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À mesure que l'hiver s'installe sur l'hémsiphère nord, le Japon se rapproche chaque jour un peu plus de la Zyntarie. Je ne m'attendais pas à trouver autant de neige sur ma route aux portes de Kyoto. C'est l'un des prodiges de ce climat bizarre, que la neige tombe l'hiver en abondance à des altitudes modestes (ici 400 m) alors que le Kansaï se situe à la latitude d'Alger. À condition d'être du bon côté des montagnes car il y a ici une nette différence entre l'adret et l'ubac, le versant au vent et le versant sous le vent. Alors qu'à Kyoto, qui bénéficie de l'effet de golfe, nous n'avons reçu que quelques flocons qui ont vite fondu hier matin, à 30 km au nord de l'ancienne capitale impériale, sur l'autre versant des montagnes, le manteau neigeux a persisté toute la journée malgré le soleil qui se lève de plus en plus tôt et réchauffe le cœur des cyclistes à défaut de réchauffer les mains qui se recroquevillent dans les gants ou les pieds qui bleuissent dans les chaussettes. Alors, quand on a pédalé sur 60 km et patiné sur les 10 derniers en franchissant le col reliant Kyoto au lac Biwa sur une étroite route mal déneigée, on est heureux de passer sous la porte d'un temple, le Hosen-in, où - surprise ! - on vous tend un ticket pour un matcha qu'une nonne vous apportera avec un mochi emballé dans un papier calligraphié en vous saluant bien bas sur les tatamis. Alors agenouillé dans le silence et le soleil, on contemple le jardin, l'énorme pin vieux de 700 ans au pied duquel fondent les dernières touffes de neiges et l'on se réchauffe les mains contre le bol bien chaud en comprenant enfin pourquoi Kyoto s'appelait autrefois Heian-Kyo, la capitale de la paix et de la tranquillité.