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voici un très belle méditation, très originale, dont l'enjeu dépasse de beaucoup le propos de mon roman. Mais encore une fois, Jean-Paul Vialard a l'art de creuser au cœur de questions qui me hantent... Je suis très touché par la manière dont il relie mes deux derniers livres ; je n'avais pas pensé - ou pas voulu voir - qu'ils procédaient d'une même quête de sens, comme l'auteur le dit si bien...
Lorsqu'on écrit (à plusieurs années d'intervalle) et qu'on publie (dans des temps si rapprochés) des livres si différents, d'un côté un récit intime, où le romanesque n'entre que par accident, de l'autre un "vrai" roman, où l'intime, avançant masqué, est mis en abyme, on se pose des questions, on a l'impression de se disperser, et en même temps la joie de se sentir multiple... l'idée de tracer une frontière, l'idée de coupure, a bien des résonances dans l'histoire et la pensée juive, Perec l'a dit quelque part, je crois, et je m'en rends compte de plus en plus... d'où ce besoin, sans doute, de se sentir et se vouloir en-dedans/en-dehors... 

 

pour lire l'article en entier sur exigence-littérature, c'est ici : http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?page=article5&id_article=595

extrait :

 

"Samuel d'abord, prénom qui, en hébreu, signifie "le nom de Dieu". C'est lui, Samuel, qui désigne Saül et David, les deux premiers rois d'Israël. Dès lors le cadre est posé qui installe la problématique du peuple Juif. Ensuite "Vidouble", comme pour mieux faire émerger la "double vie" de tout personnage condamné à l'exil. Car, être Samuel Vidouble, on ne peut l'assumer qu'à vivre dans l'intimité de sa chair cette césure de l'Histoire qui condamne un Peuple à une manière d'errance définitive. Il existe une invisible "frontière" qui scinde, clive, réalise une schize dont nul ne se relèvera. Car le sol historique est affecté de tellurisme, de longs glissements, de tectoniques des plaques alors que surgissent des diaclases dressant des continents entiers contre d'autres continents. Comme une immense craquelure, une fissure s'imprimant dans la glaise primitive dont l'homme paraît symboliquement issu. La terre est gercée, ridée, parcourue d'infinies vergetures dont tout humain porte les stigmates, le sachant ou bien à son insu. Le sachant et alors on est Samuel qui jamais n'aura de repos dans sa quête du passé. L'ignorant et l'on marche sur les chemins de hasard avec une écharde plantée dans la conscience..."

Jean-Paul Vialard