26 février 2014

notre choukri ?

  Qu’on sache donc que les faits furent ce que je les dis, mais l’interprétation que j’en tire, c’est ce que je suis – devenu. Jean Genet Ce que j’écris fut-il vrai ? Faux ? Seul ce livre d’amour  sera réel. Les faits qui lui servent de prétexte ? Je dois en être le dépositaire. Ce n’est pas eux que je restitue. Id. L’idée d’une œuvre littéraire me ferait hausser les épaules. Cependant si j’examine ce que j’écrivis j’y distingue aujourd’hui, patiemment poursuivie, une volonté de réhabilitation des... [Lire la suite]

30 novembre 2013

pour en finir avec le jugement des hommes

C’est un travail de décapage et de réparation que mène Paul Audi dans Qui témoignera pour nous ?   Loin de toute hagiographie, ce livre rend Albert Camus – l’écrivain conspué puis idolâtré – à son art et à sa philosophie. Depuis la grande biographie de Lotmann, je n’avais rien lu d’aussi juste sur Camus. Rien lu qui prît la peine, avec intelligence et délicatesse, de comprendre Camus, sa vie, son œuvre. Et non de le juger. De lire ses livres, de lire entre les lignes, d’écouter cette parole muette qui est l’autre... [Lire la suite]
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26 octobre 2013

l'image touchante - notes sur l'image manquante de Rithy Panh

  L’art se fait avec les mains. Elles sont l’instrument de la création, mais d’abord l’organe de la connaissance. Pour tout homme, je l’ai montré ; pour l’artiste, plus encore, et selon des voies particulières. C’est qu’il recommence toutes les expériences primitives : comme le Centaure, il tente les sources et les souffles. Tandis que nous recevons le contact avec passivité, il le recherche, il l’éprouve. Nous nous contentons d’un acquis millénaire, d’une connaissance automatique et peut-être usée, enfouie en... [Lire la suite]
20 octobre 2013

atlas vital - à propos de Cyclone de Frédéric-Yves Jeannet

  Je porte dans mon coeur comme dans un coffre impossible à fermer tant il est plein tous les lieux que j'ai hantés, tous les ports où j'ai abordé, tous les paysages que j'ai vus par des fenêtres ou des hublots, ou des dunettes, en rêvant, et tout cela, qui n'est pas peu, est infime au regard de mon désir. Pessoa, Passage des heures, trad. Armand Guibert.     Voici déjà trois ans que ce livre noir – car telle est sa couleur dans la deuxième édition parue en 2010 chez Argol – est devenu pour moi un livre de... [Lire la suite]
15 septembre 2011

tableau archipélagique de la France

  Dix kilomètres à droite ou à gauche suffisent à vous dépayser Jean Giono   j'ai découvert Jean-Christophe Bailly en juillet 2009, lorsque j'ai déniché, chez un bouquiniste, une vieille édition de l'Apostrophe muette (Hazan, 1997). Très vite, j'ai été conquis par cette prose à la fois savante et spontanée, si ductile, où le détour, la bifurcation, l’arabesque n’est jamais pli gratuit, pli rococo, pour le caprice, mais agrandissement, élargissement, ramification – comme si un trop-plein de pensée débordait la... [Lire la suite]
29 juin 2010

kaddish pour une Europe de la mémoire/utopie pour une Europe de la traduction

Il y a des livres qui sont un choc, une révélation, des livres qu’on attendait depuis longtemps, des livres qui réveillent en vous les mots qui sommeillaient, des livres qui ouvrent un horizon, dessinent de nouveaux contours, percent la brèche, donnent à voir, à penser – des livres qu’on lit dans la rue, en sortant de chez son libraire, comme on lisait autrefois le journal au lendemain d’une catastrophe, en marchant à grands pas, tête baissée, pris de vertige, au point de bousculer les vieilles dames sur son passage et de se faire... [Lire la suite]