), Mathilde Roux (artiste plasticienne), Daniel Damart (éditeur), Juliette Mézenc (auteure), Marion Bonansea (enseignante-chercheuse), Jessie Magana (autrice), Juliette Agnel (photographe), Carolyn Wittendal (artiste auteur plasticienne), Guylaine Monnier (autrice, enseignante), Maxime Berrée (traducteur), Elitza Gueorguieva (écrivaine, cinéaste, performeuse), Carine d'Inca (directrice artistique), Olive Martin (artiste plasticienne), Patrick Bernier (artiste plasticien), Françoise Valéry (auteure), Nathalie Dubois (artiste plasticienne) Isabelle Duperray (artiste peintre), Christine Delbecq (artiste plasticienne), Janice Wi (artiste plasticienne), Gisèle Bonin (artiste plasticienne), Caroline Rosse (artiste plasticienne), Marika Bürhmann (artiste), Florence Thinard (autrice jeunesse), Joel Bastard (poète, écrivain), Marie Van Moere (autrice), Emmanuelle Pireyre (écrivaine), Marianne Alphant (écrivaine), Christophe Manon (poète, écrivain), Marie Bismut (médecin), Christophe Delavault (curateur)

 

 

 

 

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27 mai 2020

En attendant le monde d'après... les auteurs s'empoignent

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"Comme toute autre activité utile, écrire mérite salaire.", Primo Levi.

Voilà, il ne manquait plus que cela pour que le tableau d'une culture atomisée soit complet : que les auteurs offrent le lamentable spectacle de leur division, que les uns persiflent et que les autres attaquent en justice. Je ne dirai pas ici ce que je pense de Joann Sfar et de la Ligue des Auteurs Professionnels, ni de Pierre Jourde et de la Sgdl Auteurs (je suis membre des deux organismes et j'ai été longtemps lecteur et admirateur des deux auteurs) ; je me contenterai de dire que je n'ai pas droit au fabuleux crédit de la Sgdl Auteurs car celui-ci vient en aide à des auteurs qui n'ont pas d'autre profession. C'est le cercle vicieux de la double profession : vous vous échinez 24 h sur 24, vous vous levez à 5h du matin et vous couchez à minuit, vous cotisez 2 fois pour une retraite imaginaire (à 67 ans, vous vous serez tué à la tâche), vous payez 2 fois plus d'impôts, vous n'avez pas assez de temps pour vous consacrer à votre activité artistique et vous êtes doublement pénalisé parce que vous vivez "à l'ombre d'un salaire" (comme vous fit remarquer un jour un prix Goncourt) et n'avez pas le courage et l'indépendance de vivre de votre art alors que comme tous les auteurs de livres, vous n'aurez pas vendu le moindre bouquin en mars-avril-mai car il a été décidé que le tabac-qui-tue était plus vital pour l'être humain que la littérature-qui-aide-à-vivre. Qu'on ne me parle plus de ce courage (pas courageux, Primo Levi ?) et de cette indépendance quand on pense à ce que cela veut dire de dépendre des versements toujours différés des éditeurs, des traitements toujours opaques des kyrielles de sociétés de gestion collective, des subventions toujours incertaines des collectivités locales. Et qu'on en finisse surtout avec cette conception poussiéreuse, désuète et paternaliste du pauvre gendelettre-qui-doit-souffrir-pour-créer, auquel il faut toujours faire l'aumône car ce qui n'est jamais rémunéré, c'est le travail-en-tant-que-tel. Le seul moyen de mettre un terme à ce lamentable gâchis, c'est que l'État cesse de déléguer la gestion des droits d'auteur et qu'il offre enfin aux auteurs et aux artistes le même droit qu'aux comédiens et aux musiciens. J'en avais parlé à Françoise Nyssen, je suis prêt à en parler à Franck Riester s'il veut bien m'entendre. Il suffit de définir un seuil (type seuil de l'AGESSA, genre 9000€ de droits d'auteur, tous droits confondus par an) qui ouvriraient non seulement à la retraite à la fin de la vie (coucou l'AGESSA :-)) mais aussi au chômage à la fin du mois. Enfin les artistes et les auteurs redeviendraient disponibles, enfin leurs nuits seraient assez longues pour leur permettre de rêver. Enfin, la France aurait l'art et la littérature qu'elle mérite : des livres qui seraient bons car les auteurs auraient le temps de les fignoler et des oeuvres qui seraient belles car les artistes auraient le temps de les peaufiner. Ce serait cela, le monde d'après. L'intermittence des arts et des lettres. Une utopie concrète et réalisable.


26 mai 2020

Albert Memmi (1920-2020), un siècle de vigilance

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"Descendrais-je d'une tribu berbère que les Berbères ne me reconnaîtraient pas, car je suis juif et non musulman, citadin et non montagnard ; porterais-je le nom exact du peintre que les Italiens ne m'accueilleraient pas, car je suis africain et non européen. Toujours je me retrouverai Mordekhaï Alexandre Bénillouche. Indigène dans un pays de colonisation, Juif dans un univers antisémite, Africain dans un monde où triomphe l'Europe", Albert Memmi, La Statue de sel

Sinon, je le dis au passage, comme ça, car personne ou presque n'en parle bien sûr, en France, vu l'avalanche de décès des derniers mois, mais un grand homme est mort il y a quelques jours, un des derniers contemporains vivants de Sartre et de Camus (il eut le droit à des préfaces des deux, belle performance et grand écart) : Albert Memmi, 99 ans, une trentaine de livres derrière lui, qui forgea les concepts de judéité et d'hétérophobie. Un homme qui m'a fait comprendre ce que voulait dire naître juif en terre d'Islam et sous protectorat comme on disait autrefois pour parler de la colonisation. Un homme qui fut à la fois juif, africain, arabophone, berbère, tunisien, colonisé et qui devint français par la langue. De tous les écrivains francophones, celui qui ressemblait peut-être le plus à ce que furent mes ancêtres constantinois. On retiendra cela aussi de l'année 2020 : pendant que tout le monde parlait des malheurs de Zemmour, les grands hommes mouraient dans l'indifférence générale.

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25 mai 2020

Macronisme 2.0

 

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Et si le macronisme 2.0 était en fait un villierisme ? Il y avait déjà de nombreux signes : l'arrogance monarchique et la morgue aristocratique, le goût pour les fastes républicains hérités de la royauté, le Louvre, Chambord et les chasses présidentielles, le mépris des petites gens. Emmanuel Macron nous a assuré que la crise l'avait changé. Nous, les naïfs gauchistes, nous espérions une nouvelle phase "plus socialiste" de ce mandat qu'il doit en grande partie au peuple de gauche. Alors que le monde de la culture est décimé, alors que les libraires sont au bord du gouffre, les éditeurs aux abois, les comédiens en caleçon, les écrivains rayés de la carte, les artistes à poil, les plus grands festivals annulés, les cinémas fermés, les parcs et les jardins parisiens toujours interdits aux hommes, aux femmes et aux enfants, les deux premières décisions prises par Macron sont de rouvrir la chasse, les lieux de culte et le Puy du Fou !!!! En tant que directeur artistique et littéraire, en tant qu'écrivain, en tant que citoyen, je prends cela comme un crachat. Macron vient de nous cracher au visage, les amis. Alors, réagissons. Si une nouvelle force démocratique n'émerge pas dans les prochains mois, en mai 2022, dans moins de deux ans, nous aurons à choisir entre Le Pen et Villiers. Soit entre un véritable national-socialisme et un soi-disant national-populisme qui n'est rien d'autre qu'un national-monarchisme. Et ce jour-là, il n'y aura peut-être pas de virus couronné pour retarder l'issue fatale.

photo (c) LOIC VENANCE / AFP

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08 mai 2020

Vive la chasse, à mort la culture !

Massacre Chambord

La chasse, plus vitale pour la nation que la culture et le sport ! Alors que 67 millions de Français sont confinés comme des rats depuis bientôt 60 jours, alors que nous les inessentiels sommes privés de librairies, privés de concerts, privés de cinéma, privés de théâtre, privés de festivals, privés comme des milliers d'artistes indépendants de revenus du fait de l'annulation de toutes les activités du printemps, alors que nous ne pouvons pas exercer dignement notre sport favori, alors que nous sommes réduits à nous dégourdir les jambes dans un rayon d'un kilomètre ("ce qui exclut l'utilisation de la bicyclette", dixit la Préfecture), alors que j'ai été personnellement contrôlé 5 fois - oui 5 fois ! - en 2 mois tandis que je me rendais à vélo à mon bureau, où je suis seul et ne mets personne en danger par des gendarmes peu amènes et suspicieux, j'apprends que la chasse (loisir inutile et dangereux qui tue en moyenne, ne l'oublions pas, 160 personnes par an), elle, continue. Cela fait plusieurs semaines, oui, qu'en allant faire mon petit footing de 2 km a-r j'entends des détonations très rapprochées dans l'air. Aujourd'hui, j'ai fini par les voir, en gilet jaune, casque rouge sur les oreilles, les chasseurs qui tirent sur les bords de Loire, dans un secteur fréquenté par de nombreux joggeurs et promeneurs. La gendarmerie appelée, j'apprends avec effarement que la chasse aux nuisibles (entendez par là nos cervidés et nos sangliers) est autorisée par la préfecture. Au-delà de toutes les erreurs, de tous les mensonges, de toutes les improvisations, de tout le foutage de gueule de ces 2 mois où l'on nous aura pris royalement pour des cons, je suis sidéré par cette petite nouvelle. Le coup de feu dans la campagne est la goutte d'eau qui fait déborder un vase déjà bien trop plein. Un gouvernement qui juge plus essentielle la "chasse aux nuisibles" que la pratique d'un sport individuel tel que le cyclisme est un gouvernement nuisible et dangereux. À nous de le faire tomber. 

PS : À ceux qui croient naïvement que les chasses présidentielles n'existent plus, ci-joint une photo volée à Chambord en mars 2016 qui rappelle, hélas, qu'elles ont toujours lieu, avec exactement le même cérémonial, et la garde républicaine sabre au clair. Chirac, Sarko et Hollande ne sachant pas chasser, leurs acolytes couraient le lièvre à leur place. Ce jour-là, c'était Claude Bartolone alors 3e plus haut personnage de l'État (président de l'Assemblée Nationale) qui était venu chasser avec le Grand-duc du Luxembourg pour "prélever", comme on dit dans le jargon chambourdin, 15 cervidés et 85 sangliers. Ils avaient rappliqué en jeep après l'apéro - "photos interdites", gueulaient-ils en titubant. 

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28 août 2019

Sur la route du Danube, la bande son

Et voici ce que nous avions dans les oreilles en pédalant pendant 48 jours à pleins tubes contre les vents dominants.

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Queen - Bohemian Rhapsody [High Definition]

Elektricni Orgazam, "Bejbe ti nisi tu"

Gotan Project La Cruz del Sur Radio mix

Alexander Vertinsky - Dorogoi dlinnoyu - Дорогой длинною - By the long road

Rastao Sam Pored Dunava

PLAVI ORKESTAR - Bolje biti pijan nego star

Ederlezi: Time of the Gypsies - Goran Bregović, Emir Kusturica

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26 août 2019

Sur la route du Danube en images

Comme plusieurs d'entre vous m'ont demandé des images de Sur la route du Danube, comme j'avais livré volontairement un récit sans images, comme je n'ai pas vraiment eu le temps de revenir ici pour faire le tri dans mes souvenirs, je profite d'un dimanche après-midi de la fin août pour vous donner un petit aperçu de cette virée danubienne :

 

1-2 les escaliers d'Odessa

"En haut des escaliers d'Odessa (...) Vlad, qui a la passion du cinéma, me lance un défi : et si nous commencions notre périple ici, en dévalant sur nos deux roues les deux cents marches des fameux escaliers, comme le landau du Cuirassé Potemkine ?", p. 22

1-4 Boudjak (Ukraine)

"nous traversons la lagune de Solone sur une chaussée de terre submersible et complètement ravinée par les crues printanières. Encore un de ces limans de la mer Noire, ici débouché de la rivière Alkaliya. On croirait la mer d’Aral. Le paysage est aride, les arbrisseaux rabougris, les chardons cramés, l’herbe calcinée", p. 46


1-4 Viktor, pêcheur lipovène, Vilkovo (Ukraine)

"Viktor est un pêcheur lipovène. Il ne porte pas la barbe de patriarche des Vieux-Croyants, car il n’a pas atteint soixante ans, mais il a gardé de ses ancêtres russes le poil blond et dru, l’oeil d’un bleu farouche et l’indépendance d’esprit ; la peau de son visage est tannée par le soleil, son front strié de rides profondes, ses ongles noirs ; la clope au bec, il manie le gouvernail de la main droite en nous racontant l’histoire du delta", p. 48


1-4 Vilkovo (Ukraine)

"une babouchka revenant de son potager insulaire dans sa lotca", p. 61

 
1-5 Baba Ira, Kilia (Ukraine)

"Baba Ira est veuve depuis trois ans, sa pension lui suffit à peine pour vivre, elle n’a connu que la dèche, ses rides sont des crevasses, à soixante-cinq ans elle en paraît quatre-vingt-quinze, son visage ravagé est à l’image des routes de son pays", p. 67

 

1-5 enfant à vélo, Kilia (Ukraine)

"un garçon d'un blond d'ange, aux jambes agiles et aux bras cuivrés, enfourche une antique bicyclette hollandaise trois fois trop grande pour lui", p. 69

1-5 Izmail (Ukraine)

"Izmaïl, Izmaïl, je sais maintenant pourquoi ce nom me fait tant rêver", p. 70


1-8 Sulina (Roumanie)

"nous contournons le vieux phare rouillé, retiré du service depuis 1992 mais servant toujours à mesurer la longueur du Danube", p. 104


1-9 Gavril, Sulina (Roumanie)

"Gavril, le pêcheur lipovène, avec qui nous baragouinons en russe, vient tous les jours au Jean-Bart", p. 114


1-9 Stefan, capitaine de Sulina (Roumanie)

"le capitaine Stefan est revenu au Jean-Bart pour commander une nouvelle pinte", p. 115


1-10 autoportrait au vélo, Dobroudja (Roumanie)

"Nos compteurs indiquent bientôt cent kilomètres, le soleil décline dans le ciel et il est temps de chercher un endroit pour pioncer", p. 133

 
1-10 Dobroudja (Roumanie)

"Les mont Macin, vus d'ici, ressemblent à un ancien volcan éteint, on dirait un Vasuve miniature, et le lac Trajan pourrait être un autre Nemi", p. 133

1-11 Raïssa (Roumanie)

"Sauf que là, il y a Raïssa (...) Raïssa pourrait surgir d’une icône byzantine, ses cheveux blancs gardent un peu du blond de sa jeunesse et tracent autour de son visage de vieille beauté éternelle une auréole délimitée par le lourd châle de laine noire", p. 141


1-12 Tziganes sur la route de Bucarest

"les seuls êtres humains que nous croisons sont des Tziganes lancés au trot sur leur charrette", p. 140


1-16 avec des enfants bulgares

"aujourd’hui, la beauté des enfants bulgares est une des dernières résurgences de ce métissage", p. 209

1-16 Baïkal (Bulgarie)

"bientôt le sang du ciel se répand partout", p. 202

1-16 Bogdan, le jardinier des ruines (Bulgarie)

"Bogdan est le jardinier des ruines", p. 198

1-16 Tziganes dans le Danube (Bulgarie)

"Il a sympathisé avec une autre bande de Tziganes qui font de grands ploufs dans le fleuve en se grimpant les uns sur les autres", p. 199-200

1-17 balcon sur le Danube (Bulgarie)

"la route est toujours le même balcon déglingué qui nous rappelle que la ligne droite et la surface lisse n’existent pas dans les Balkans", p. 205

1-18 synagogue de Vidin (Bulagrie)

Les vestiges de la synagogue de Vidin sont une merveille baroque, un entrelacs chaotique de briques et de verdure où l’art et la nature semblent avoir rivalisé d’audace", p. 222

1-18 Vidin (Bulgarie)

"C’est à Vidin, pourtant, que le segment bulgare du Danube est le plus beau, le plus bleu, le plus large", p. 217

1-20 Tchitcha, Kladovo (Serbie)

"Stevan alias Tchitcha s’est autoproclamé roi de la riblja čorba, la soupe de poisson", p. 240

1-20 Zeka

"Zeka, un trompettiste tzigane, chemise bleue et cravate noire, venu avec sa troupe depuis Vranje, à la frontière de la Macédoine et du Kosovo, joue un petit air de jazz manouche en mon honneur", p. 242

1-21 Djerdap (Serbie)

"on se croirait en baie d’Along, les proportions ne sont plus européennes mais asiatiques, ici le Danube déverse à travers une faille étroite plus de cinq mille mètres cubes de flotte à la seconde", p. 256

1-21 Djerdap 2 (Serbie)

"les Portes de Fer se situent sur la grande route des Balkans, de Salonique à Budapest", p. 255

1-21 Djerdap 3 (Serbie)

Là-bas, sur la rive roumaine, le Danube est bordé de hautes falaises baignant d’une manière bizarre dans le lac de retenue, comme si l’eau venait de monter dans la nuit", p. 253

1-21 Djerdap 4 (Serbie)

"c’est ici que le Danube tranche définitivement le fer à cheval des Carpates", p. 252

1-21 Djerdap 5 (Serbie)

"le fleuve est d'un gris d'acier dense et profond", p. 243

1-21 Golubac (Serbie)

"la citadelle médiévale de Golubac, le verrou des Portes de Fer", p. 257

1-21 Mali Strbac (Serbie)

"Nous garons les vélos contre un rocher capitonné de mousse et de lichen et reprenons notre souffle", p. 252

1-22 frontière serbo-roumaine

"le Danube est la dernière mer, une mer intérieure ou frontalière", p. 260

1-22 Ram (Serbie)

"Il faut choisir. Rive nord ou rive sud. Serbie centrale ou Voïvodine mitteleuropéenne", p. 261

1-22 Svetlana (Serbie)

"avec la guerre et l’embargo, les femmes serbes ont appris à se passer des hommes", p. 266

1-23 Dragan, Smederevo (Serbie)

"j’avais l’impression que Dragan se dédoublait, que mon corps se dédoublait, que le Danube aussi se dédoublait", p. 270

1-24 Novi Sad 1 (Serbie)

"Vu du ciel, le Danube à Novi Sad est un dragon bleu qui se cabre en cognant pour la première fois contre la porte des Balkans", p. 364

1-24 Novi Sad 2 (Serbie)

"Nous laissons derrière nous le most Slobode, le pont de la Liberté", p. 371

3-1 pêcheurs croates

"Nous laissons derrière nous les amis, la vie placide comme un long fleuve tranquille, et nous avons déjà le blues de la Voïvodine", p. 371

3-3 Baja (Hongrie)

"La rive gauche regagnée, c’est reparti plein nord dans le coucher de soleil qui fait flamber le fleuve telle une immense lampée de cognac, sous les festonnements muets des trembles et des nuages", p. 402

3-5 Budapest 1

"C’est déjà l’automne à Budapest", p. 411

3-5 Budapest 2

"Vue du ciel, Budapest est en forme de papillon, nous dit Julia, un grand papillon gris – son corps serait la chenille bleue du fleuve, sa tête l’île Marguerite et ses ailes l’extension des banlieues vers les quatre coins du pays", p. 412

3-5 Budapest 3

"Là, nous éprouvons enfin le sentiment de l’espace aéré et nous regardons le Danube, au loin, surgir des Carpates et couler vers le sud, soudain très bleu sous le ciel de septembre épuré par une dernière averse", p. 418

3-5 Budapest 4

"En traversant le fleuve sur le pont des Chaînes pour regagner Pest, nous regardons le ballet incessant des bagnoles, des cyclistes et des piétons dans le crépuscule indigo", p. 418

3-5 Budapest 5

"Budapest est la seule vraie métropole danubienne, et la Hongrie le seul pays qui appartienne entièrement au bassin-versant du Danube", p. 412

3-5 Budapest 7

"le Danube aux mille avatars qui scintillait sous nos yeux nous menait très loin vers l’est, en Turquie, en Perse, en Inde, au pays des fleuves divins", p. 414

3-6 Szentendre (Hongrie)

"Dans le coude de Szentendre, où les bouées sont numérotées, le fleuve vert turquoise est un gigantesque billard dont le drap se serait élimé sous l’éclat du soleil", p. 420

3-6 Visegrad (Hongrie)

"Le Danube est très bleu, très large, ici – près de 500 m.tres –, le vent du  sud effleure sa surface et soulève de belles vagues, c’est déjà un bras de mer que domine, perchée sur sa colline, l’ancienne forteresse du bon roi Carobert", p. 424-425

3-8 Gabcikovo (Slovaquie)

"sur le bief d’aval, où l’eau jaillit des turbines et nous gifle le visage avec la vigueur d’un torrent alpin", p. 443

3-13 Durnstein (Autriche)

"Le bleu pâle du clocher de Dürnstein (...) permet, par comparaison, de constater que le Danube, lui, n’est plus tout à fait bleu, comme nous l’avons cru ce matin", p. 479

3-13 Wachau (Autriche)

"L’espace d’un instant, dans la lumière zénithale (...) le Danube, entre ses berges de galets en forme de demi-lune paraît du plus beau bleu, comme dans le poème d’Isidor Beck : un bleu de manganèse qui rivalise avec le ciel", p. 482

3-14 Ybbs (Autriche)

"la silhouette en as de pique de l’église de Metzling se dresse à contre-jour au-dessus des maisons basses comme une carte à jouer, un signe énigmatique qu’il nous faudrait peut-être déchiffrer pour savoir ce que la nuit nous réserve", p. 484

3-15 Grein (Autriche)

"Ici, le Danube trace la limite administrative entre la Basse-Autriche, sur la rive sud, et la Haute-Autriche, sur la rive nord", p. 488

3-15 Zille (Autriche)

"La traversée se fait sur une Zille, une élégante embarcation traditionnelle à fond plat, variante locale des toues cabanées ligériennes", p. 496-497

3-17 Weltenburg (Allemagne)

"Quelques kilomètres plus loin vers l’aval se situe l’abbaye bénédictine de Weltenbourg, une des plus vieilles de Bavière", p. 516

3-21 Danube souabe (Allemagne)

"Nous roulons nez dans le guidon, grisés par la lumière automnale, dans ce Wurtemberg de pastorale, sur les rives hirsutes d’un fleuve sauvage aux eaux limpides", p. 546

3-21 Munderkingen 2 (Allemagne)

"il faudrait parler désormais du Danube au féminin, la Donau souabe est très belle, très claire, avec des reflets blonds et des chevelures d’algues qui s’affolent dans le courant", p. 546

3-23a brouillard à Donaueschingen

"pour l’instant le vieux monde est encore sans couleurs, nous roulons très vite pour nous réchauffer dans la pellicule d’un film en noir et blanc, le soleil n’est qu’un halo blafard qui s’élève lentement dans le brouillard et se reflète à peine dans la surface argentique du ruisseau", p. 564

3-23b cygne à Donaueschingen

"un grand cygne déploie sa voilure de plumes, navigue vers l’aval et se dédouble telle une carte de tarot sous les doigts d’un magicien", p. 565

3-23c Confluence Breg-Brigach (Allemagne)

"À l’extrémité orientale du parc des princes de Fürstenberg, voici enfin le confluent de la Breg, de la Brigach et de la Stille Musel, les trois torrents donnant naissance au grand fleuve européen, les trois mamelles de la Danubie", p. 567

3-23d héron à Donaueschingen 2

"De tous les animaux de la Danubie, c’est le plus fidèle, nous l’aurons vu dans tous les pays, perché sur toutes les berges, toujours aussi solitaire, si bien que ce livre pourrait s’intituler Le Vol du héron, car au fond, c’est peut-être lui, l’âme damnée ou le génie du Danube", p. 565

3-23e Donaueschingen (Allemagne)

"La source artificielle est une résurgence karstique de la Brigach qui fut canalisée en 1876 et se déverse dans la rivière en passant sous le petit temple", p. 569

3-23f Donauquelle

"Voici la vasque et le bénitier des passionnés d’histoire et de civilisation germaniques venus recevoir l’extrême-onction danubienne", p. 569

3-23g source de la Breg (Allemagne)

"Ici se situe la source principale du Danube, la Breg, à l’altitude de 1 078 m, à 2 888 km de l’embouchure du Danube et à 100 m de la ligne de partage des eaux entre la mer Noire et la mer du Nord", p. 573

3-23h source de la Breg 2

"Le maigre filet d’eau jaillit sous une borne rudimentaire. Son premier berceau est un éboulis de grosses pierres rondes", p. 574

 

 

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25 août 2019

Ils ont parlé de Sur la route du Danube et je les en remercie !

Revuedepresse

Sophie Delafontaine dans Ouest France 

Thierry Guichard dans Le Matricule des Anges

Josyane Savigneau dans Lire Lire_Savigneau_05_03_19

Ghislaine Antoine sur son blog http://squirelito.blogspot.com/2019/03/normal-0-21-false-false-false-fr-x-none.html

Alain Nicolas dans L'Humanité Dimanche L_Humanit__dimanche_Alain_Nicolas_itw_14_03_19

Nils Ahl dans Le Monde des Livres Le_Monde_Nils_Ahl_15_03_19

Xavier Capodano sur France Info 

Jean-François Cadet sur RFI http://www.rfi.fr/emission/20190318-emmanuel-ruben-danube

Christophe Henning sur RCF https://rcf.fr/spiritualite/la-marche-un-chemin-interieur

Regain & VSD Regain___VSD_Danube_05_04_19

Caroline Broué sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/les-matins-du-samedi/emmanuel-demarcy-mota-emmanuel-ruben-achille-mbembe

Jacques Josse sur Remue.net https://remue.net/sur-la-route-du-danube

Michèle Germain sur France bleu Loire-Océan

Joyeux Drille sur son blog https://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2019/04/malgre-tous-les-pays-quil-relie-le.html

Cindy Lemaire sur France bleu Loire-Océan https://www.francebleu.fr/emissions/les-gens-d-ici/loire-ocean

Jean-Paul Faure dans Ouest France

Gabriel Boussonnière dans le Courier de l'Ouest https://www.courrierdelouest.fr/actualite/saint-florent-le-vieil-emmanuel-ruben-je-voulais-etre-un-etranger

LMDA couv

Thierry Clermont dans Le Figaro littéraire Le_Figaro_Thierry_Clermont_11_04_19

Henri Gibier dans Les Échos week-end Les_Echos_week_end_Henri_Gibier_19_04_19

Sophie Creuz dans L'Écho (Belgique) L_Echo_Sophie_Creuz_27_04_19

Sophie Creuz sur la RTBF (Belgique) Rtbf_Sophie_Creuz_

Thierry Cerinato dans la Revue 200 200_Cerinato_Danube_27_04_19

Christian Desmeules dans Le Devoir (Canada) Le_Devoir_Christian_Desmeules_27_04_19

Monique Atlan sur France 2 https://www.france.tv/france-2/dans-quelle-eta-gere/961699-sur-la-route-du-danube-de-emmanuel-ruben-rivages.html?

Pierre Glachant dans le Courrier des Balkans Blog___Le_long_du_Danube____v_lo__de_la_mer_Noire___la_For_t_Noire___Le_Courrier_des_Balkans

Evelyne Sagnes sur son blog https://www.tribunelivres.com/post/echappé-e-belle-emmanuel-ruben-sur-la-route-du-danube?

Guénaël Boutouillet https://www.mixcloud.com/guénaël-boutouillet/emmanuel-ruben-lancement-danube-gb-laviedevantsoi-mars-2019/?

L'Humanité dimanche_Alain Nicolas_itw_14-03-19

Jean-Louis Tissier dans En attendant Nadeau et Médiapart EaN_Jean_Louis_Tissier__Carnet_du_grand_fleuve_29_04_19

Thomas Le Seac'h dans Aujourd'hui en France 

Alexandra Schwartzbrod sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/les-matins?

Laure Adler dans L'heure bleue (France Inter) https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-08-mai-2019?

Pierre Maury dans Le Soir (Belgique) Le_Soir_Pierre_Maury_11_05_19

Jacques Munier sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees-0?

Le Figaro_Thierry Clermont_11-04-19

Mélanie Croubalian sur la RTS1 (Suisse) https://www.rts.ch/play/radio/entre-nous-soit-dit/audio/emmanuel-ruben-sur-la-route-du-danube--ed--rivages?

Nicolas Gary sur Actualitté https://www.actualitte.com/article/culture-arts-lettres/etonnants-voyageurs-emmanuel-ruben-prix-nicolas-bouvier-2019/94872?

Alexandra Schwartzbrod dans Libération https://www.liberation.fr/debats/2019/05/14/emmanuel-ruben-l-europe-n-est-rien-d-autre-qu-une-grande-crise-migratoire-nous-venons-tous-de-l-est_1726922?

https://www.liberation.fr/evenements-libe/2019/05/17/l-europe-est-une-fiction-qui-n-existera-pas-sans-nous_1726644?

Nicolas Arzur dans Libération https://www.liberation.fr/evenements-libe/2019/05/18/emmanuel-ruben-une-identite-entre-les-lignes_1727092?

Eric Fottorino dans Le 1 et sur France TV Info LE1_22_05_19_complet https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/franceinfo/ouvrez-le-1/ouvrez-le-1-du-mercredi-22-mai-2019_3456253.html?

Henri-Charles Dahlem sur son blog https://collectiondelivres.wordpress.com/2019/05/24/sur-la-route-du-danube/?

Guillaume Erner sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/y-a-t-il-encore-un-desir-deurope?

Auriane Kolodziej sur le site de l'Institut français https://www.institutfrancais.com/fr/rencontre/emmanuel-ruben

Michel Ellis sur le blog l'Espadon https://www.lespadon.info/2019/05/sur-la-route-du-danube-emmanuel-ruben.html?

interviw Libé 15-05

Blandine Masson sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-theatre-et-cie/une-journee-aveca-la-recherche-de-lesprit-europeen?

Marie Chaudey dans La Vie La_Vie_Marie_Chaudey_06_06_19

Kenza Sefrioui dans Tel Quel (Maroc) Tel_Quel_Danube_Kenza_Sefrioui_07_06_19

Pierre Vavasseur dans Le Parisien Le_Parisien_Vavasseur_18_06_19

Jean Lebrun sur France Inter https://www.franceinter.fr/emissions/la-marche-de-l-histoire/la-marche-de-l-histoire-19-juin-2019?

Le Télégramme Le_T_l_gramme_27_06_19

Olivia Gesbert sur France Culture https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/la-grande-table-des-livres-les-litteratures-voyageuses?

Eugénie Bourlet dans le Nouveau Magazine littéraire Nouveau_Magazine_litt_raire_Eug_nie_Bourlet_01_07_19

Gérard Hamon dans Pèlerin Magazine P_lerin_G_rard_Hamon

Gérard Hamon dans Cyclotourisme Cyclotourisme

Marina Cessa dans Presse Océan Presse_Oc_an_Marina_Cessa_19_07_19

Charlotte Desmousseaux dans la revue Initiales de l'été Initiales_Charlotte_Desmousseaux

Jean-Charles Albert dans Frankreich Erleben Frankreich_Erleben_Jean_Charles_Albert

Sylvain Tesson dans Le Monde des Livres Sylvain_Tesson_Monde_

Valérie Marin la Meslée dans Le Point https://www.lepoint.fr/culture/banquet-du-livre-emmanuel-ruben-embarque-les-lecteurs-a-velo-05-08-2019-2328389_3.php?

Geneviève X dans La Gazette de la frontière gazette_58_p3

Véronique Bergen dans Roaditude https://www.roaditude.com/carnet-de-route/2019/11/06/ruben

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14 mars 2019

quelques dates pour nous retrouver sur la route du Danube...

 

article Lire Savigneau Ruben

le lancement se fera mercredi 6 mars à 19h15 à Nantes, à la librairie La Vie devant soi, grâce à Charlotte Desmousseaux et Guénael Boutouillet,
 
d'autres dates suivront, parmi lesquelles celles-ci :

dimanche 10 mars, 12h30, fête du livre de Bron, rencontre avec Andreï Kourkov, animée par Thierry Guichard

samedi 16 mars, 15h, Livre Paris, scène Europe, rencontre animée par Alexandra Schwartzbrod

jeudi 21 mars, 19h30, librairie Charybde, Paris

jeudi 28 mars, 20h30, librairie ParChemins, Saint-Florent-le-Vieil

samedi 6 avril, 14h30, Escale du Livre, Bordeaux, grand débat avec Andreï Kourkov & Robert Menasse. Animé par Yann Nicol

samedi 13 avril, 7h, les Matins du Samedi, avec Caroline Broué, France Culture

jeudi 25 avril, 19h30, Sadel avec la librairie Contact, Angers

vendredi 26 avril, 19h, Géothèque, Nantes

- jeudi 2 mai, 19h, librairie la Licorne, Uccle, Bruxelles

- vendredi 3 mai, 19h, librairie le Bateau Livre, Lille

samedi 4 mai, 15h15 & 17h30, festival du premier roman & des littératures contemporaines, Laval

- mardi 7 mai, 20h, librairie le Genre Urbain, Paris

- mercredi 8 mai, 20h, l'heure bleue avec Laure Adler, France Inter

- vendredi 10 mai, 17h, librairie le Brouillon de Culture, Caen

samedi 11 mai, 18h, librairie la Grande Ourse, Dieppe

- mardi 14 mai, 15h, RTS1 en duplex depuis Paris

- mercredi 15 mai, 18h30, librairie des Halles, Niort avec Jean Worms

- jeudi 16 mai, 18h, médiathèque José Cabanis, Toulouse, avec la librairie Ombres blanches

samedi 18 mai, 14h librairie l'Aubette, Strasbourg, Forum Libération pour une journée consacrée à l'Europe, avec Étienne Klein, Olivier Fuez et Dominique Schnapper. Débat animé par Alexandra Schwartzbrod.

mercredi 22 mai, 19h, Le Triangle, Rennes. Avec Oliver Rohe, Arno Bertina, Mathieu Larnaudie & Patrick Boucheron

vendredi 24 mai, 18h, librairie Folies d'Encre, Saint-Denis

samedi 25 mai, 16h, café Fluxus, Fondation du Doute, Blois, la veille des élections européennes avec le collectif Europe Ensemble

mercredi 29 mai, 18h30, librairie Michel Descours, Lyon avec Gwilherm Perthuis

- samedi 1er juin, European Lab Camp, Nuits Sonores, Lyon. Lecture musicale, avec François Pernel (harpe) & Toups Bebey (percussion & saxo)

- dimanche 2 juin, après-midi, Salon du livre, Angers (librairie Richer)

mercredi 5 juin, 19h, librairie l'Odyssée, Vallet

- du 8 au 10 juin, festival Étonnants Voyageurs, Saint-Malo

vendredi 14 juin, 18h30, librairie les Saisons, La Rochelle

samedi 15 juin, 17 h, bibliothèque de la MJC de Carcassonne avec LUCIOLE et la librairie Mots & Cie

vendredi 21 juin, 18h30, La Petite Librairie, Brest, avec Thomas Berriet 

- du 17 au 21 juillet, festival Écrivains en bord de mer, La Baule

- du 3 au 4 août, Banquet du livre & des générations, Lagrasse

- du 8 au 10 août à Douarnenez, Festival Baie des plumes avec l'association Poèmes bleus et la librairie l'Ivraie

- du 20 au 22 septembreBesançon, le Livre dans la Boucle

- du 4 au 6 octobre, Festival  International de Géographie, Saint-Dié

- du 17 au 20 octobre, fête du livre, Saint-Étienne 

- du 22 au 26 novembre, les Petites Fugues, Franche-Comté

 

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13 mars 2019

Sentiment géographique

lmda arbre généalogique

Quand j'ai débarqué à Paris en septembre 2005, retour de Grande Baronnie, j'ai pris l'habitude de me rendre tous les mercredis soirs à la BPI, en sortant de l'Institut de géo, pour y lire la Quinzaine littéraire ou le Matricule des Anges. Le Matricule mettait à l'honneur des auteurs qui comptaient énormément pour moi - comme Magris ou Rigoni Stern, Claude Simon, Pierre Bergounioux, Pascal Quignard ou Pierre Michon. C'était donc suffisant pour poursuivre aveuglément l'apprentissage. C'est là, sur papier glacé, que j'ai découvert des auteurs aussi précieux pour moi qu'Eri de Luca ou Lobo Antunes, Volodine ou Guyotat, Christian Garcin ou Arno Bertina, Mathieu Riboulet, Emmanuelle Pagano ou Maylis de Kerangal. Plus tard, quand j'étais un peu moins fauché, je me suis abonné ; chaque mois, l'auteur à la Une du Matricule - Mathias Enard ou Oliver Rohe, Jérôme Ferrari, Camille de Toledo, Céline Minard ou Lydie Salvayre - n'était jamais totalement étranger pour moi : soit je venais de lire son dernier livre, soit je venais de le rencontrer, soit je brûlais d'envie de découvrir son oeuvre. Cette fois-ci, je crois que je le connais un peu... Merci Thierry Guichard !

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15 février 2019

En librairie le 6 mars. Lancement le 6 mars à 19h15 à Nantes, à la librairie La Vie devant soi

Couverture Ruben

4e de couverture :

 

"À l’été 2016, Emmanuel Ruben entreprend avec un ami une traversée de l’Europe à vélo. En quarante-huit jours, ils remonteront le cours du Danube depuis le delta jusqu’aux sources et parcourront 4 000 km, entre Odessa et Strasbourg. Ce livre-fleuve est né de cette odyssée à travers les steppes ukrainiennes, les vestiges de la Roumanie de Ceauşescu, les nuits de bivouac sur les rives bulgares, les défilés serbes des Portes de Fer, les frontières hongroises hérissées de barbelés… En choisissant de suivre le fleuve à contre-courant, dans le sens des migrations, c’est l’histoire complexe d’une Europe qui se referme que les deux amis traversent. Mais, dans les entrelacs des civilisations déchues et des peuples des confins, affleurent les portraits poignants des hommes et des femmes croisés en route, le tableau vivant d’une Europe contemporaine.

Dans ce récit d’arpentage, Emmanuel Ruben poursuit sa « suite européenne » initiée avec La Ligne des glaces (Rivages, 2014) et explore la géographie du Vieux Continent pour mieux révéler toutes les fictions qui nous constituent. 

Emmanuel Ruben est l’auteur de plusieurs livres – romans, récits, essais. Il dirige actuellement la Maison Julien-Gracq et vit sur les bords de la Loire."

Extrait du prologue intitulé "Quitter Paris" :

"Le plus dur, c’est de trouver le bon rythme, disait Vlad, si tu ne trouves pas d’emblée ton propre rythme, c’est fichu, tu chopes un point de côté, tu te mets dans le rouge, il faut savoir doser, ne pas se griller d’avance, mouliner sans forcer, en garder sous la pédale comme on dit – j’écris sous sa dictée, j’essaie de retrouver le tempo de son phrasé, le grain de sa voix, le tranchant de son accent, sa façon si particulière de rouler les r, il m’avait dit ça, une nuit, à Paris, alors que nous avions les flics aux trousses, je le revois pédalant à mes côtés, haletant à mes côtés, je revois sa manière unique de tenir son guidon, d’empoigner le taureau par les cornes, mains fermement agrippées aux cocottes de frein, dos cambré, buste jeté en avant, cou rentré dans les épaules, j’aurais pu le reconnaître de loin, il nous arrivait de nous croiser par hasard du temps où il vivait dans un squat à Pantin et moi dans un ancien bordel au métro Danube – un jour, je m’en souviens, c’était en avril, un des premiers soirs qui voient s’égayer la ville, je sors d’un bar un peu éméché, je vais décrocher mon vélo, j’aperçois un type aux cheveux blonds noués en catogan qui dodeline des épaules en grimpant la rue de Ménilmontant, je me dis ça doit être lui, c’est bien son style à lui, j’enfourche ma monture, je me dresse sur mes étriers, j’attaque la pente en danseuse, lui est déjà loin, loin, loin – je le vois filer comme si les feux, les néons, les enseignes, les réverbères, toutes les lumières de la capitale le halaient vers le ciel aimanté ; sous son barda de coursier, sa veste noire flotte dans son dos, et lorsqu’il dévale les rues de Belleville on entend claquer les pans de cuir, flap flap flap, petites ailes de corbeau ivre de traverser la ville ainsi, sur le fil de fer de son seul désir – tout est une question de rythme, disait Vlad, pas seulement de souffle mais de tempo, pas tant de vitesse mais de pulsation, les cuisses et les poumons ne suffisent pas : ce qui compte, c’est le cœur..."

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17 janvier 2019

du Danube à la Loire et de la Loire au Danube

article Ouest France 16-01-19 Delafontaine

Un beau jour d'octobre 2018, je répondais aux questions de Sophie Delafontaine, au bord de la Loire, en bas de la Maison Julien Gracq, dans une lumière idéale. L'entretien est paru dans Ouest France le 16 janvier 2019. L'occasion d'annoncer la parution prochaine de Sur la route du Danube (Rivages, 6 mars 2019) et la première édition des Préférences (11e édition des Rencontres Gracq), des biennales littéraires & géographiques itinérantes sur les rives de la Loire, qui se tiendront du 25 au 29 septembre 2019, de Nantes à Montjean-sur-Loire et seront organisées par la Maison Julien Gracq. Nous y recevrons des écrivains, des géographes, des comédiens, des artistes comme : Maylis de Kerangal, Mathias Enard, Aurélien Bellanger, Valérie Zenatti, Etienne Davodeau, Gwenaëlle Aubry & Seb Martel, Christian Garcin & Tanguy Viel, Emmanuelle Pagano, Jean-Louis Tissier, Sébastien Ménard & Antoine Leroy, Hélène Gaudy, Hélène Frappat, Jacques Bonnaffé, Anatole Danto, Philippe Mathé, Anthony Poiraudeau, Cathie Barreau, Thierry Froger, Thierry Blouin…

  • Cette première édition mettra à l’honneur les fleuves dans la littérature et les sciences humaines et donnera à entendre des auteurs passionnés de la petite reine. Elle rappellera le lien affectif entre la Loire et les écrivains ligériens, à commencer par l’un des plus connus d’entre eux : Julien Gracq.

En mai 1944, à l’annonce des bombardements alliés, c’est à vélo que Julien Gracq quitta Caen où il enseignait la géographie et travaillait à sa thèse de géomorphologie, pour rejoindre Saint-Florent-le-Vieil, où se trouvait la demeure familiale, aujourd’hui devenue, suite au legs de l’auteur, la Maison Julien Gracq.  L’auteur n’a jamais vraiment raconté ce voyage à travers la France de l’Ouest dévastée par la deuxième guerre mondiale mais on l’imagine, sur sa selle de vélo, éprouvant à la force des ses mollets les reliefs de ce massif armoricain qui tient une place de préférence dans son œuvre. En revanche, Julien Gracq a raconté son émotion d’enfant devant les coureurs cyclistes qu’il allait voir au vélodrome (Lettrines 2, p. 168-171) et il compare, dans un passage fameux de La littérature à l’estomac, le lecteur à un stayer aspiré dans le remous de son entraîneur – à savoir le livre et donc, derrière le livre, l’auteur. 

Passée la consultation de la carte d’état-major, deux éléments clé innervent la géographie gracquienne : la route et la rivière, le fleuve et le chemin. Des Eaux étroites de l’Èvre aux vastes eaux de la Loire, du court récit intitulé La Route aux Carnets du grand chemin, ce sont autant de flèches qui guident le sens de la narration et aimantent l’attention du lecteur. La première édition des Préférences (titre d’un recueil de Julien Gracq paru en 1961), qui reprend et renouvelle la formule des rencontres Julien Gracq (dix éditions de 2008 à 2017) vous invite à lire la Loire à vélo sur le grand chemin de Julien Gracq.

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20 novembre 2018

Une Odyssée cycliste dans une Europe à la dérive - à paraître le 6 mars 2019 chez Rivages

Couverture Ruben

L’Europe est une fiction qui cherche encore ses contours, l’Europe est une utopie qui se dérobe dans la langue de bois de nos palais et pourtant l’Europe existe, nous l’avons traversée. 4000 km à vélo, en 48 jours, d’Odessa à Strasbourg, d’Ukraine en France, avec pour fil bleu le Danube, que nous avons remonté de son delta dans la Mer Noire à sa source en Forêt-Noire. C’est à l’automne 2016 et durant l’été 2017, alors que je vivais à Novi Sad, en Serbie, sur les bords du Danube, que j’ai eu la chance, grâce à une mission Stendhal, de faire cette odyssée que je m’étais promise depuis longtemps, histoire de croiser mon regard d’écrivain, de cycliste et de géographe. Histoire aussi de vérifier que j’appartiens bien à une génération d’écrivains européens de langue française. L’odyssée commence à Odessa, en haut des fameux escaliers qui tombent dans la Mer Noire et se termine à Strasbourg, devant le Parlement européen, au bord d’un canal qui mène tout droit au Rhin.  

Ce livre est le deuxième épisode d’une suite européenne que j’ai commencée en 2014 avec La ligne des glaces.
À l'heure de la fermeture des frontières intracommunautaires et de la si mal nommée « crise des migrants », ce livre est un geste à la fois poétique et politique : éprouver dans ses cuisses et ses mollets ce qu’endurent les réfugiés qui traversent notre Europe à pied ; caresser l’idée européenne à rebrousse-poil, de la périphérie vers le centre ; écrire un récit d’arpentage qui suive le fleuve au pixel près et qui tente de rééquilibrer la part des Balkans, privilégiant la description des paysages et de la vie des gens ordinaires, là où Danube, le roman célèbre de Magris, centré sur le mythe de la Mitteleuropa, s’intéresse avant tout aux œuvres littéraires et aux dates marquantes de la mémoire européenne. Tout au long du trajet, nous nous sommes efforcés, Vlad et moi, de nous montrer attentifs aux souvenirs des grandes invasions et de l'Empire ottoman, aux traces laissées par les nomades et les Turcs dans les paysages, les langues, les modes de vie, l'architecture, afin de révéler la part d'Orient qu'il y a en nous, la part d’Orient qui subsiste en Europe.

Car l’Europe existe mais ne se limite pas à la fiction européenne dont nous élirons dans quelques mois les députés. On connaît le mot fameux de Mauriac à propos de l’Allemagne. Moi aussi, j’aime tellement l’Europe, que je préfère qu’il y en ait deux. Et justement, contrairement à ce que l’on veut bien nous faire croire, il y a encore, malgré tous les élargissements entrepris depuis 60 ans, deux Europe en 2019 : il ne faut pas oublier que plus de la moitié de l’Europe continentale se situe en dehors de notre Europe communautaire. C’est l’Europe gazeuse, nomade et tzigane, l’Europe des autres, qui n’ont pas besoin de monnaie commune et de traité constitutionnel pour se sentir exister.  Sur une bonne partie de son cours, le Danube est encore un fleuve frontière, qui sépare les deux Europes, coupant la Croatie de la Serbie, l’Ukraine de la Roumanie. Le Danube est notre Rio Grande, les Balkans notre Mexique. Et ce livre une tentative de réécrire l’Europe à vélo, sur ses frontières, comme Kerouac rêva de réécrire l’Amérique en bagnole, d’est en ouest.

Oui, le vrai sujet de ce livre n’est pas le Danube mais l’Europe. Enfin, ce livre est aussi, comme tous mes livres, la quête d’un pays imaginaire, la poursuite d’un souvenir d’enfance. Tous les livres que j'écris proviennent d'une même matrice : l'invention, à neuf ans, le jour de la chute du mur de Berlin, d'un pays primitivement situé en Forêt-Noire, déporté plus tard dans la Mer Baltique, parce qu'un grand-oncle, ancien parachutiste, qui avait longtemps servi à Baden-Baden, m'accusait d'avoir « annexé les sources du Danube » ! C’est donc en me souvenant de ce petit pays danubien, la Zyntarie, que j’ai compris qu’il me faudrait absolument entreprendre ce voyage initiatique, cette remontée aux sources de l’écriture et de l’imagination pour en revenir avec un livre, le livre que voici.

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 cartographie (c) Jean Worms 

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06 novembre 2018

Tournée d'automne

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Le manuscrit de mon prochain livre (Sur la route du Danube, à paraître en mars 2019 chez Rivages), étant sur le point d'être bouclé, je vais pouvoir sortir de l'hibernation estivale et reprendre la route des librairies et des festivals pour une petite tournée d'automne en attendant le printemps. Je serai heureux de vous retrouver :

- du 16 au 18 novembre à Cognac pour le festival de Littératures européennes : https://litteratures-europeennes.com/wp-content/uploads/2018/11/Programme-LEC-092018BD.pdf

- le 22 novembre à 19h30 à Saint-Étienne pour une lecture intégrale de Terminus Schengen au théâtre Le Verso : http://travellingtheatreleverso.fr/rencontre-lauteur-emmanuel-ruben/

- le 23 novembre à 19h à Chambéry à la librairie Garin

- le 1er décembre à partir de 14h30 à Paris, à la Bellevilloise pour les 20 ans du Courrier des Balkans, où j'animerai une rencontre avec Velibor Čolić, Vesna Marić, Pajtim Statovci, Elitza Gueorguieva & Ornela Vorpsi : https://www.courrierdesbalkans.fr/Litterature-Exil-Accueil-Traduction. La rencontre sera suivie d'une soirée tzigane.

- le 2 décembre à 15h à Montauban, avec Thierry Guichard & Anthony Poiraudeau, pour une discussion sur la littérature et la géographie, dans le cadre du festival Lettres d'Automne, consacré cette année à l'oeuvre de l'ami Christian Garcin : http://www.confluences.org/evenement/ecrivains-geographes/

- le 6 décembre à Rennes à 19h, au Triangle, avec l'ami Arno Bertina, pour une soirée consacrée aux liens vivifiants entre espace et littérature.

photo (c) le dauphine.com

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20 septembre 2018

Lettre ouverte à Emmanuel Laurentin

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Cher Emmanuel Laurentin, je vous écoutais hier sur France Culture et voici ce que j'ai entendu : « tout a été vendu par ses héritiers de sorte qu’il n'y a plus que le bureau et la chaise de Julien Gracq à la Maison Julien Gracq. Ça va être difficile… » ! En tant que directeur de l'association Maison Julien Gracq, cher Emmanuel Laurentin, je m'insurge contre cette idée reçue qui nuit beaucoup à notre cause et qui prouve que vous n'avez pas mis les pieds à la Maison Julien Gracq. Non, cher Emmanuel Laurentin, il n'y a pas que le bureau et la chaise (le fauteuil, d'ailleurs, pour être plus précis) de Julien Gracq à la Maison Julien Gracq ; il y a beaucoup plus, il y a l'âme de Julien Gracq, elle est ici, aux bords de la Loire, dans ces lieux où il est né, où il grandi, où il est revenu vivre à la fin de sa vie, qu’il a aimés et habités, dans ces lieux qui ont inspiré toutes ses œuvres, dans ces lieux où il a écrit la plupart de ses livres, revenant souvent le week-end ou pendant les vacances scolaires, même quand il vivait à Paris.  

 

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Tous les visiteurs qui viennent ici, tous les résidents qui profitent des conditions idéales de travail dans cette maison, tous les écoliers, lycéens, collégiens, universitaires qui viennent en classe découverte, en séminaire, en visite scolaire à la Maison Julien Gracq pour y rencontrer des auteurs ou des artistes, tous les auteurs qui viennent animer des rencontres ou des ateliers d'écriture avec le public vous le diront : l'esprit de Julien Gracq est ici, et pas seulement l'esprit, pas seulement le bureau et le fauteuil mais aussi les livres, 2500 ouvrages sur les 5000 de notre bibliothèque remarquable qui ont appartenu à Julien Gracq, des dédicaces de René Char, de Le Clézio, de Modiano, d'Octavio Paz, de Kadaré, de Kundera, de Francis Ponge, de Phlippe Sollers, de Pierre Michon, de Pierre Bergounioux, de Régis Debray et de bien d’autres auteurs célèbres ou oubliés, venez ici, nous vous les montrerons... Et nous avons plus que cela encore, nous avons des lettres inédites de Julien Gracq (signées Louis Poirier) adressées à sa famille, nous avons les manuscrits autographes de ses exercices de russe, nous avons des cartes qui lui ont appartenu et qui sont exposées dans la chambre des cartes pour servir d’introduction géographique à son œuvre, nous avons les premières éditions de ses livres dédicacés à ses parents, nous avons les éditions bibliophiles illustrées de ses œuvres signées par des artistes comme Olivier Debré ou Matta, des photos originales de Doisneau, des photos du Prix Goncourt, des portraits de Julien Gracq et de sa sœur Suzanne Poirier, nous avons une table tactile qui retrace l’itinéraire d’un écrivain, d’un géographe, d’un enseignant et donne à entendre la voix d’un homme, nous avons un hectare de jardins suspendus sur la Loire qui ont inspiré son œuvre, nous avons les arbres qu’il a plantés et qu’il a aimés, nous avons la vue qu’il contemplait depuis son bureau en écrivant Le Rivage des Syrtes ou Un balcon en forêt. Qu’est-ce qui est plus précieux, pour un écrivain, que ses livres – ceux qu’il a lus, ceux qu’il a écrits ? Qu’est-ce qui compte plus, pour ceux qui ont lu ses livres, que le lieu d’où ils sont nés ? Une casquette pied-de-poule ? Un plaid écossais ? Une taie d’oreiller ?

 

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Et cela va plus loin, cher Emmanuel Laurentin : nous respectons le testament de Julien Gracq ! Et que dit le testament de Julien Gracq ? Que tout ce domaine légué à la commune de Saint-Florent-le-Vieil (aujourd’hui Mauges-sur-Loire) doit devenir un lieu de « séjour temporaire de repos ou de travail destiné à des écrivains ». Et donc, chaque année, nous accordons des bourses à des écrivains, mais aussi quelquefois à des plasticiens et des chercheurs du monde entier. Et nous allons plus loin : nous organisons des expositions d’art contemporain, des ateliers d’écriture et de lecture à voix haute, nous travaillons avec les bibliothèques, les lycées, les autres associations du territoire, nous organisons un festival littéraire & géographique d’envergure nationale, hier les « Rencontres Gracq », demain « les Préférences », nous créons du lien, en territoire rural, entre les classes sociales et les générations. Julien Gracq aurait été fier de nous, j’en suis certain.

 

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Sortez de l'idéologie de la patrimonialisation à tout-va, cher Emmanuel Laurentin, célébrez ce qui est vivant dans l'histoire et la géographie, relisez les considérations intempestives de Nietzsche, ne tombez pas dans le panneau de Stéphane Bern et de son loto ! L'art et la littérature vivent, se créent, se renouvellent autour de vous, loin de la poussière du patrimoine ! Consultez notre site avant de parlez de nous, venez à la Maison Julien Gracq, je vous y invite, vous pourrez y dormir si vous le souhaitez. « Ça va être difficile », ironisiez-vous à notre propos hier matin, de faire vivre une maison d’écrivain avec une chaise et un bureau. Oui, cher Emmanuel Laurentin, c’est difficile tous les jours, de faire vivre une maison d’écrivain. Mais ce qui est difficile, ce n’est pas de créer, ce n'est pas difficile de créer, de programmer, d’administrer, de partager, de croire dans une cause, ce qui est difficile, c'est de se battre tous les jours pour convaincre les hommes politiques, les institutions publiques, les collectivités locales et les sociétés privées de nous aider à honorer ce legs et à poursuivre notre objectif. Ce qui est difficile, et même douloureux, c’est d'entendre les journalistes recycler sur les ondes des idées reçues.

 

Voici mon mail personnel : direction@maisonjuliengracq.fr.

Voici le site de notre association : www.maisonjuliengracq.fr

Voici mon n° de tel : 02 41 19 73 55.

Voici une émission (qui date un peu, du temps où j'étais résident et non directeur : https://www.youtube.com/watch?v=v8-bg0otGA4) consacrée à la Maison Julien Gracq : dites demain sur France culture que vous vous êtes trompé, reconnaissez votre erreur, écrivez-moi et venez nous rendre visite, vous êtes le bienvenu.

 

Bien cordialement,

 

Emmanuel Ruben

Directeur artistique & littéraire

Maison Julien Gracq

 

15 juin 2018

L'Europe est une fiction

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L’Europe est une fiction. Ou plutôt des fictions. Fiction cartographique, qui croit finir – la faute au géographe du Tsar – avec le Bosphore et l’Oural. Fiction historique, car l’Europe, ne commence pas avec Athènes, Rome ou Jérusalem, comme on nous l’enseigne à l’école – Europe, c’est le nom pratique que trouva un pape, en l’occurrence Pie II – alias Enea Silvio Piccolomini –, pour désigner en 1464, à Ancône, face à l’Adriatique, l’ensemble de cette petite presqu’île torturée qu’on appelait encore la Chrétienté et rameuter une dernière fois, mais en vain, les Croisés contre les Turcs. Fiction mythologique, enfin, car l’Europe est aussi femme, et les Anciens racontent qu’elle fut enlevée par un taureau nommé Zeus qui la déposa sur les côtes chypriotes. Aujourd’hui, l’Europe nous est enlevée, à nous, Européens, tous les jours – fiction politique qui se décide sans le peuple qui la constitue. À coups de petits traités, de grosses arnaques et de grandes lâchetés, nous croyons pouvoir interdire au reste du monde l’usage de cette Europe qui ne sait toujours pas quel est son peuple.

L’Europe est une fiction flottante. Elias Canetti, qui est né à Roussé, en Bulgarie, sur les bords du Danube, rappelle que lorsqu’un de ses parents « remontait le Danube vers Vienne, on disait : il va en Europe ». Hier, une ami grecque m’a confié que jusqu’à une date récente, la police française exigeait toujours son passeport à l’aéroport ; le seul avantage de la crise, m’a-t-elle dit, c’est que vous, les Français, vous savez maintenant que la Grèce est en Europe ; désormais, de l’autre côté de la ligne jaune, on se contente de ma carte d’identité.

Un ami me demandait récemment quand je franchirai enfin, dans mes livres, les frontières de l’Europe et de son Proche Orient. Je lui ai répondu que je n’en avais pas l’intention. Tout ce que je peux écrire à propos du reste du monde suinte de tous ses pores l’exotisme des épatants bourlingueurs : que je décrive le Cambodge ou le Pérou, des pays que j’aime, j’ai l’impression de jouer les imposteurs et d’être un personnage de Kipling ou de Chatwin, en quête d’un royaume qui n’est pas le sien, écrivant dans une langue qui n’est pas la sienne, fauchant des pierres et des statues que mon haleine auront irrémédiablement privé de magie. Car l’Europe – et je dis bien l’Europe, pas la France – est ma patrie ; je ne suis pas un écrivain français, je suis un écrivain européen de langue française. Et comme l’Europe n’a pas d’autre langue commune que la traduction, je lis mes compatriotes, qu’ils s’appellent Roberto Ferrucci, Olga Tokarczuk, Victor del Arbol, Gonçalo M. Tavares ou Christos Chryssopoulos dans cette langue étrange qui est aussi celle de leurs traducteurs ; et pourtant, malgré, le filtre de la grammaire, il me suffit de lire une phrase ou deux pour entendre leur accent et reconnaître, à tel usage d’un pronom, à telle façon de ponctuer la phrase, le style sinueux de mon ami Roberto Ferruci, qui vit à Venise, c’est-à-dire à mi-chemin de la France et de la Serbie, les deux pays d’Europe où je partage ma vie.

TabulaRogeriana

L’Europe, je l’ai traversée plusieurs fois, par tous les moyens, voiture, avion, vélo, train. J’ai exploré toutes ses lisières, nagé dans toutes ses mers. Aujourd’hui, je peux faire sur les doigts d’une main  le compte de tous les pays d’Europe où je n’ai pas mis les pieds : Biélorussie, Malte, Islande, San Marin, Lichtenstein. Malgré tous ses crimes, passés, présents et à venir, j’aime encore l’Europe, je n’ai pas tout à fait désespéré de la voir s’enrichir et se réchauffer – humainement s’entend. Alors quand Benoît Verhille m’a demandé d’écrire un texte pour la collection qu’il a fondée avec le soutien de la MSHS, j’ai aussitôt accepté l’invitation. À condition de parler d’une autre Europe que celle de nos commissaires.  

On connaît le mot fameux de Mauriac à propos de l’Allemagne. Moi aussi, j’aime tellement l’Europe, que je préfère qu’il y en ait deux. Et justement, contrairement à ce que l’on veut bien nous faire croire, il y a encore, malgré tous les élargissements entrepris depuis soixante ans, deux Europe en 2018 : il ne faut pas oublier que plus de la moitié de l’Europe continentale se situe encore en dehors de notre Europe communautaire. L’Europe que j’aime va en zigzag de Saint-Pétersbourg à Istanbul, en passant par Kiev, Odessa, Giurgiulesti, Novi Sad, Sarajevo, Kotor, Ohrid, Gjirokastër – c’est l’Europe gazeuse, nomade et tzigane, l’Europe des autres, qui n’ont pas besoin de monnaie commune et de traité constitutionnel pour se sentir exister.  

Les éditions de la Contre allée et Benoît Verhille, leur éditeur, nous invitent à délaisser les grands axes de l’Histoire pour réécrire l’Europe. Réécrire l’Europe, oui, comme Kerouac rêva de réécrire l’Amérique. Le Danube est notre Rio Grande, les Balkans sont notre Mexique. Ces petits livres de contrebande peuvent passer à travers les fentes de tous les murs ; leurs couleurs vives peuvent égayer les grisailles de tous nos barbelés. Lisez-les, vous y trouverez plus de profit que dans la langue de bois de nos traités.

Texte publié dans le catalogue des 10 ans des éditions de la Contre-Allée, pour présenter la collection "Fictions d'Europe".

Pour aller plus loin sur le même thème :

1) un entretien avec Alexandra Schwartzbrod dans le cahier livres de Libération : http://next.liberation.fr/livres/2018/06/01/emmanuel-ruben-parfois-je-suis-proche-de-l-extase-geographique_1655982

2) un entretien radiophonique avec Manou Farine, Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin dans l'émission "Poésie & ainsi de suite", sur France culture : https://www.franceculture.fr/emissions/poesie-et-ainsi-de-suite/poesie-et-ainsi-de-suite-du-vendredi-15-juin-2018

 

 

 

 

 

 

03 juin 2018

l'extase géographique

Capture d’écran 2019-03-05 à 21

 

 

Le 18 mai 2018, je répondais aux questions d'Alexandra Schwartzbrod, dans la bibliothèque de la Maison Julien Gracq. L'après-midi, je montais dans une barque pour une séance photo et ne tardais pas à vérifier qu'on avait oublié les pédales à ce drôle de "modèle à propulsion secrète", comme disait Julien Gracq des engins de ses personnages. Remonter la Loire debout sur une barqueet les bras croisés ne serait pas aussi simple que de remonter le Danube à vélo...

Voici l'entretien dans son intégralité :

1) D'où vient votre lien avec Julien Gracq?

Je l'ai découvert à 17 ans en lisant Les eaux étroites que m'avait offert une grand-tante libraire, et j'ai trouvé ça fabuleux. La sensualité de la phrase, l'exigence du mot juste, l’art de la digression. À l'occasion d'un voyage en barque sur un affluent de la Loire, Gracq remonte la chaîne de son inspiration, évoque tous ceux qui l'ont nourri, Stendhal, Nerval, Proust... Plus tard, c'est la géographie qui m'a plu. Cette exigence de la prose est la plus à même de raconter la complexité d'un paysage. À Normale Sup, j'avais dit ma passion pour Gracq, et un de mes professeurs de géographie, Jean-Louis Tissier, m'a donné son adresse. En 2001, je lui ai envoyé une première lettre pour lui dire que j'écrivais depuis l'âge de neuf ans, que j'avais été reçu à Normale Sup et que j'avais commencé des études de géographie. On a correspondu jusqu'en 2004, il me disait « oui, oui, publiez des livres, mais surtout continuez vos études de géographie ! » J’ai passé l’agreg de géo, commencé une thèse, et puis Gracq est mort et j’ai pris mes distances. Mais en 2010, j'ai publié en même temps que mon premier roman (Halte à Yalta) un article sur l'influence de la littérature russe dans l’œuvre de  Gracq : L'appel des Syrtes. Un jour où je partais pour Kiev, un des terrains de ma thèse de géographie, je vois écrit sur une grande carte de l'Europe le mot « SYRT ». Je cherche dans un dictionnaire de géomorphologie. Syrt désignait les contreforts de l'Oural, au nord de la mer Caspienne, c’était un mot venu du tatar. Je me suis alors souvenu que Gracq avait appris le russe aux Langues’O, qu’il avait lu Tolstoï, Gogol, Gorki, qu’il avait commencé une thèse de géomorphologie sur la Crimée mais qu’il n'avait jamais obtenu son visa pour l’URSS alors même qu'il avait sa carte du parti.

 

2) Comment en êtes-vous venu à écrire Terminus Schengen?

Je vivais à Novi Sad, en Serbie, depuis février 2015. À l'automne, les réfugiés étaient omniprésents. Le grand square devant la gare de Belgrade était devenu un immense camp et nous allions parfois leur distribuer des vivres. Et c'est le moment où j'apprends que Viktor Orban a décidé de déployer l'armée à la frontière. De construire un nouveau rideau de fer. J'avais l'impression d'être poursuivi par la frontière. Je l'ai rencontrée dans les pays baltes, quand je vivais à Riga, mon troisième roman La ligne des glaces décrivait ce retour du rideau de fer. La frontière m'a suivi à Jérusalem et je la retrouvais en Serbie. C'est à ce moment, en octobre 2015, que j’ai décidé de traverser l'Europe en train sur la route des migrants pour me rendre à Leipzig où je devais visiter une exposition et retrouver mon frère, sur les traces d’une arrière-grand-mère. À Novi Sad, j'ai pris un train pour Budapest. Après la frontière hongroise, le train tombe en panne en rase campagne, on nous fait descendre, monter dans un autre train qui ne démarre pas non plus. On nous fait descendre du train, on nous dit qu'un car va arriver. On monte dans le car et là, on nous refait descendre pour remonter dans un train. Kafkaïen. On finit par arriver dans une gare de la banlieue de Budapest. On avait mis la journée entière pour un trajet qui se fait en trois heures en voiture. J'ai continué. C'était le moment où les frontières se fermaient. À chaque frontière on était réveillé, Slovaquie, Autriche, République tchèque, Allemagne. Les compartiments étaient fouillés, la police regardait sous les couchettes si des migrants n'y étaient pas cachés. Une triste impression de déjà vu. C'est pour ça que je me suis permis de faire parler l’émigrant qui est en moi. À une frontière, un flic m'a dit « Schengen kaputt ». Kaputt : c’est le titre du livre de Malaparte, un livre qui raconte la destruction de l’âme de l’Europe.

3) Pourquoi en avoir fait un poème ?

Tout cela me paraissait tellement déstructuré que je ne voyais pas comment décemment faire de la prose. Comme si la poésie était la seule éthique possible. Pour moi, la poésie est plus abrupte que la prose, c'est ce qui est le plus proche du cri.

4) Vous vous considérez comme un écrivain engagé ?

Non, je ne me sens pas investi d'une mission. J’ai consacré mon deuxième roman à Camus (Kaddish pour un orphelin célèbre et un matelot inconnu) et le troisième commence par ce mot : « embarqué ». J'aime beaucoup cette idée de « littérature embarquée », inventée par Camus et reprise par Imre Kertesz dans son Journal de galère. On n'a pas le choix, on est « embarqué dans la galère de son temps », nous dit Camus, donc ça ne sert à rien de se déclarer engagé. Ce qui est sûr, c'est que j'ai besoin d'aller voir, de décrire ce qui se passe, sur le terrain, c'est mon côté géographe.

Je ne me considère pas non plus comme un écrivain voyageur, je suis plutôt un arpenteur des marges et des lisières, un géopoliticien des lieux-tus, un « géographe défroqué ».

5) Vous avez remonté le Danube à vélo pour raconter l'Europe, un livre prévu pour 2020 ou 2021. C'est vital aujourd'hui de raconter l'Europe?

Le Danube, c'était un rêve naïf de gosse, inspiré par la beat generation, qui se dit qu'il va traverser l'Europe à vélo, réécrire l’Europe à vélo, comme Kerouac et ses amis réécrivaient l’Amérique en bagnole. Il y a quelques années, j'avais commencé une traversée imaginaire du continent, de Paris à Kiev. Sauf qu’au bout de 90 pages, mes personnages n’avaient toujours pas franchi la porte de Pantin !! Alors je me suis dit qu'il fallait faire le voyage en vrai, l'éprouver physiquement. Et c’est là que j’ai lu Boussole de Mathias Enard. Quand j'étais en Serbie, je l'avais invité aux journées Molière qu'organise tous les ans l’ambassade avec des écrivains français. Dans Boussole, deux personnages discutent de Danube, le livre de Claudio Magris, ils disent que le Danube de Magris est un roman de la Mitteleuropa, que les trois-quarts du livre se déroulent en Allemagne et en Autriche et qu'il a bâclé les Balkans. J’avais eu le même sentiment en lisant le livre. J'en ai discuté avec Enard et puis j'ai demandé une bourse Stendhal pour refaire le voyage à vélo mais en sens inverse, pour caresser l’Europe à rebrousse-poil, d’est en ouest, dans le sens des grandes invasions, des conquêtes ottomanes et des réfugiés actuels. L'idée était aussi de croiser tous les fils qui me constituent : la géographie, la littérature, le vélo. Le Danube m'a permis de relier tout ça mais le vrai sujet de ce livre ce sera l’Europe : nous roulions d’Odessa à Strasbourg.

Le voyage a duré 2 mois. Au total, 4000 kilomètres à vélo en suivant le Danube « au pixel près ». Avec mon compagnon de route, nous faisions 100 bornes par jour à vélo, et nous bivouaquions la nuit. Un soir, en Bulgarie, je me suis arrêté, il était 15h, je m'étais levé à 6h, j'étais sale, épuisé. Sur une terrasse, je prends mon carnet, le papier gondole, l'encre bave, impossible d’écrire une ligne. Je m'interroge : et si je faisais confiance à ma mémoire ? Pendant deux mois, j'ai fait confiance à ma mémoire. Parfois je m'enregistrais en pédalant, des sensations, des idées qui me passaient par la tête. Je pourrais vivre sur un vélo. Car sur le vélo, je ne suis plus séparé entre le géographe, le dessinateur, l'écrivain et le cycliste : je suis juste un homme, fait de tous les hommes et qui ne vaut pas plus qu’un autre.

6) Quand on vous lit, on voit que vous avez deux centres d'intérêt très forts : le Proche-Orient et l'Europe centrale, Jérusalem et Sarajevo. Qu'est-ce qui les relie ?

Jérusalem et Sarajevo sont des villes très proches. Du point de vue de l'histoire déjà : ce sont deux villes où se sont joués des événements déterminants pour l’histoire de l’Europe et du monde entier. Et du point de vue géographique aussi : ce sont des villes de montagne. Jérusalem est un col, un point de passage entre mer et désert, à un endroit où le relief s'affaisse légèrement. Sarajevo, elle, est une cuvette entourée de montagnes, mais c’est aussi un point de passage, un lieu stratégique, qui peut se retrouver enclavé, assiégé. Et puis il y a bien sûr la présence des trois religions monothéistes.

Ce qui m'a poussé vers Jérusalem, c'est l'espoir de comprendre un peu mieux les choses en étant géographe. Ma famille maternelle est juive pratiquante. C'est un croisement de juifs de Livourne installés en Algérie au 19ème siècle et de berbères judaïsés au Moyen-Âge. Diner avec eux, c'est plonger dans un roman d'Albert Cohen, ils sont truculents comme les Valeureux, je les aime beaucoup mais ils ont tous un point commun : pas touche à Israël ! J'ai donc voulu voir par moi-même ce qu'il en était. En 2014, j’ai obtenu une bourse de l'Institut français pour m'installer à Jérusalem-Est et je me suis retrouvé à vivre tous les jours ce que vivent les Palestiniens. Cela m'a fait bizarre de réaliser que la langue que j'avais entendue pendant toute mon enfance, celle du rite familial, était devenue celle du check-point.

Pour moi, le Proche-Orient n'est qu'une marche-frontière de l'Europe. C'est jusque là que va notre pouvoir, c'est là qu'il s'arrête. En fait, l'Europe s'invente là, sur ses frontières.

7) C'est l'Europe, votre terreau ?

Pas mon terreau mais mon horizon, depuis le début. La matrice de l’écriture, c’est pour moi la chute du mur de Berlin, c’est elle qui a fait de moi un écrivain, puisque ce soir-là, à l'âge de neuf ans, j’ai inventé ma première fiction et cartographié mon premier pays imaginaire, la Zyntarie, situé d'abord en Forêt-Noire, aux sources du Danube puis transformé en archipel et déporté dans la Mer Baltique, c’est une histoire que je raconterai dans un roman autobiographique écrit depuis longtemps mais qu'il est encore trop tôt pour publier.

Quand on a élargi l'Europe vers l’est, il y avait un horizon, un espoir. Et il s'est refermé avec la vague néolibérale, très violente, qui a déferlé sur les ruines du communisme. Aujourd’hui, il y a deux Europe : celle qui s'est construite avec ces villes interconnectées de l’économie-monde et cette autre Europe nationaliste, rurale, provinciale qui se réveille au cœur du continent, en Hongrie comme ailleurs. En face de ça, il y a des nostalgies et ça me fait peur aussi, cette nostalgie, très présente chez certains intellectuels, du « monde d’hier » et de « l'âge d'or de la sécurité » comme disait Stefan Zweig.

Est-ce que l'on ne porte pas plutôt en nous la nostalgie de ce qui est en train de disparaître ? Cette Europe de Schengen est assez molle, elle fait preuve de beaucoup de lâcheté, elle n'est pas capable de réagir face à Donald Trump mais est-ce qu'on ne va pas la regretter, comme Zweig a regretté l’Autriche-Hongrie ? Le problème c'est ce que cette Europe de Schengen a produit sur ses frontières : car là, elle ne laisse pas seulement les migrants se noyer, mais elle laisse aussi bien des gens vivoter dans la misère. Je me souviendrai toujours d'une parole entendue sur le Danube. C'était en Bulgarie. Je descends de vélo pour remplir mon bidon et là, un retraité me dit : tu l'as acheté combien ton vélo ? Je lui réponds 130 euros d’occasion, sur un marché aux puces. Et il me dit que 130 euros c'est sa retraite et qu'il en a pour 70 euros de médicaments qui ne sont pas remboursés. Et il ajoute : « nique ta mère Gorbatchev ! » Nous, on est en train de réaliser qu'on va perdre une petite utopie mal faite mais eux, ils l'ont déjà perdue, leur petite utopie mal faite, c'était l'URSS.

8) Il y a des endroits que vous avez appréciés plus que d'autres pendant ce voyage ?

Toutes les rives se valent : la Danubie, c'est un pays flottant, mouvant, sans racines, sans identité. Les moments magiques, pour moi, c'est quand je suis proche de l'extase géographique, cette sensation d'être dissous dans l'espace, d'être un ensemble d'atomes désagrégés mais quand même un peu pensant, qui appartient à l'environnement. Il n'y a plus de dedans, plus de dehors, la lumière est si intense qu'on se sent traversé. Julien Gracq aurait dit « la plante humaine » : de nature contemplative, il était dans l'abandon à la photosynthèse. Moi, je pense qu'on est davantage animal. Quelque part entre dieu, la plante, l’animal et la machine.

9) Vous n'avez pas de genre attitré, passant du roman au récit puis au poème...

Tout ce que je tente peut se diviser en 2 types de projets. D’un coté des récits d’arpentage comme Jérusalem terrestre ou Sur la route du Danube, le livre auquel je travaille à présent. Les deux petits livres que je publie ce printemps, Le Cœur de l’Europe et Terminus Schengen – par-delà la question du genre – appartiennent à cet ensemble.  Ce sont des récits autobiographiques où le narrateur coïncide avec l’auteur, où les lieux sont cités, situés, voire cartographiés, où l’on procède à un arpentage des lisières de l’Europe et de l’Occident. Ce sont des récits très géographiques, dans lesquels je souhaite exprimer tout à loisir – libéré des contraintes universitaires – ma vocation manquée de géographe. Ils se situent toujours sur des frontières, des points chauds de la géopolitique occidentale.

De l’autre côté, il y a les romans géopolitiques comme La ligne des glaces, Sous les serpents du ciel ou le roman à paraître en 2019 – une histoire de sabre qui a voyagé à travers l’Europe. Ce qui m’intéresse, dans la géopolitique, c’est une configuration spatio-temporelle. Dans la ligne des glaces, la confrontation entre un condensé d’Europe tellurique, la Grande Baronnie, et une Europe gazeuse, un peu nomade, derrière laquelle se cache la Russie. Dans Sous les serpents du ciel, ce qui m’intéressait c’était le grand barrage, qui évoque le mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie. La situation qu’il crée, la coupure qu’il instaure dans le paysage, entre les personnages. Le roman ne vise alors qu’à percer une brèche. C’est un travail d’artificier, à la Kafka. Voir ce qui se produit dans les interstices et les intervalles. Dans ces romans, je prends des libertés avec l’histoire et la géographie : les lieux sont imaginaires, l’intrigue souvent dystopique, et je m’autorise à explorer l’avenir ou les futurs non advenus de l’histoire, à travers l’anticipation ou l’uchronie. Ce que je souhaite, à travers cette double entreprise romanesque et autobiographique, à cheval entre le réel et l’imaginaire, c’est proposer une cartographie de l’Europe et de ses marges au XXIe siècle et dénoncer toutes les fictions (nationalistes, religieuses, communautaires) qui nous constituent. Je dépasserai peut-être un jour le cadre européen ou occidental au sens large mais pour l’instant, j’ai encore pas mal de pain sur la planche en Europe et dans son Proche-Orient. Et puis je me considère comme un écrivain européen de langue française, ce qui veut dire que mon territoire littéraire, c'est l'Europe et ses marges comme le territoire littéraire de Giono était la Provence et ses marches, du Diois à l'Italie.