04 novembre 2017

L’empêché de parler et l’empêché d’écrire. Regarder Michon & Modiano à la télé dans la cuisine de Julien Gracq.

À la Grande librairie étaient invités hier soir les deux écrivains vivants qui m’ont le plus fasciné dans mon adolescence – après Yves Bonnefoy & Julien Gracq (dans la cuisine duquel j’écris ces lignes), lesquels étaient alors encore vivants, et même écrivants, car c’était, oui déjà, la fin des années 90. Donc, pour la première fois depuis que cette émission existe, j’ai regardé la Grande librairie. Pour y voir Pierre Michon, que j’ai connu, que j'ai admiré, et pour entendre Patrick Modiano, que je n’ai jamais eu la chance de... [Lire la suite]

18 juillet 2016

Géo-Graphies : territoires terrestres et littéraires

  Au mois de mai 2016, j'ai répondu, à l'invitation de Cristina Campodonico et de Marie-Hélène Fraïssé, à une sollicitation de la Société des gens de lettres. Il s'agissait de faire part de mon expérience d'écrivain-géographe et de répondre à une foule de question toutes aussi épineuses que les autres. Du genre : comment passe-t-on de la rigueur scientifique aux méandres de l’imaginaire ? Quelles interactions, quels mécanisme de la pensée permettent la licence de la création romanesque ? Comment l’espace géographique... [Lire la suite]
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17 juillet 2016

Le roman rêvé, c’est un château échevelé qui remue encore

En février 2016, j'ai reçu au château de Chambord, où j'avais la chance de résider, la visite de Pierre Poligone, qui souhaitait réaliser un entretien pour Zone critique. Nous avons passée une journée d'hiver bien agréable, à discuter littérature pendant des heures et des heures, au point de ne pas voir le temps passer. Je retranscris ici l'intégralité de cet entretien :   Le roman rêvé, c’est un château échevelé qui remue encore   Zone Critique : Comment as-tu commencé à écrire ? Y a-t-il eu un événement... [Lire la suite]
04 juillet 2016

Même les poètes sont mortels

  « Qu’ai-je à léguer ? Ce que j’ai désiré, La pierre chaude d’un seuil sous le pied nu, L’été debout, en ses ondées soudaines, Le dieu en nous que nous n’aurons pas eu. » Yves Bonnefoy, Ensemble encore, 2016   Tous les hommes ont deux grands-pères, le maternel et le paternel. Tous les écrivains s’inventent des pères ou des mères spirituels, parfois même des frères, des sœurs, des oncles ou des tantes – toute une famille et une généalogie complexe, tantôt revendiquée, tantôt inavouable, qu’il faudrait... [Lire la suite]
11 avril 2016

Procès du vingtième siècle

Demain sortira aux éditions Inculte un ouvrage collectif, En procès, dont l'ambition est de raconter une histoire à la fois globale et minuscule du XXe siècle à travers vingt procès - plus ou moins fameux, plus ou moins médiatisés - qui l'ont balisé. En couverture, l'homme qui assassina l'archiduc François-Ferdinand et dont on aime bien nous raconter qu'il déclencha la première guerre mondiale* (et enfanta par conséquent le siècle brute) vous regarde, depuis sa cellule autrichienne, avec son air de gamin buté qui sait qu'il a fait... [Lire la suite]
28 avril 2015

de Vratnik à Travnik : quelques mots sur Sarajevo & François Maspero

Sarajevo, quand on arrive de l’est, donne d’abord l’impression d’un gros bled oublié au bord de la route et de l’histoire. Puis on découvre un petit Istanbul montagnard ; quand on grimpe le raidard qui mène à Vratnik, tout là haut sur la colline, où se trouve l’appartement que nous avons loué, c’est à Cihangir que je pense, aux pentes de Cihangir où j’ai vécu, il y a dix ans. Quand on visite tous les lieux de culte, mosquée, synagogue, cathédrale catholique puis orthodoxe, c'est à Jérusalem, dont on revient, qu'on pense... [Lire la suite]

20 novembre 2014

Le retour du baron ou la cinquième vie de Romain Gary

à Cécile Caillou-Robert   C’est à Vilnius, sa ville natale, que j’ai découvert Romain Gary. Ou plutôt dans le bus qui me conduisait de Riga à Vilnius. Car c’est dans ce bus que j’ai lu pour la première fois La Promesse de l’Aube, empruntée au centre culturel français de Riga, où je travaillais alors. C’était en mars 2006, et je revois les collines enneigées de la Baltique défiler à travers les vitres embuées pendant que je tournais les premières pages du roman. Mais, une fois arrivé à Vilnius, je n’ai pas retrouvé Romain... [Lire la suite]
04 avril 2014

snipers vs drones ou le procès-monde à l'ère de la guerre froide asymétrique

   La mitrailleuse lourde, le mauser, l’arbalète, la sarbacane et la hache étaient tendres dans le fond, parce qu’ils étaient aveugles. Ce n’étaient que des armes. Mais la destruction dont je vous parle, elle, a des yeux. Son arme est totale. Son crime est continuel. Le Clézio, la Guerre L’archaïsme est un des aspects les plus effrayants des événements survenus en Ukraine ces derniers temps. En l’espace de quelques jours, on a vu resurgir des  formes de combats et un niveau de violence qu’on croyait révolus en... [Lire la suite]
12 mars 2014

l’Histoire queue par-dessus tête

C’est une histoire qui pourrait paraître sans queue ni tête et pourtant c’est une histoire où il est dit que la queue risque plus gros que la tête… Que la queue peut nous trahir quand la tête ne suffit pas à nous sauver… Que ce que d’autres appellent une identité ou une appartenance (pour ma part je préfère le mot de provenance) n’est pas lisible dans la foule des visages – comme croit nous le prouver le sinistre abus du délit de faciès qui sévit encore ici ou là – mais n’est la plupart du temps qu’une ligne de (mal)chance, une... [Lire la suite]
27 février 2014

réécrire l'Europe

  Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres tous les contresens qu’on fait sont beaux. Marcel Proust   Un jour ma nièce de cinq ans s’est assise à mon bureau, et s’est mise à tapoter sur mon clavier au hasard. Des mots bizarres s’affichaient sur l’écran, sans queue ni tête. Comme je lui demandais ce qu’elle écrivait, elle m’a répondu : « c’est une langue... [Lire la suite]