04 novembre 2017

L’empêché de parler et l’empêché d’écrire. Regarder Michon & Modiano à la télé dans la cuisine de Julien Gracq.

À la Grande librairie étaient invités hier soir les deux écrivains vivants qui m’ont le plus fasciné dans mon adolescence – après Yves Bonnefoy & Julien Gracq (dans la cuisine duquel j’écris ces lignes), lesquels étaient alors encore vivants, et même écrivants, car c’était, oui déjà, la fin des années 90. Donc, pour la première fois depuis que cette émission existe, j’ai regardé la Grande librairie. Pour y voir Pierre Michon, que j’ai connu, que j'ai admiré, et pour entendre Patrick Modiano, que je n’ai jamais eu la chance de... [Lire la suite]

04 juillet 2016

Même les poètes sont mortels

  « Qu’ai-je à léguer ? Ce que j’ai désiré, La pierre chaude d’un seuil sous le pied nu, L’été debout, en ses ondées soudaines, Le dieu en nous que nous n’aurons pas eu. » Yves Bonnefoy, Ensemble encore, 2016   Tous les hommes ont deux grands-pères, le maternel et le paternel. Tous les écrivains s’inventent des pères ou des mères spirituels, parfois même des frères, des sœurs, des oncles ou des tantes – toute une famille et une généalogie complexe, tantôt revendiquée, tantôt inavouable, qu’il faudrait... [Lire la suite]
25 juillet 2015

Penser l’impossible : l’utopie binationale selon Judith Butler

"L'impossible est-il lointain ? A portée d'une génération" Mahmoud Darwich   Il y a des livres qui recèlent un pouvoir thaumaturgique : dès les premières pages, vous sentez identifié le mal qui vous hantait depuis si longtemps ; au fur et à mesure de la lecture, vous avez l’impression de plonger dans vos propres pensées informulées, informulables, car vous manquiez de l’appareil théorique indispensable pour examiner avec autant de perspicacité, de subtilité, vos plaies mentales ; vous vous enfoncez dans la... [Lire la suite]
20 novembre 2014

Le retour du baron ou la cinquième vie de Romain Gary

à Cécile Caillou-Robert   C’est à Vilnius, sa ville natale, que j’ai découvert Romain Gary. Ou plutôt dans le bus qui me conduisait de Riga à Vilnius. Car c’est dans ce bus que j’ai lu pour la première fois La Promesse de l’Aube, empruntée au centre culturel français de Riga, où je travaillais alors. C’était en mars 2006, et je revois les collines enneigées de la Baltique défiler à travers les vitres embuées pendant que je tournais les premières pages du roman. Mais, une fois arrivé à Vilnius, je n’ai pas retrouvé Romain... [Lire la suite]
04 avril 2014

snipers vs drones ou le procès-monde à l'ère de la guerre froide asymétrique

   La mitrailleuse lourde, le mauser, l’arbalète, la sarbacane et la hache étaient tendres dans le fond, parce qu’ils étaient aveugles. Ce n’étaient que des armes. Mais la destruction dont je vous parle, elle, a des yeux. Son arme est totale. Son crime est continuel. Le Clézio, la Guerre L’archaïsme est un des aspects les plus effrayants des événements survenus en Ukraine ces derniers temps. En l’espace de quelques jours, on a vu resurgir des  formes de combats et un niveau de violence qu’on croyait révolus en... [Lire la suite]
12 mars 2014

l’Histoire queue par-dessus tête

C’est une histoire qui pourrait paraître sans queue ni tête et pourtant c’est une histoire où il est dit que la queue risque plus gros que la tête… Que la queue peut nous trahir quand la tête ne suffit pas à nous sauver… Que ce que d’autres appellent une identité ou une appartenance (pour ma part je préfère le mot de provenance) n’est pas lisible dans la foule des visages – comme croit nous le prouver le sinistre abus du délit de faciès qui sévit encore ici ou là – mais n’est la plupart du temps qu’une ligne de (mal)chance, une... [Lire la suite]

27 février 2014

réécrire l'Europe

  Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres tous les contresens qu’on fait sont beaux. Marcel Proust   Un jour ma nièce de cinq ans s’est assise à mon bureau, et s’est mise à tapoter sur mon clavier au hasard. Des mots bizarres s’affichaient sur l’écran, sans queue ni tête. Comme je lui demandais ce qu’elle écrivait, elle m’a répondu : « c’est une langue... [Lire la suite]
26 février 2014

notre choukri ?

  Qu’on sache donc que les faits furent ce que je les dis, mais l’interprétation que j’en tire, c’est ce que je suis – devenu. Jean Genet Ce que j’écris fut-il vrai ? Faux ? Seul ce livre d’amour  sera réel. Les faits qui lui servent de prétexte ? Je dois en être le dépositaire. Ce n’est pas eux que je restitue. Id. L’idée d’une œuvre littéraire me ferait hausser les épaules. Cependant si j’examine ce que j’écrivis j’y distingue aujourd’hui, patiemment poursuivie, une volonté de réhabilitation des... [Lire la suite]
30 novembre 2013

pour en finir avec le jugement des hommes

C’est un travail de décapage et de réparation que mène Paul Audi dans Qui témoignera pour nous ?   Loin de toute hagiographie, ce livre rend Albert Camus – l’écrivain conspué puis idolâtré – à son art et à sa philosophie. Depuis la grande biographie de Lotmann, je n’avais rien lu d’aussi juste sur Camus. Rien lu qui prît la peine, avec intelligence et délicatesse, de comprendre Camus, sa vie, son œuvre. Et non de le juger. De lire ses livres, de lire entre les lignes, d’écouter cette parole muette qui est l’autre... [Lire la suite]
Posté par emmanuelruben à 20:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
26 octobre 2013

l'image touchante - notes sur l'image manquante de Rithy Panh

  L’art se fait avec les mains. Elles sont l’instrument de la création, mais d’abord l’organe de la connaissance. Pour tout homme, je l’ai montré ; pour l’artiste, plus encore, et selon des voies particulières. C’est qu’il recommence toutes les expériences primitives : comme le Centaure, il tente les sources et les souffles. Tandis que nous recevons le contact avec passivité, il le recherche, il l’éprouve. Nous nous contentons d’un acquis millénaire, d’une connaissance automatique et peut-être usée, enfouie en... [Lire la suite]